Les Habits Noirs Tome V - Maman L?o
- Автор: Феваль Поль Анри
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome V - Maman L?o». Краткое содержание книги:
Il n’attendait plus d’autre visite que la sienne, parce que l’employé qui avait ouvert une fois la porte de sa prison à Valentine avait été congédié.
Quand il vit entrer la dompteuse, et d’abord il ne vit qu’elle, sa première parole fut celle-ci:
– Pauvre maman! je parie que vous avez été malade?
La veuve vint à lui impétueusement et les bras ouverts; il ne put répondre à ce geste à cause des liens qui retenaient ses poignets. La veuve le serra contre son cœur en pleurant et en balbutiant:
– Maurice! mon chéri de Maurice! comme te voilà changé! comme tu as dû souffrir!
Elle avait oublié Valentine, que sa large carrure cachait aux yeux du prisonnier.
– Je ne souffrirai pas bien longtemps désormais, reprit celui-ci; embrassez-moi encore, maman Léo, et puis nous parlerons d’elle, n’est-ce pas? j’ai grand besoin de parler d’elle.
– Mais elle est là, dit la bonne femme à voix basse; elle est avec moi.
Maurice la repoussa d’un mouvement si brusque qu’elle faillit tomber à la renverse, malgré sa vigueur.
– Saquédié! dit-elle toute contente, tu as encore de la force, mon cadet!
Maurice s’était levé à demi; ses yeux se fixaient sur Valentine, qui était debout et immobile au milieu de la chambre. Son premier regard hésita à la reconnaître sous le déguisement qu’elle avait pris.
Quand il la reconnut, deux larmes roulèrent le long de ses joues, et il retomba sur son siège, répétant presque les paroles mêmes de la dompteuse:
– Vous avez coupé vos cheveux! vos beaux cheveux que j’aimais tant!
Le porte-clefs passait en ce moment devant le seuil.
– Bonjour, cousin, dit Valentine à haute voix; est-ce vrai qu’on ne vous laisse pas fumer votre cigare? Voilà ce qui doit être dur.
Elle s’approcha et baisa Maurice au front.
– Chère! chère Valentine! murmura celui-ci. J’aurais été trop heureux. Est-ce que c’était possible d’avoir sur la terre un bonheur pareil!
Le porte-clefs en repassant jeta un regard à l’intérieur de la cellule. Il vit maman Léo assise sur le pied du grabat, les jambes ballantes, le prisonnier toujours à la même place et le jeune garçon debout auprès de lui.
– Nous n’avons pas de temps à perdre, dit la dompteuse, et ce n’est pas pour nous amuser que nous sommes ici.
– Laissez-moi parler, maman, interrompit Valentine, je veux tout expliquer moi-même à Maurice.
– Alors, viens t’asseoir auprès de moi, fillette, car tes jambes flageolent.
Valentine avait, en effet, chancelé.
– Non, fit-elle, je veux rester là, je veux m’asseoir sur les genoux de mon mari.
Elle écarta elle-même les mains de Maurice, qui la regardait en extase, et s’assit, plus légère qu’une enfant, à la place qu’elle avait indiquée.
– Malgré tout, pensait la dompteuse, elle a un petit coup de mailloche, c’est bien sûr!
– Nous n’avons pas de temps à perdre, répéta Mlle de Villanove avec une singulière tranquillité; il faut que tout soit expliqué, que tout soit convenu en quelques minutes, car les choses vont marcher très vite, et nous ne nous reverrons peut-être plus avant le grand jour.
– Quel grand jour? demanda Maurice, qui avait échangé un regard avec la dompteuse.
Valentine sourit doucement.
– Cela nous retarderait, dit-elle, si vous vous mettiez en tête que je suis folle. Parmi les choses que je vais vous dire, il y en aura qui vous sembleront bizarres, mais j’ai toute ma raison, je vous l’affirme, et je suivrai ma route avec courage parce que je l’ai choisie avec réflexion.
