Le Mystère De La Chambre Jaune
- Автор: Леру Гастон
- Язык: французский
- Жанр: Классические детективы
Электронная книга - «Le Mystère De La Chambre Jaune». Краткое содержание книги:
Une fois dans la «chambre jaune», ils découvrent Mathilde râlant, allongée sur le sol et pleine de sang. On peut apercevoir des marques impressionnantes d’ongles sur son cou. Le criminel a filé. Pourtant, la porte est prise d’assaut par quatre personnes et l’unique fenêtre grillagée de la pièce est verrouillée avec ses volets clos qu’on ne peut fermer que de l’intérieur. Aucune fuite n’est possible! Le jeune Rouletabille décide de se rendre sur le lieu du crime afin de retrouver la trace du malfaiteur.
Nous revînmes à travers la galerie. Comme nous arrivions en face de l’appartement de Mlle Stangerson, la porte du salon s’ouvrit, poussée par le maître d’hôtel qui faisait le service du dîner (M. Stangerson dînait avec sa fille dans le salon du premier étage, depuis trois jours), et, comme la porte était restée entrouverte, nous vîmes parfaitement Mlle Stangerson qui, profitant de l’absence du domestique et de ce que son père était baissé, ramassant un objet qu’elle venait de faire tomber, «versait hâtivement le contenu d’une fiole dans le verre de M. Stangerson».
XXI À l’affût
Ce geste, qui me bouleversa, ne parut point émouvoir extrêmement Rouletabille. Nous nous retrouvâmes dans sa chambre, et, ne me parlant même point de la scène que nous venions de surprendre, il me donna ses dernières instructions pour la nuit. Nous allions d’abord dîner. Après dîner, je devais entrer dans le cabinet noir et, là, j’attendrais tout le temps qu’il faudrait «pour voir quelque chose».
«Si vous «voyez» avant moi, m’expliqua mon ami, il faudra m’avertir. Vous verrez avant moi si l’homme arrive dans la galerie droite par tout autre chemin que la galerie tournante, puisque vous découvrez toute la galerie droite et que moi je ne puis voir que la galerie tournante. Pour m’avertir, vous n’aurez qu’à dénouer l’embrasse du rideau de la fenêtre de la galerie droite qui se trouve la plus proche du cabinet noir. Le rideau tombera de lui-même, voilant la fenêtre et faisant immédiatement un carré d’ombre là où il y avait un carré de lumière, puisque la galerie est éclairée. Pour faire ce geste, vous n’avez qu’à allonger la main hors du cabinet noir. Moi, dans la galerie tournante qui fait angle droit avec la galerie droite, j’aperçois, par les fenêtres de la galerie tournante, tous les carrés de lumière que font les fenêtres de la galerie droite. Quand le carré lumineux qui nous occupe deviendra obscur, je saurai ce que cela veut dire.
– Et alors?
– Alors, vous me verrez apparaître au coin de la galerie tournante.
– Et qu’est-ce que je ferai?
– Vous marcherez aussitôt vers moi, derrière l’homme, mais je serai déjà sur l’homme et j’aurai vu si sa figure entre dans mon cercle…
– Celui qui est «tracé par le bon bout de la raison», terminai-je en esquissant un sourire.
– Pourquoi souriez-vous? C’est bien inutile… Enfin, profitez, pour vous réjouir, des quelques instants qui vous restent, car je vous jure que tout à l’heure vous n’en aurez plus l’occasion.
– Et si l’homme échappe?
– Tant mieux! fit flegmatiquement Rouletabille. Je ne tiens pas à le prendre; il pourra s’échapper en dégringolant l’escalier et par le vestibule du rez-de-chaussée… et cela avant que vous n’ayez atteint le palier, puisque vous êtes au fond de la galerie. Moi, je le laisserai partir après avoir vu sa figure. C’est tout ce qu’il me faut: voir sa figure. Je saurai bien m’arranger ensuite pour qu’il soit mort pour Mlle Stangerson, même s’il reste vivant. Si je le prends vivant, Mlle Stangerson et M. Robert Darzac ne me le pardonneront peut-être jamais! Et je tiens à leur estime; ce sont de braves gens. Quand je vois Mlle Stangerson verser un narcotique dans le verre de son père, pour que son père, cette nuit, ne soit pas réveillé par la conversation qu’elle doit avoir avec son assassin, vous devez comprendre que sa reconnaissance pour moi aurait des limites si j’amenais à son père, les poings liés et la bouche ouverte, l’homme de la «Chambre Jaune» et de la «galerie inexplicable»! C’est peut-être un grand bonheur que, la nuit de la «galerie inexplicable», l’homme se soit évanoui comme par enchantement! Je l’ai compris cette nuit-là à la physionomie soudain rayonnante de Mlle Stangerson quand elle eut appris qu’il avait échappé. Et j’ai compris que, pour sauver la malheureuse, il fallait moins prendre l’homme que le rendre muet, de quelque façon que ce fut. Mais tuer un homme! tuer un homme! ce n’est pas une petite affaire. Et puis, ça ne me regarde pas… à moins qu’il ne m’en donne l’occasion!… D’un autre côté, le rendre muet sans que la dame me fasse de confidences… c’est une besogne qui consiste d’abord à deviner tout avec rien!… Heureusement, mon ami, j’ai deviné… ou plutôt non, j’ai raisonné… et je ne demande à l’homme de ce soir de ne m’apporter que la figure sensible qui doit entrer…
– Dans le cercle…
– Parfaitement. et sa figure ne me surprendra pas!…
– Mais je croyais que vous aviez déjà vu sa figure, le soir où vous avez sauté dans la chambre…
– Mal… la bougie était par terre… et puis, toute cette barbe…
– Ce soir, il n’en aura donc plus?
– Je crois pouvoir affirmer qu’il en aura… Mais la galerie est claire, et puis, maintenant, je sais… ou du moins mon cerveau sait… alors mes yeux verront…
– S’il ne s’agit que de le voir et de le laisser échapper… pourquoi nous être armés?
– Parce que, mon cher, si l’homme de la «Chambre Jaune» et de la «galerie inexplicable» sait que je sais, il est capable de tout! Alors, il faudra nous défendre.
– Et vous êtes sûr qu’il viendra ce soir?…
– Aussi sûr que vous êtes là!… Mlle Stangerson, à dix heures et demie, ce matin, le plus habilement du monde, s’est arrangée pour être sans gardes-malades cette nuit; elle leur a donné congé pour vingt-quatre heures, sous des prétextes plausibles, et n’a voulu, pour veiller auprès d’elle, pendant leur absence, que son cher père, qui couchera dans le boudoir de sa fille et qui accepte cette nouvelle fonction avec une joie reconnaissante. La coïncidence du départ de M. Darzac (après les paroles qu’il m’a dites) et des précautions exceptionnelles de Mlle Stangerson, pour faire autour d’elle de la solitude, ne permet aucun doute. La venue de l’assassin, que Darzac redoute, Mlle Stangerson la prépare!
– C’est effroyable!
– Oui.
– Et le geste que nous lui avons vu faire, c’est le geste qui va endormir son père?
– Oui.
– En somme, pour l’affaire de cette nuit, nous ne sommes que deux?
– Quatre; le concierge et sa femme veillent à tout hasard… Je crois leur veille inutile, «avant»… Mais le concierge pourra m’être utile «après, si on tue»!
– Vous croyez donc qu’on va tuer?
– On tuera s’il le veut!
– Pourquoi n’avoir pas averti le père Jacques? Vous ne vous servez plus de lui, aujourd’hui?
– Non», me répondit Rouletabille d’un ton brusque.