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Le vicomte de Bragelonne Tome III

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome III». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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«Ah! double hypocrite, murmura de Guiche, te voilà revenu sur ton terrain.»

– Eh bien! alors, continua de Wardes, puisqu’il nous est si difficile de nous entendre sur La Vallière et Bragelonne, causons de vos affaires personnelles.

– Mais, dit de Guiche, je n’ai point d’affaires personnelles, moi. Vous n’avez rien dit de moi, je suppose, à Bragelonne, que vous ne puissiez me redire, à moi?

– Non. Mais, comprenez-vous, de Guiche? c’est qu’autant je suis ignorant sur certaines choses, autant je suis ferré sur d’autres. S’il s’agissait, par exemple, de vous parler des relations de M. de Buckingham à Paris, comme j’ai fait le voyage avec le duc, je pourrais vous dire les choses les plus intéressantes. Voulez-vous que je vous les dise?

De Guiche passa sa main sur son front moite de sueur.

– Mais, non, dit-il, cent fois non, je n’ai point de curiosité pour ce qui ne me regarde pas. M. de Buckingham n’est pour moi qu’une simple connaissance, tandis que Raoul est un ami intime. Je n’ai donc aucune curiosité de savoir ce qui est arrivé à M. de Buckingham, tandis que j’ai tout intérêt à savoir ce qui est arrivé à Raoul.

– À Paris?

– Oui, à Paris ou à Boulogne. Vous comprenez, moi, je suis présent: si quelque événement advient, je suis là pour y faire face; tandis que Raoul est absent et n’a que moi pour le représenter; donc, les affaires de Raoul avant les miennes.

– Mais Raoul reviendra.

– Oui, après sa mission. En attendant, vous comprenez, il ne peut courir de mauvais bruits sur lui sans que je les examine.

– D’autant plus qu’il y restera quelque temps, à Londres, dit de Wardes en ricanant.

– Vous croyez? demanda naïvement de Guiche.

– Parbleu! croyez-vous qu’on l’a envoyé à Londres pour qu’il ne fasse qu’y aller et en revenir? Non pas; on l’a envoyé à Londres pour qu’il y reste.

– Ah! comte, dit de Guiche en saisissant avec force la main de de Wardes, voici un soupçon bien fâcheux pour Bragelonne, et qui justifie à merveille ce qu’il m’a écrit de Boulogne.

De Wardes redevint froid; l’amour de la raillerie l’avait poussé en avant, et il avait, par son imprudence, donné prise sur lui.

– Eh bien! voyons, qu’a-t-il écrit? demanda-t-il.

– Que vous lui aviez glissé quelques insinuations perfides contre La Vallière et que vous aviez paru rire de sa grande confiance dans cette jeune fille.

– Oui, j’ai fait tout cela, dit de Wardes, et j’étais prêt, en le faisant, à m’entendre dire par le vicomte de Bragelonne ce que dit un homme à un autre homme lorsque ce dernier le mécontente. Ainsi, par exemple, si je vous cherchais une querelle, à vous, je vous dirais que Madame, après avoir distingué M. de Buckingham, passe en ce moment pour n’avoir renvoyé le beau duc qu’à votre profit.

– Oh! cela ne me blesserait pas le moins du monde, cher de Wardes, dit de Guiche en souriant malgré le frisson qui courait dans ses veines comme une injection de feu. Peste! une telle faveur, c’est du miel.

– D’accord; mais, si je voulais absolument une querelle avec vous, je chercherais un démenti, et je vous parlerais de certain bosquet où vous vous rencontrâtes avec cette illustre princesse, de certaines génuflexions, de certains baisemains, et vous qui êtes un homme secret, vous, vif et pointilleux…

– Eh bien! non, je vous jure, dit de Guiche en l’interrompant avec le sourire sur les lèvres, quoiqu’il fût porté à croire qu’il allait mourir, non, je vous jure que cela ne me toucherait pas, que je ne vous donnerais aucun démenti. Que voulez-vous, très cher comte, je suis ainsi fait; pour les choses qui me regardent, je suis de glace. Ah! c’est bien autre chose lorsqu’il s’agit d’un ami absent, d’un ami qui, en partant, nous a confié ses intérêts; oh! pour cet ami, voyez-vous, de Wardes, je suis tout de feu!

