Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
« Dépêchons-nous, dit-elle, parce que ma bonne pourrait rentrer. »
Je répondis : « Je veux bien me dépêcher. Qu’est-ce qu’il faut faire ? »
Alors, elle se mit à rire et riposta : « Tu ne comprends pas, gros malin ? »
Je n’y étais plus, mon capitaine, parole d’honneur.
Ell’vint s’asseoir tout près de moi, et me dit : « Si tu répètes un mot de tout ça, je te ferai mettre en prison. Jure que tu seras muet. »
Je lui jurai ce qu’ell’voulut. Mais je ne comprenais toujours pas. J’en avais la sueur au front. Alors je retirai mon casque oùsqu’était mon mouchoir. Elle le prit, mon mouchoir, et m’essuya les cheveux des tempes. Puis v’là qu’ell’m’embrasse et qu’ell’me souffle dans l’oreille :
« Alors, tu veux bien ? »
Je répondis : « Je veux bien ce que vous voudrez, Madame, puisque je suis venu pour ça. »
Alors ell’se fit comprendre ouvertement par des manifestations. Quand j’vis de quoi il s’agissait, je posai mon casque sur une chaise ; et je lui montrai que dans les dragons on ne recule jamais, mon capitaine.
Ce n’est pas que ça me disait beaucoup, car la particulière n’était pas dans sa primeur. Mais y ne faut pas se montrer trop regardant dans le métier, vu que les picaillons sont rares. Et puis on a de la famille qu’il faut soutenir. Je me disais : « Y aura cent sous pour le père, là-dessus. »
Quand la corvée a été faite, mon capitaine, je me suis mis en position de me retirer. Elle aurait bien voulu que je ne parte pas sitôt. Mais je lui dis : « Chacun son dû, Madame. Un p’tit verre ça coûte deux sous, et deux p’tits verres, ça coûte quatre sous. »
Ell’comprit bien le raisonnement et me mit un p’tit napoléon de dix balles au fond de la main. Ça ne m’allait guère, c’te monnaie-là, parce que ça vous coule dans la poche, et quand les pantalons ne sont pas bien cousus, on la retrouve dans ses bottes, ou bien on ne la retrouve pas.
Alors que je regardais ce pain à cacheter jaune en me disant ça, ell’me contemple ; et puis ell’devient rouge, et ell’se trompe sur ma physionomie, et ell’me demande :
« Est-ce que tu trouves que c’est pas assez ? » Je lui réponds :
« Ce n’est pas précisément ça, Madame, mais, si ça ne vous faisait rien, j’aimerais mieux deux pièces de cent sous. »
Ell’me les donna et je m’éloignai.
Or, voilà dix-huit mois que ça dure, mon capitaine. J’y vas tous les mardis, le soir, quand vous consentez à me donner permission. Elle aime mieux ça, parce que sa bonne est couchée.
Or donc, la semaine dernière, je me trouvai indisposé ; et il me fallut tâter de l’infirmerie. Le mardi arrive, pas moyen de sortir ; et je me mangeais les sangs par rapport aux dix balles dont je me trouve accoutumé.
Je me dis : « Si personne y va, je suis rasé ; qu’elle prendra pour sûr un artilleur. » Et ça me révolutionnait.
Alors, je fais demander Paumelle, que nous sommes pays ; et je lui dis la chose : « Y aura cent sous pour toi, cent sous pour moi, c’est convenu. »
Y consent, et le v’là parti. J’y avais donné les renseignements. Y frappe ; ell’ouvre ; ell’le fait entrer ; ell’l’y regarde pas la tête et s’aperçoit point qu’c’est pas le même.
Vous comprenez, mon capitaine, un dragon et un dragon, quand ils ont le casque, ça se ressemble.
Mais soudain, elle découvre la transformation, et ell’demande d’un air de colère :
« Qu’est-ce que vous êtes ? Qu’est-ce que vous voulez ? Je ne vous connais pas, moi ? »
Alors Paumelle s’explique. Il démontre que je suis indisposé et il expose que je l’ai envoyé pour remplaçant.
