Le vicomte de Bragelonne Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome III». Краткое содержание книги:
Ce fut au tour de de Wardes de tressaillir; il se pinça les lèvres.
– Non, madame, dit-il, presque pas.
– Cependant, par cette horrible chaleur…
– L’air de la mer est frais, madame, et puis j’avais une consolation.
– Oh! tant mieux!… Laquelle?
– Celle de savoir que mon adversaire souffrait plus que moi.
– Ah! il a été blessé plus grièvement que vous? J’ignorais cela, dit la princesse avec une complète insensibilité.
– Oh! madame, vous vous trompez, ou plutôt vous faites semblant de vous tromper à mes paroles. Je ne dis pas que son corps ait plus souffert que moi; mais son cœur était atteint.
De Guiche comprit où tendait la lutte; il hasarda un signe à Madame; ce signe la suppliait d’abandonner la partie.
Mais elle, sans répondre à de Guiche, sans faire semblant de le voir, et toujours souriante:
– Eh! quoi! demanda-t-elle, M. de Buckingham avait-il donc été touché au cœur? Je ne croyais pas, moi, jusqu’à présent, qu’une blessure au cœur se pût guérir.
– Hélas! madame, répondit gracieusement de Wardes, les femmes croient toutes cela, et c’est ce qui leur donne sur nous la supériorité de la confiance.
– Ma mie, vous comprenez mal, fit le prince impatient. M. de Wardes veut dire que le duc de Buckingham avait été touché au cœur par autre chose que par une épée.
– Ah! bien! bien! s’écria Madame. Ah! c’est une plaisanterie de M. de Wardes; fort bien; seulement je voudrais savoir si M. de Buckingham goûterait cette plaisanterie. En vérité, c’est bien dommage qu’il ne soit point là, monsieur de Wardes.
Un éclair passa dans les yeux du jeune homme.
– Oh! dit-il les dents serrées, je le voudrais aussi, moi.
De Guiche ne bougea pas.
Madame semblait attendre qu’il vînt à son secours.
Monsieur hésitait.
Le chevalier de Lorraine s’avança et prit la parole.
– Madame, dit-il, de Wardes sait bien que, pour un Buckingham, être touché au cœur n’est pas chose nouvelle, et que ce qu’il a dit s’est vu déjà.
– Au lieu d’un allié, deux ennemis, murmura Madame, deux ennemis ligués, acharnés!
Et elle changea la conversation.
Changer de conversation est, on le sait, un droit des princes, que l’étiquette ordonne de respecter.
Le reste de l’entretien fut donc modéré; les principaux acteurs avaient fini leurs rôles.
Madame se retira de bonne heure, et Monsieur, qui voulait l’interroger, lui donna la main.
Le chevalier craignait trop que la bonne intelligence ne s’établît entre les deux époux pour les laisser tranquillement ensemble.
Il s’achemina donc vers l’appartement de Monsieur pour le surprendre à son retour, et détruire avec trois mots toutes les bonnes impressions que Madame aurait pu semer dans son cœur. De Guiche fit un pas vers de Wardes, que beaucoup de gens entouraient.
Il lui indiquait ainsi le désir de causer avec lui. De Wardes lui fit, des yeux et de la tête, signe qu’il le comprenait.
Ce signe, pour les étrangers, n’avait rien que d’amical.
Alors de Guiche put se retourner et attendre.
Il n’attendit pas longtemps. De Wardes, débarrassé de ses interlocuteurs, s’approcha de de Guiche, et tous deux, après un nouveau salut, se mirent à marcher côte à côte.
– Vous avez fait un bon retour, mon cher de Wardes? dit le comte.
– Excellent, comme vous voyez.
– Et vous avez toujours l’esprit très gai?
– Plus que jamais.
– C’est un grand bonheur.
– Que voulez-vous! tout est si bouffon dans ce monde, tout est si grotesque autour de nous!
– Vous avez raison.
– Ah! vous êtes donc de mon avis?
– Parbleu! Et vous nous apportez des nouvelles de là-bas?
– Non, ma foi! j’en viens chercher ici.
– Parlez. Vous avez cependant vu du monde à Boulogne, un de nos amis, et il n’y a pas si longtemps de cela.
– Du monde… de… de nos amis?…
– Vous avez la mémoire courte.
– Ah! c’est vrai: Bragelonne?
– Justement.
– Qui allait en mission près du roi Charles?
– C’est cela. Eh bien! ne vous a-t-il pas dit, ou ne lui avez-vous pas dit?…
– Je ne sais trop ce que je lui ai dit, je vous l’avoue, mais ce que je ne lui ai pas dit, je le sais.
De Wardes était la finesse même. Il sentait parfaitement, à l’attitude de de Guiche, attitude pleine de froideur, de dignité, que la conversation prenait une mauvaise tournure. Il résolut de se laisser aller à la conversation et de se tenir sur ses gardes.
– Qu’est-ce donc, s’il vous plaît, que cette chose que vous ne lui avez pas dite? demanda de Guiche.
– Eh bien! la chose concernant La Vallière.
– La Vallière… Qu’est-ce que cela? et quelle est cette chose si étrange que vous l’avez sue là-bas, vous, tandis que Bragelonne, qui était ici, ne l’a pas sue, lui?
– Est-ce sérieusement que vous me faites cette question?
– On ne peut plus sérieusement.
– Quoi! vous, homme de cour, vous, vivant chez Madame, vous, le commensal de la maison, vous, l’ami de Monsieur, vous, le favori de notre belle princesse?
De Guiche rougit de colère.
– De quelle princesse parlez-vous? demanda-t-il.
– Mais je n’en connais qu’une, mon cher. Je parle de Madame. Est-ce que vous avez une autre princesse au cœur? Voyons.
De Guiche allait se lancer; mais il vit la feinte.
Une querelle était imminente entre les deux jeunes gens. De Wardes voulait seulement la querelle au nom de Madame, tandis que de Guiche ne l’acceptait qu’au nom de La Vallière. C ’était, à partir de ce moment, un jeu de feintes, et qui devait durer jusqu’à ce que l’un d’eux fût touché.
De Guiche reprit donc tout son sang-froid.
– Il n’est pas le moins du monde question de Madame dans tout ceci, mon cher de Wardes, dit de Guiche, mais de ce que vous disiez là, à l’instant même.
– Et que disais-je?
– Que vous aviez caché à Bragelonne certaines choses.
– Que vous savez aussi bien que moi, répliqua de Wardes.
– Non, d’honneur!
– Allons donc!
– Si vous me le dites, je le saurai; mais non autrement, je vous jure!
– Comment! j’arrive de là-bas, de soixante lieues; vous n’avez pas bougé d’ici; vous avez vu de vos yeux, vous, ce que la renommée m’a rapporté là-bas, elle, et je vous entends me dire sérieusement que vous ne savez pas? oh! comte, vous n’êtes pas charitable.
– Ce sera comme il vous plaira, de Wardes; mais, je vous le répète, je ne sais rien.
– Vous faites le discret, c’est prudent.
– Ainsi, vous ne me direz rien, pas plus à moi qu’à Bragelonne?
– Vous faites la sourde oreille, je suis bien convaincu que Madame ne serait pas si maîtresse d’elle-même que vous.