Les Habits Noirs Tome V - Maman L?o
- Автор: Феваль Поль Анри
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome V - Maman L?o». Краткое содержание книги:
Valentine lui tendit sa main, qu’il baisa.
– Merci! fit-il. Je n’aurais pas été content de rester ici seulement parce que monsieur Remy vous le demande dans son testament.
– Mon frère a fait un testament? murmura Valentine.
– Il n’a pas pu en écrire bien long, répliqua Germain, et sa pauvre main, qui courait si vite autrefois sur le papier, a eu de la peine à tracer quelques lignes. Je vous les donnerai, ces lignes, elles sont à vous comme tout le reste; mais il y a un autre testament qui n’est pas écrit; ce sont toutes les paroles tombées de ses lèvres, et qui, toutes, depuis la première jusqu’à la dernière, étaient prononcées pour vous.
– Saquédié! fit la dompteuse, qui atteignit son vaste mouchoir, tu te retiens pour ne pas pleurer, fillette, mais moi, j’ai beau faire, ne te fâche pas, ça va partir.
Germain la regarda, étonné de cette familiarité.
– J’ai vu M. Bouffé, une fois, au Gymnase, reprit la dompteuse, qui avait les larmes plein les yeux, dans un rôle de valet fidèle, même qu’on lui donna le prix Montyon au troisième acte, mais il n’était pas de moitié si bien que vous. Dévidez votre rouleau, vénérable Germain, je ne suis pas du grand monde, moi, et la fillette me prend pour ce que je vaux.
D’une main elle s’essuya les yeux, de l’autre elle secoua celle du vieil homme en ajoutant:
– Voilà qui est fini, vous pouvez marcher.
– Monsieur Remy, prononça Germain à voix basse, n’a pas eu la force de m’en dire bien long, mais il m’a parlé d’une bonne dame, montreuse d’animaux, je crois, à qui Mlle d’Arx doit beaucoup de reconnaissance.
– C’est moi, la montreuse, brave homme; mais la fillette ne me doit rien de rien. Roulez votre bosse, voulez-vous? car nous ne sommes pas ici pour flâner.
– Il y a, continua Germain, bien des choses que je ne comprends pas. Monsieur Remy m’avait défendu de faire aucune démarche, pour vous joindre, avant un mois écoulé, mais il avait ajouté: «Elle viendra d’elle-même; je suis sûr qu’elle viendra.»
J’attendais. Ce matin on m’a annoncé un commissionnaire qui demandait Mlle d’Arx. Je l’ai fait introduire auprès de moi, il m’a dit que vous deviez venir et m’a dépeint le costume sous lequel vous vous présenteriez: Il ne m’a pas dit pourquoi vous portiez ce costume.
Maman Léo et Valentine échangèrent un regard.
– Il avait, continua le vieux valet, un besoin pressant de vous parler. Il est sorti en disant: «Priez Mlle d’Arx de m’attendre, car je reviendrai.»
Valentine demanda:
– Comment était fait ce commissionnaire?
En quelques paroles, Germain dessina un portrait si frappant de ressemblance qu’on ne le laissa pas achever, la dompteuse et Valentine prononcèrent en même temps le nom de Coyatier.
– Méfiance! murmura maman Léo, dont les sourcils étaient froncés.
– Je n’en suis plus à la méfiance, répliqua Valentine avec son sourire triste, mais vaillant; si vous aviez eu peur, maman, quand vous entriez dans la cage de vos bêtes féroces, vous auriez été perdue.
– C’est vrai, murmura la veuve; mais c’est chanceux.
– Ce que je désire savoir, reprit la jeune fille, c’est ce qui regarde mon frère; parlez, Germain, et soyez bref car j’ai peu de temps pour vous entendre.
XXVII La visite des Habits Noirs
Germain demanda:
– Mademoiselle d’Arx désire-t-elle que je lui raconte le passé? elle a le droit de tout savoir, et parmi les dernières paroles de mon cher jeune maître, il y avait celle-ci: «Que ma sœur n’ignore rien…»
– Je sais tout, interrompit Valentine.
– Alors que Dieu vous donne le courage ou l’oubli! c’est une sanglante histoire et il y a bien des douleurs dans l’héritage que vous allez recueillir. Jusqu’à ces derniers temps, monsieur Remy vous cherchait encore, malgré le grand travail qui prenait toutes ses heures; j’entends: il cherchait toujours sa sœur, la pauvre enfant disparue lors de la terrible catastrophe de Toulouse. Quand il ne chercha plus, c’est que le hasard vous avait envoyée sur son chemin, trompant sa tendresse et le condamnant à ce supplice atroce dont il est mort… car ce n’est pas le poison qui l’a tué.
– C’est moi qui l’ai tué, murmura Valentine. Je sais aussi cela. Elle était plus pâle qu’une agonisante, mais elle se tenait ferme et droite sur son siège. Maman Léo suait à grosses gouttes. Germain courba la tête et dit tout bas:
– Il y a des familles qui sont condamnées.
«Monsieur Remy se cachait de moi, poursuivit-il, comme s’il eût craint un conseil; je ne connaissais la fiancée de mon maître que pour l’avoir entrevue à travers un voile, le soir où il revint du palais, évanoui, et ce n’est pas à cause de cette rencontre que je vous ai reconnue tout à l’heure. J’ignorais aussi la guerre implacable où mon maître était engagé. Je savais seulement, ou plutôt, je voyais qu’il devenait sombre, inquiet, malade d’esprit et de corps; il y avait un signe funeste sur son front, et je devinais peut-être la nature du péril qui le menaçait, car la fièvre de ses nuits parlait dans son sommeil. Mais que faire? Il était magistrat comme son père, et son père était tombé en faisant son devoir. Le jour même de la signature du contrat, vers quatre heures du soir, on le rapporta ici. Il n’était pas mort, mais il ne bougeait ni ne parlait, et ses yeux semblaient ne plus me voir.
«Il resta ainsi toute la soirée. J’avais fait appeler plusieurs médecins qui vinrent et se consultèrent longuement.
«Quand ils se retirèrent, l’un d’eux me dit:
«- Si les opinions que M. d’Arx professait ne s’y opposent pas, il faudrait lui avoir un prêtre.
«Jusqu’à ce moment-là, j’avais espéré en sa jeunesse et en la force de sa constitution.
«Un autre docteur me demanda:
«- N’a-t-il donc point de famille? Il faudrait prévenir ses parents ou du moins ses amis.
«J’envoyai chercher le curé de Notre-Dame-des-Victoires, l’abbé Desgenettes, ce vieux soldat qui porte la soutane comme une capote de grenadier. Il nous connaissait bien; il arrivait quelquefois dès le matin chez monsieur Remy, qu’on éveillait pour le recevoir, et il disait: «J’ai besoin de tant pour mes pauvres.»
«On lui payait son dû.
«Il vint, il interrogea mon pauvre malade, qui resta muet comme une pierre.
«M. le curé s’agenouilla auprès du lit et pria, mais tout cela ne dura pas longtemps parce que d’autres malheureux l’attendaient.
«- Garçon, me dit-il en s’en allant, si M. d’Arx recouvre sa connaissance à quelque heure du jour ou de la nuit que ce soit, je serai prêt; mais s’il ne recouvre pas sa connaissance, il ne faut point craindre, car jamais il n’a rien refusé à ceux qui souffrent. Les âmes comme la sienne n’ont pas besoin de passeport pour s’en aller tout droit à Dieu.