– Je vous comprends, monsieur de Guiche; mais, vous avez beau dire, il ne peut être question entre nous, à cette heure, ni de Bragelonne, ni de cette jeune fille sans importance qu’on appelle La Vallière.

En ce moment, quelques jeunes gens de la Cour traversaient le salon, et, ayant déjà entendu les paroles qui venaient d’être prononcées, étaient à même d’entendre celles qui allaient suivre.

De Wardes s’en aperçut et continua tout haut:

– Oh! si La Vallière était une coquette comme Madame, dont les agaceries, très innocentes, je le veux bien, ont d’abord fait renvoyer M. de Buckingham en Angleterre, et ensuite vous ont fait exiler, vous, car, enfin, vous vous y êtes laissé prendre à ses agaceries, n’est-ce pas, monsieur?

Les gentilshommes s’approchèrent, de Saint-Aignan en tête, Manicamp après.

– Eh! mon cher, que voulez-vous? dit de Guiche en riant, je suis un fat, moi, tout le monde sait cela. J’ai pris au sérieux une plaisanterie, et je me suis fait exiler. Mais j’ai vu mon erreur, j’ai courbé ma vanité aux pieds de qui de droit, et j’ai obtenu mon rappel en faisant amende honorable et en me promettant à moi-même de me guérir de ce défaut, et, vous le voyez, j’en suis si bien guéri, que je ris maintenant de ce qui, il y a quatre jours, me brisait le cœur. Mais, lui, Raoul, il est aimé; il ne rit pas des bruits qui peuvent troubler son bonheur, des bruits dont vous vous êtes fait l’interprète quand vous saviez cependant, comte, comme moi, comme ces messieurs, comme tout le monde, que ces bruits n’étaient qu’une calomnie.

– Une calomnie! s’écria de Wardes, furieux de se voir poussé dans le piège par le sang-froid de de Guiche.

– Mais oui, une calomnie. Dame! voici sa lettre, dans laquelle il me dit que vous avez mal parlé de Mlle de La Vallière, et où il me demande si ce que vous avez dit de cette jeune fille est vrai. Voulez-vous que je fasse juges ces messieurs, de Wardes?

Et, avec le plus grand sang-froid, de Guiche lut tout haut le paragraphe de la lettre qui concernait La Vallière.

– Et, maintenant, continua de Guiche, il est bien constaté pour moi que vous avez voulu blesser le repos de ce cher Bragelonne, et que vos propos étaient malicieux.

De Wardes regarda autour de lui pour savoir s’il aurait appui quelque part; mais, à cette idée que de Wardes avait insulté, soit directement, soit indirectement, celle qui était l’idole du jour, chacun secoua la tête, et de Wardes ne vit que des hommes prêts à lui donner tort.

– Messieurs, dit de Guiche devinant d’instinct le sentiment général, notre discussion avec M. de Wardes porte sur un sujet si délicat, qu’il est important que personne n’en entende plus que vous n’en avez entendu. Gardez donc les portes, je vous prie, et laissez-nous achever cette conversation entre nous, comme il convient à deux gentilshommes dont l’un a donné à l’autre un démenti.

– Messieurs! messieurs! s’écrièrent les assistants.

– Trouvez-vous que j’avais tort de défendre Mlle de La Vallière? dit de Guiche. En ce cas, je passe condamnation et je retire les paroles blessantes que j’ai pu dire contre M. de Wardes.

– Peste! dit de Saint-Aignan, non pas!… Mlle de La Vallière est un ange.

– La vertu, la pureté en personne, dit Manicamp.

– Vous voyez, monsieur de Wardes, dit de Guiche, je ne suis point le seul qui prenne la défense de la pauvre enfant. Messieurs, une seconde fois, je vous supplie de nous laisser. Vous voyez qu’il est impossible d’être plus calme que nous ne le sommes.

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