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La Dame de Monsoreau Tome III

Электронная книга - «La Dame de Monsoreau Tome III». Краткое содержание книги:

Le dimanche gras de l'année 1578, après la fête du populaire, et tandis que s'éteignaient dans les rues les rumeurs de la joyeuse journée, commençait une fête splendide dans le magnifique hôtel que venait de se faire bâtir, de l'autre côté de l'eau et presque en face du Louvre, cette illustre famille de Montmorency qui, alliée à la royauté de France, marchait l'égale des familles princières. Cette fête particulière, qui succédait à la fête publique, avait pour but de célébrer les noces de François d'Epinay de Saint-Luc, grand ami du roi Henri III et l'un des favoris les plus intimes, avec Jeanne de Cossé-Brissac, fille du maréchal de France de ce nom. Le repas avait eu lieu au Louvre, et le roi, qui avait consenti à grand-peine au mariage, avait paru au festin avec un visage sévère qui n'avait rien d'approprié à la circonstance …' 'La Dame de Monsoreau' est, à la suite de 'La Reine Margot', le deuxième volet du somptueux ensemble historique que Dumas écrivit sur la Renaissance.
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C'était la méthode de Birague pour demeurer en faveur.

Chicot apparaissant à la porte du cabinet, Henri poussa une grande exclamation.

– Oh! cher ami, dit-il, sais-tu ce qu'ils sont devenus?

– Qui cela? tes mignons?

– Hélas! oui, mes pauvres amis.

– Ils doivent être bien bas en ce moment, répliqua Chicot.

– On me les aurait tués? s'écria Henri en se redressant la menace dans les yeux; ils seraient morts!

– Morts, j'en ai peur…

– Tu le sais et tu ris, païen!

– Attends donc, mon fils; morts, oui; mais morts ivres.

– Ah! bouffon… que tu m'as fait du mal! Mais pourquoi calomnies-tu ces gentilshommes?

– Je les glorifie, au contraire.

– Tu railles toujours… Voyons, du sérieux, je t'en supplie; sais tu qu'ils sont sortis avec les Angevins?

– Pardieu! si je le sais.

– Eh bien qu'est-il résulté?

– Eh bien, il est résulté ce que je t'ai dit: ils sont morts ivres, ou peu s'en faut.

– Mais Bussy, Bussy!

– Bussy les soûle, c'est un homme bien dangereux.

– Chicot, par grâce!

– Eh bien, oui, Bussy leur donne à dîner, à tes amis; est-ce que tu trouves cela bien, toi?

– Bussy leur donne à dîner! Oh! c'est impossible; des ennemis jurés!

– Justement; s'ils étaient amis, ils n'éprouveraient pas le besoin de s'enivrer ensemble. Écoute, as-tu de bonnes jambes?

– Que veux-tu dire?

– Irais-tu bien jusqu'à la rivière?

– J'irais jusqu'au bout du monde pour être témoin d'une chose pareille.

– Eh bien, va seulement jusqu'à l'hôtel Bussy, tu verras ce prodige.

– Tu m'accompagnes?

– Merci, j'en arrive.

– Mais enfin, Chicot…

– Oh! non, non, tu comprends que moi qui ai vu, je n'ai pas besoin de me convaincre; mes jambes sont diminuées de trois pouces à force de me rentrer dans le ventre. Si j'allais jusque-là, elles commenceraient au genou. Va, mon fils, va.

Le roi lui lança un regard de colère.

– Tu es bien bon, dit Chicot, de te faire de la bile pour ces gens-là! Ils rient, festinent et font de l'opposition à ton gouvernement. Réponds à toutes ces choses en philosophe: ils rient, rions; ils dînent, fais-nous servir quelque chose de bon et de chaud; ils font de l'opposition, viens nous coucher après souper.

Le roi ne put s'empêcher de sourire.

– Tu peux te flatter d'être un vrai sage, dit Chicot. Il y a eu, en France, des rois chevelus, un roi hardi, un roi grand, des rois paresseux: je suis sûr que l'on t'appellera Henri le patient… Ah! mon fils, c'est une si belle vertu… quand on n'en a pas d'autre!

– Trahi! se dit le roi, trahi… Ces gens-là n'ont pas même des mœurs de gentilshommes.

