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Fiora et le roi de France

Электронная книга - «Fiora et le roi de France». Краткое содержание книги:

Un fabuleux concours de circonstances a jeté Flora dans les bras de Lorenzo de Médicis. Mais un messager du roi de France apporte à Flora une nouvelle surprenante : son époux Philippe de Selongey n’a pas été exécuté. Bouleversée, Flora regagne la France et se met à la recherche de l’homme qu’elle a toujours aimé. Commence alors une longue quête qui l’entraînera en Avignon, à Bruges, à Nancy... Sa route sera semée d’embûches. Flora réussira-t-elle une fois encore à triompher de l’adversité et à déjouer les manigances du destin ? Mystère garanti jusqu’à la fin de cette passionnante saga. --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
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Khatoun était vêtue d’une robe de toile bleue sur une gorgerette dont les rubans, un peu lâches, laissaient voir des ombres bien douces. Elle portait une cruche d’eau juste tirée du puits dont les gouttelettes scintillaient en tombant, une à une, sur la terre battue. Sans un mot, elle fit boire le jeune homme puis, posant sa cruche avec un demi-sourire et comme si c’eût été la chose du monde la plus naturelle, elle prit sa main et, le regardant au fond des yeux, elle guida cette main poussiéreuse sur l’un de ses petits seins ronds et durs où elle se referma d’instinct.

– Khatoun peut te rafraîchir d’une autre manière, murmura-t-elle. C’est tellement bon de faire l’amour par une telle chaleur ! Et le foin sent si bon !

Un instant plus tard, nus tous les deux, ils s’enfonçaient dans la moisson parfumée. La peau de la petite Tartare était douce et soyeuse comme un satin ivoirin et comme, astucieusement, elle avait emprunté un peu du parfum de sa maîtresse, l’ancien apprenti banquier eut, en fermant les yeux, l’impression de posséder cette trop belle Fiora dont il était si éperdument, si désespérément amoureux... Et cela lui parut délicieux.

Depuis, presque chaque nuit – à moins que le petit Philippe n’eût besoin de Khatoun -, les deux jeunes gens se rejoignaient dans la chambrette du garçon pour des jeux ardents auxquels ils prenaient un plaisir de plus en plus vif. Khatoun savait que Florent ne l’aimait pas vraiment, comme Florent savait qu’il n’était pas question d’amour chez sa maîtresse, mais l’amour, différent bien sûr, que tous deux portaient à Fiora les poussait à s’unir. Florent était jeune, bien bâti et naturellement ardent. Quant à Khatoun, l’amour était pour elle une question d’instinct comme pour beaucoup de filles d’Asie. Elle savait combler un homme tout en prenant sa part de plaisir car elle avait reçu de son époux, le médecin romain, les meilleures leçons. Quant au jeune Parisien, son innocence perdue chez une ribaude du quartier Saint-Merry, puis deux ou trois bergères culbutées, les soirs de grande chaleur, dans les roseaux des bords de Loire, il découvrait avec la petite Tartare un monde de sensations inimaginables. Accomplissant auprès d’elle des exploits dont il se serait cru incapable, il lui en vouait une reconnaissance naïve. Grâce à Khatoun, Florent pouvait se croire l’un de ces hommes privilégiés de la nature dignes de devenir l’amant d’une reine.

– Tu es une vraie diablesse, lui disait-il parfois, mais c’est si doux de t’aimer...

L’important était, après une nuit particulièrement chaude, d’échapper au regard myope mais singulièrement perspicace de dame Léonarde ou au sourire entendu du père Etienne. Florent s’en tirait en allant barboter dans la Loire à la petite pointe du jour, mais il savait qu’il faudrait trouver autre chose quand viendrait l’hiver. Il est vrai qu’alors les nuits seraient plus longues et les travaux du jardin ou des champs moins absorbants...

Mais ce soir-là, le jeu d’amour se termina vite et, tandis que Khatoun continuait à pleurer, la tête nichée contre l’épaule du garçon, celui-ci, bien qu’il eût fait de son mieux pour apaiser le désespoir de son amie, s’avouait qu’il n’était pas loin de le partager. Pourquoi Fiora et Léonarde partaient-elles chez les Nardi, surtout s’il était question d’y rester plusieurs semaines, voire plusieurs mois ? Néanmoins, dans son inquiétude, un espoir se glissait : ce grand diable d’Écossais ne pouvait passer son temps à escorter des dames, ce qui lui donnait, à lui Florent, une chance d’être choisi. Sous la féroce direction d’Archie Ayrlie, ses progrès en équitation avaient été rapides et il n’y avait plus aucune raison de le laisser à la maison.