Elle le regarde, lui fait aussi jurer le secret, et puis elle l’accepte, comme bien vous pensez, vu que Paumelle n’est pas mal aussi de sa personne.
Mais quand ce limier-là fut revenu, mon capitaine, il ne voulait plus me donner mes cent sous. Si ça avait été pour moi, j’aurais rien dit, mais c’était pour le père ; et là-dessus, pas de blague.
Je lui dis :
« T’es pas délicat dans tes procédés, pour un dragon, que tu déconsidères l’uniforme. »
Il a levé la main, mon capitaine, en disant que c’te corvée-là, ça valait plus du double.
Chacun son jugement, pas vrai ? Fallait point qu’il accepte. J’y ai mis mon poing dans le nez. Vous avez connaissance du reste.
Le capitaine d’Anglemare riait aux larmes en me disant l’histoire. Mais il m’a fait aussi jurer le secret qu’il avait garanti aux deux soldats.
« Surtout, n’allez pas me trahir, gardez ça pour vous, vous me le promettez ?
— Oh ! Ne craignez rien. Mais comment tout cela s’est-il arrangé en définitive ?
— Comment ? Je vous le donne en mille !.. La mère Bonderoi garde ses deux dragons, en leur réservant chacun leur jour. De cette façon, tout le monde est content.
— Oh ! Elle est bien bonne, bien bonne !
— Et les vieux parents ont du pain sur la planche. La morale est satisfaite. »
2 janvier 1883
Contes divers (1882)
PÉTITION D’UN VIVEUR MALGRÉ LUI
« MESSIEURS LES PRÉSIDENTS DES TRIBUNAUX,
MESSIEURS LES MAGISTRATS,
MESSIEURS LES JURÉS,
Maintenant que je suis désintéressé dans la question, vu mon âge et mes cheveux blancs, je viens protester contre vos jugements, contre la partialité révoltante de vos décisions, contre cette sorte de galanterie aveugle qui vous pousse à conclure toujours pour la femme contre l’homme, chaque fois qu’une affaire d’amour est portée devant votre tribunal.
Je suis vieux, Messieurs, j’ai beaucoup aimé, ou plutôt, souvent aimé. Mon pauvre cœur, bien meurtri, frissonne encore au souvenir des anciennes tendresses. Et par les tristes nuits solitaires où la vie passée ne nous apparaît plus qu’à l’état d’illusion finie, où les aventures lointaines, ternies comme les tapisseries effacées, nous donnent soudain des secousses de tristesse, et font monter aux yeux ces larmes douloureuses qu’on verse sur l’irréparable, j’ouvre en tremblant une humble caisse de noyer où gisent mes lamentables gages d’amour, où dort ma vie accomplie maintenant, où remue, quand j’y plonge les mains, la poussière morte de tout ce que j’ai adoré sur la terre.
Et je sanglote sur la bottine, la fine bottine de satin, jaune aujourd’hui, mais qui fut blanche, et que je pris à son pied, dans le jardin, ce soir-là, pour l’empêcher de rentrer au bal.
Je baise les gants, les cheveux blonds ou noirs, ses trois jarretières de soie et le mouchoir de dentelle maculé de sang, de ce sang qui semble une pâle tache de rouille et dont, un jour, je conterai l’histoire.
Mais ce n’est point de tout cela que je prétends vous parler. J’ai voulu seulement prouver qu’on avait eu pour moi bien des… faiblesses — quoique je sois le plus timide, le plus indécis, le plus hésitant des hommes.
Je suis si timide que jamais, peut-être, je n’aurais osé… ce que vous savez, si les femmes n’avaient osé pour moi. Et j’ai compris depuis, en y songeant, que neuf fois sur dix c’est l’homme qui est séduit, capté, accaparé, enlacé de liens terribles, lui le séducteur que vous flétrissez. Il est la proie, la femme est le chasseur.
Un tout récent procès, jugé en Angleterre, m’a jeté soudain dans l’esprit un éclair de vérité.