– Ah çà! tu es inquiet de tes amis, s'écria Chicot en poussant le roi vers la salle dans laquelle on venait de servir le souper; tu les plains comme s'ils étaient morts; et, lorsqu'on te dit qu'ils ne sont pas morts, tu pleures et tu t'inquiètes encore… Henri, tu geins toujours.

– Vous m'impatientez, monsieur Chicot.

– Voyons, aimerais-tu mieux qu'ils eussent chacun sept ou huit grands coups de rapière dans l'estomac? sois donc conséquent.

– J'aimerais à pouvoir compter sur des amis, dit Henri d'une voix sombre.

– Oh! ventre-de-biche! répondit Chicot, compte sur moi, je suis là, mon fils; seulement, nourris-moi.- Je veux du faisan… et des truffes, ajouta-t-il en tendant son assiette.

Henri et son unique ami se couchèrent de bonne heure; le roi soupirant d'avoir le cœur si vide, Chicot essoufflé d'avoir l'estomac si plein.

Le lendemain, au petit lever du roi, se présentèrent MM. de Quélus, Schomberg, Maugiron et d'Épernon; l'huissier avait coutume d'ouvrir, il ouvrit la portière aux gentilshommes.

Chicot dormait encore; le roi n'avait pu dormir. Il sauta furieux hors de son lit, et, arrachant les appareils parfumés qui couvraient ses joues et ses mains:

– Hors d'ici! cria-t-il, hors d'ici!

L'huissier, stupéfait, expliqua aux jeunes gens que le roi les congédiait. Ils se regardèrent avec une stupeur égale.

– Mais, sire, balbutia Quélus, nous voulions dire à Votre Majesté…

– Que vous n'êtes plus ivres, vociféra Henri, n'est-ce pas?

Chicot ouvrit un œil.

– Pardon, sire, reprit Quélus avec gravité, Votre Majesté fait erreur…

– Je n'ai pourtant pas bu le vin d'Anjou, moi!

– Ah!… fort bien, fort bien!… dit Quélus en souriant… Je comprends; oui. Eh bien!…

– Eh bien, quoi?

– Que Votre Majesté demeure seule avec nous, et nous causerons, s'il lui plaît.

– Je hais les ivrognes et les traîtres.

– Sire! s'écrièrent d'une commune voix les trois gentilshommes.

– Patience, messieurs, dit Quélus en les arrêtant; Sa Majesté a mal dormi, et aura fait de méchants rêves. Un mot donnera le réveil meilleur à notre très vénéré prince.

Cette impertinente excuse, prêtée par un sujet à son roi, fit impression sur Henri. Il devina que des gens assez hardis pour dire de pareilles choses ne pouvaient avoir rien fait que d'honorable.

– Parlez, dit-il, et soyez bref.

– C'est possible, sire, mais c'est difficile.

– Oui… on tourne longtemps autour de certaines accusations.

– Non, sire, on y va tout droit, fit Quélus en regardant Chicot et l'huissier comme pour réitérer à Henri sa demande d'une audience particulière.

Le roi fit un geste: l'huissier sortit. Chicot ouvrit l'autre œil, et dit:

– Ne faites pas attention à moi, je dors comme un bœuf.

Et, refermant ses deux yeux, il se mit à ronfler de tous ses poumons.

XXV Où Chicot s'éveille.

Quand on vit que Chicot dormait si consciencieusement, personne ne s'occupa de lui. D'ailleurs, on avait assez pris l'habitude de considérer Chicot comme un meuble de la chambre à coucher du roi.

– Votre Majesté, dit Quélus en s'inclinant, ne sait que la moitié des choses, et, j'ose le dire, la moitié la moins intéressante. Assurément, et personne de nous n'a l'intention de le nier, assurément nous avons dîné tous chez M. de Bussy, et je dois même dire, en l'honneur de son cuisinier, que nous y avons fort bien dîné.

– Il y avait surtout d'un certain vin d'Autriche ou de Hongrie, dit Schomberg, qui, en vérité, m'a paru merveilleux.

– Oh! le vilain Allemand, interrompit le roi; il aime le vin, je m'en étais toujours douté.

– Moi, j'en étais sûr, dit Chicot, je l'ai vu vingt fois ivre.

Schomberg se retourna de son côté:

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