Elle se tenait droite, et il y avait de l’orgueil dans le geste qui appuyait sa main charmante sur l’épaule de son fiancé.
– Vous êtes mon mari, Maurice, reprit-elle, et je suis votre femme par le fait de notre mutuelle volonté. Que nous devions vivre ou mourir, mon vœu est que cette union soit bénie par un prêtre, afin qu’il n’y ait qu’un seul nom sur la tombe où nous dormirons tous deux.
– Mais ce n’est pas tout cela…, voulut interrompre la dompteuse.
– Laissez! ordonna Valentine.
Et Maurice, qui baignait ses yeux dans le regard de la jeune fille, répéta:
– Laissez! oh! si fait, c’est bien cela!
Valentine pencha ses lèvres jusque sur le front du prisonnier pour murmurer:
– Nous ne pouvons avoir à nous deux qu’une volonté. Je ne vous redemande pas le poison que je vous ai donné, Maurice, mais j’ai changé d’avis et je ne veux plus m’en servir.
La prunelle du jeune homme exprima une inquiétude.
Mlle de Villanove sourit encore et ajouta:
– J’ai votre promesse, vous ne vous en servirez pas tout seul.
– Cependant…, commença Maurice.
On entendait à peine les pas du porte-clefs qui se promenait à l’autre bout du corridor.
Le doigt de Valentine se posa sur la bouche de son fiancé, mais ce ne fut pas elle qui parla, car maman Léo était en colère.
– Saquédié! s’écria-t-elle, il s’agit de préparer une évasion et je croyais que la petite avait au moins quelques limes et un ciseau à froid pour travailler ces doubles barreaux qui ne paraissent pas faciles à remuer. Est-ce que vous croyez qu’on s’en va de la Force en disant au gouvernement: Pardon excuse, j’ai besoin d’aller à la chapelle pour mon petit conjungo? J’ai déjà vendu mes rentes, moi, et j’ai un bon garçon, incapable d’inventer la vapeur, mais solide au poste comme le chien de Montargis, qui court la ville pour nous embaucher des hommes. Après quoi, il tentera de se ménager des intelligences ici dans l’intérieur de l’établissement… Mais vous ne m’écoutez pas, dites donc!
Maurice et Valentine se regardaient.
– Il se peut que nous ayons besoin de vos hommes, bonne Léo, dit la jeune fille; il se peut que nous ayons aussi besoin de votre argent, et pourtant je crois être très riche. Dans une heure, désormais, nous serons fixés à cet égard. Ne m’interrompez plus et laissez-moi expliquer à Maurice ce qu’il a besoin de comprendre, car, dans notre situation, il est des choses que je ne saurais éclairer complètement et qui doivent être laissées à la grâce de Dieu comme le sort des malheureux menacés par un naufrage.
Elle se recueillit un instant. Quand elle parla de nouveau, ses beaux yeux brillaient d’une sérénité angélique.
– Aux yeux de la sagesse humaine, dit-elle, nous sommes si bien perdus que par deux fois nous avons cherché notre refuge dans la mort.
«Au-delà de la mort, dans l’éternité à laquelle je crois plus fermement depuis que je souffre, le châtiment de ceux qui s’aimaient ardemment sur la terre et qui l’ont quittée par un crime doit être la séparation. Oh! ne m’objectez rien, le doute ne m’arrêterait pas; il suffit que la justice de Dieu puisse exister pour que ma résolution soit inébranlable. Je ne veux pas être séparée de Maurice; je veux que notre serment juré ici-bas s’accomplisse dans le ciel, et, pour cela, je ne demande pas à mon fiancé de subir le supplice d’infamie, je ne lui demande pas d’attendre l’échafaud, mais je lui dis: «Ami, nous étions déterminés à mourir; je vous apporte une espérance qui est peut-être chimérique, et je vous supplie, pour l’amour de moi, de ne point faire subir à cette espérance l’examen de raison. Elle est ce qu’elle est, extravagante ou sensée, que vous importe, en définitive, puisqu’hier encore notre dernière ressource était le partage d’une liqueur mortelle?»