Il secoua doucement Khatoun qui s’endormait pour la renvoyer dans sa chambre, un peu honteux de constater qu’à l’idée de ne pas la voir pendant des jours et des jours il n’éprouvait pas grand regret. Et comme elle se remettait à pleurer, il lui lança, mécontent :

– Tu ne vas pas larmoyer ainsi jusqu’à la Noël ? C’est ennuyeux, bien sûr, que donna Fiora s’en aille, mais tu peux être assurée qu’elle ne le fait pas sans une bonne raison. Alors, ne lui complique pas l’existence ! Elle reviendra.

– Oui... C’est toi qui as raison, bien sûr... Enfin, on verra bien...

Et, ramassant sa chemise, Khatoun la passa d’un geste machinal et gagna la porte. Florent se recoucha et s’efforça de dormir car la fin de la nuit approchait. Les paroles de Khatoun lui trottaient dans la tête et il s’efforçait d’y trouver une explication. Il n’y parvint pas mais, par contre, finit par s’endormir d’un si profond sommeil qu’il n’entendit pas chanter le coq et oublia l’heure. Ce fut quand Etienne le jeta à bas de son lit qu’il reprit contact avec la réalité quotidienne.

Cette réalité n’avait rien de souriant. Fiora, le visage sombre, ne disait mot et semblait souffrante. Elle était pâle et visiblement fatiguée. En outre, il pleuvait à plein temps ; ce qui donnait une lumière grise guère flatteuse.

Aussi quand, au début de l’après-midi, un page vint lui dire que le roi désirait la voir, accueillit-elle cette invitation sans le moindre plaisir. Florent, au contraire, en fut très content car elle lui ordonna aussitôt de se tenir prêt à l’accompagner et de seller les mules tandis qu’elle-même allait changer de robe.

Fiora trouva Louis XI dans sa chambre, vaste pièce tendue de tapisseries représentant des sujets de chasse où une dizaine de chiens, épagneuls blonds et lévriers blancs, formaient sur les tapis un archipel soyeux. Assis dans un haut fauteuil de bois sculpté près de la grande cheminée de pierre blanche où brûlait un tronc d’arbre, le roi de France semblait curieusement recroquevillé. Frileux à l’excès, il était vêtu comme en plein hiver de drap brun solide et chaud bordé de castor, luisant comme peau de châtaigne, assorti à celui dont était fait le chapeau qu’il portait, comme d’habitude, sur une coiffe de laine rouge emboîtant bien les oreilles. Auprès de lui, son lévrier favori Cher Ami tendait son étroit museau vers les menus morceaux de biscuit que les mains fines, véritablement royales, peut-être la seule beauté de cet étrange souverain, offraient à sa gourmandise. Dans la lumière des flammes, les rubis sertis dans le haut collier d’or du chien brillaient comme braises.

Un homme se tenait auprès du roi, penché vers lui pour recueillir chacune de ses paroles et Fiora, en l’apercevant, tressaillit. Elle n’avait vu qu’une fois ce visage de fouine, ces cheveux raides coupés court et ces yeux glauques, mais elle reconnut leur propriétaire comme l’homme qui, sans qu’elle lui ait causé le moindre tort, était son ennemi juré, celui qui avait tenté de la faire assassiner en forêt de Loches. C’était Olivier le Daim, barbier et confident du roi, du moins autant que peut l’être un homme qui, chaque jour, promène un rasoir sur la gorge d’un autre. Une chose paraissait certaine : il était fort en faveur et Fiora, quelque envie qu’elle en eût, ne pouvait l’accuser ouvertement.

Pour ne plus voir ce regard fielleux glissant sur elle sous la paupière tombante, elle salua profondément, attendant même que le roi la relève de sa révérence. Ce qu’il fit sans tarder :

– Venez-ca, Madame de Selongey ! Nous avons à parler vous et moi ! Laisse-nous, Olivier !

Le barbier sortit à regret, tandis que Fiora s’avançait vers la cheminée et le siège qu’on lui désignait. Elle aurait juré que l’autre allait écouter derrière la porte. Néanmoins, elle décida de n’y plus penser et s’assit sans rien dire, car c’était au roi de parler le premier. Comme il ne semblait pas pressé, elle l’examina discrètement et lui trouva mauvaise mine. Le long nez pointu paraissait aminci et le lourd visage aux mâchoires carnassières fait de parchemin jauni, cependant qu’un tic nerveux contractait par instants la bouche au pli dédaigneux.

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