Réflexions ou sentences et maximes morales
- Автор: де Ларошфуко Франсуа VI
- Год: 1664
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Réflexions ou sentences et maximes morales». Краткое содержание книги:
Grâce à la précision et à la netteté originales de son style, relevé par des ornements dont la distinction égale la sobriété, La Rochefoucauld a décrit son temps et une société pleine d’intrigues et de révolutions perpétuelles pour laisser, de modèles passagers envisagés dans une perspective pessimiste, une image immortelle.
[64] Celui-là n’est pas raisonnable qui trouve la raison, mais celui qui la connaît, qui la goûte et qui la discerne (max. 105, I 115).
[65] La plus déliée de toutes les finesses est de savoir bien faire semblant de tomber dans les pièges que l’on nous tend; on n’est jamais si aisément trompé que quand on songe à tromper les autres (max. 117, I 121).
[66] La pure valeur (s’il y en avait) serait de faire sans témoins ce qu’on est capable de faire devant le monde (max. 216, I 229).
[67] L’intrépidité est une force extraordinaire de l’âme par laquelle elle empêche les troubles, les désordres et les émotions que la vue des grands périls a accoutumé d’élever en elle, par cette force les héros se maintiennent dans un état paisible et conservent l’usage libre de toutes leurs fonctions dans les accidents les plus terribles et les plus surprenants. Cette intrépidité doit soutenir le cœur dans les conjurations, au lieu que la seule valeur lui fournit toute la fermeté qui lui est nécessaire dans les périls de la guerre (max. 217 et MS 40, I 230 et 231).
[68] Enfin l’orgueil, comme lassé de ses artifices et de ses métamorphoses, après avoir joué tout seul les personnages de la comédie humaine, se montre avec son visage naturel et se découvre par la fierté, de sorte qu’à proprement parler la fierté est l’éclat et la déclaration de l’orgueil (MS 6, I 37).
[69] La politesse de l’esprit est un tout de l’esprit par lequel il pense toujours des choses agréables, honnêtes et délicates (max. 99, I 109).
[70] La galanterie de l’esprit est un tour de l’esprit par lequel il pénètre et conçoit les choses les plus flatteuses, c’est-à-dire celles qui sont le plus capables de plaire aux autres (max. 100, I 110).
[71] Qui ne rirait de la modération, et de l’opinion qu’on a conçue d’elle? Elle n’a garde (ainsi qu’on croit) de combattre et de soumettre l’ambition, puisque jamais elles ne se peuvent trouver ensemble, la modération n’étant véritablement qu’une paresse, une langueur et un manque de courage, de manière qu’on peut justement dire que la modération est la bassesse de l’âme comme l’ambition en est l’élévation (max. 293. I 17)
[72] La modération dans la bonne fortune n’est que la crainte de la honte qui suit l’emportement, ou la peur de perdre ce que l’on a (MS 3. I 18).
[73] La politesse des États est le commencement de leur décadence, parce qu’elle applique tous les particuliers à leurs intérêts propres et les détourne du bien public (MS 52. I 282).
[74] La faiblesse de l’esprit est mal nommée; c’est en effet la faiblesse du cœur, qui n’est autre chose qu’une impuissance d’agir et un manque de principe de vie (max. 44. I 49).
[75] La gravité est un mystère du corps inventé pour cacher les défauts de l’esprit (max. 257. I 280).
[76] La sévérité des femmes c’est un ajustement et un fard qu’elles ajoutent à leur beauté, c’est comme un prix dont elles augmentent le leur, c’est enfin un attrait fin et délicat et une douceur déguisée (max. 204, I 216).
[77] Ceux qui voudraient définir la victoire par sa naissance seraient tentés, comme les poètes, de l’appeler la fille du Ciel puisqu’on ne trouve point son origine sur la terre; en effet elle est produite par une infinité d’actions qui, au lieu de l’avoir pour but, regardent seulement les intérêts particuliers de ceux qui les font, puisque tous ceux qui composent une armée, allant à leur propre gloire et à leur élévation, procurent un bien si grand et si général (MS. 41. I 232).
[78] La modération dans la bonne fortune est le calme de notre humeur adoucie par la satisfaction de l’esprit; c’est aussi la crainte du blâme et du mépris qui suivent ceux qui s’enivrent de leur bonheur, c’est une vaine ostentation de la force de notre esprit, et enfin, pour la définir intimement, la modération des hommes dans leurs plus hautes élévations est une ambition de paraître plus grands que les choses qui les élèvent (max. 17 et 18, I 19 et 20).
[79] La persévérance n’est digne de blâme ni de louange parce qu’elle n’est que la durée des goûts et des sentiments qu’on ne s’ôte ni qu’on ne se donne (max. 177, I 186)
[80] La nature fait le mérite, et la fortune le met en œuvre (max. 153, I 160).
[81] La civilité est une envie d’en recevoir; c’est aussi un désir d’être estimé poli (max. 260, I 283).
[82] La vérité qui fait les gens véritables est une imperceptible ambition qu’ils ont de rendre leur témoignage considérable et d’attirer à leurs paroles un respect de religion (max. 63, I 72).
[83] Nous avouons nos défauts pour réparer le préjudice qu’ils nous font dans l’esprit des autres par l’impression que nous leur donnons de la justice du nôtre (max. 184, I 193).
[84] La clémence des princes est une politique dont ils se servent pour gagner l’affection des peuples (max. 15, I 15).
[85] On s’est trompé quand on a cru, après tant de grands exemples, que l’ambition et l’amour triomphaient toujours des autres passions; c’est la paresse, toute languissante qu’elle est, qui en est le plus souvent la maîtresse: elle usurpe insensiblement sur tous les desseins et sur toutes les actions de la vie, et enfin elle émousse et éteint toutes les passions et toutes les vertus (max. 266, I 289).
[86] Ceux qui s’appliquent trop aux petites choses peuvent difficilement s’appliquer assez aux grandes, parce qu’ils consomment toute leur application pour les petites, et même, en la plupart des hommes, c’est une marque qu’ils n’ont aucun talent pour les grandes (max. 41 et MS 7, I 45 et 51).
[87] Il y a deux sortes d’inconstances: l’une qui vient de la légèreté de l’esprit qui à tout moment change d’opinion, ou plutôt de la pauvreté de l’esprit qui reçoit toutes les opinions des autres; l’autre qui est plus excusable, vient de la [fin] du goût des choses que l’on aimait (max. 181, I 190).
[88] La sobriété est l’amour de la santé ou l’impuissance de manger beaucoup (MS 24, I 135).
[89] La chasteté des femmes est l’amour de leur réputation et de leur repos (max. 205, I 217).
[90] Le mépris des richesses, dans les philosophes, était un désir caché de venger leur mérite de l’injustice de la fortune par le mépris des mêmes biens dont elle les privait; c’était un secret qu’ils avaient trouvé pour se dédommager de l’avilissement de la pauvreté; c’était enfin un chemin détourné pour aller à la considération que les richesses donnent (max. 54, I 63).