La Dame de Monsoreau Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Год: 17
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Dame de Monsoreau Tome III». Краткое содержание книги:
Chemin faisant, les huit gentilshommes s'étaient pris par le bras, et, avec mille civilités, s'entretenaient de sujets gais et badins, au grand ébahissement des bourgeois, qui regrettaient leurs vivat de tout à l'heure, et disaient que les Angevins venaient de pactiser avec les pourceaux d'Hérode.
On arriva.
Quélus prit la parole.
– Voyez le beau terrain, dit-il; voyez l'endroit solitaire, et comme le pied tient bien sur ce salpêtre.
– Ma foi, oui, répliqua Antraguet en battant plusieurs appels.
– Eh bien, continua Quélus, nous avions pensé, ces messieurs et moi, que vous voudriez bien, un de ces jours, nous accompagner jusqu'ici pour seconder, tiercer et quarter M. de Bussy, votre ami, qui nous a fait l'honneur de nous appeler tous quatre.
– C'est vrai, dit Bussy à ses amis stupéfaits.
– Il n'en avait rien dit, s'écria Antraguet.
– Oh! M. de Bussy est un homme qui sait le prix des choses, repartit Maugiron. Accepteriez-vous, messieurs de l'Anjou?
– Certes, oui, répliquèrent les trois Angevins d'une seule voix; l'honneur est tel, que nous nous en réjouissons.
– C'est à merveille, dit Schomberg en se frottant les mains. Vous plaît-il maintenant que nous nous choisissions l'un l'autre?
– J'aime assez cette méthode, dit Ribérac avec des yeux ardents… et alors…
– Non pas, interrompit Bussy, cela n'est pas juste. Nous avons tous les mêmes sentiments, donc nous sommes inspirés de Dieu; c'est Dieu qui fait les idées humaines, messieurs, je vous l'assure; eh bien, laissons à Dieu le soin de nous appareiller. Vous savez d'ailleurs que rien n'est plus indifférent au cas où nous conviendrions que le premier libre charge les autres.
– Et il le faut! et il le faut! s'écrièrent les mignons.
– Alors raison de plus; faisons comme firent les Horaces: tirons au sort.
– Tirèrent-ils au sort? dit Quélus en réfléchissant.
– J'ai tout lieu de le croire, répondit Bussy.
– Alors imitons-les.
– Un moment, dit encore Bussy. Avant de connaître nos antagonistes, convenons des règles du combat. Il serait malséant que les conditions du combat suivissent le choix des adversaires.
– C'est simple, fit Schomberg; nous nous battrons jusqu'à ce que mort s'ensuive, comme a dit M. de Saint-Luc.
– Sans doute; mais comment nous battrons-nous?
– Avec l'épée et la dague, dit Bussy; nous sommes tous exercés.
– À pied? dit Quélus.
– Eh! que voulez-vous faire d'un cheval? On n'a pas les mouvements libres.
– À pied, soit.
– Quel jour?
– Mais le plus tôt possible.
– Non, dit d'Épernon; j'ai mille choses à régler, un testament à faire; pardon, mais je préfère attendre… Trois ou six jours nous aiguiseront l'appétit.
– C'est parler en brave, dit Bussy assez ironiquement.
– Est-ce convenu?
– Oui. Nous nous entendrons toujours à merveille.
– Alors tirons au sort, dit Bussy.
– Un moment, fit Antraguet; je propose ceci: divisons le terrain en cens impartiaux. Comme les noms vont sortir au hasard deux par deux, coupons quatre compartiments sur le terrain pour chacune des quatre paires.
– Bien dit.
– Je propose, pour le numéro 1, le carré long entre deux tilleuls… Il y a belle place.
– Accepté.
– Mais le soleil?
– Tant pis pour le second de la paire; il sera tourné à l'est.
– Non pas, messieurs, ce serait injuste, dit Bussy. Tuons-nous, mais ne nous assassinons pas. Décrivons un demi-cercle et opposons-nous tous à la lumière; que le soleil nous frappe de profil.
Bussy montra la position, qui fut acceptée; puis on tira les noms.
Schomberg sortit le premier, Ribérac le second. Ils furent désignés pour la première paire.
Quélus et Antraguet Furent les seconds.
Livarot et Maugiron les troisièmes. Au nom de Quélus, Bussy, qui croyait l'avoir pour champion, fronça le sourcil.
D'Épernon, se voyant forcément accouplé à Bussy, pâlit, et fut obligé de se tirer la moustache pour rappeler quelques couleurs à ses joues.
– Maintenant, messieurs, dit Bussy, jusqu'au jour du combat, nous nous appartenons les uns aux autres.- C'est à la vie à la mort; nous sommes amis. Voulez-vous bien accepter un dîner à l'hôtel Bussy?
Tous saluèrent en signe d'assentiment, et revinrent chez Bussy, où un somptueux festin les réunit jusqu'au matin.
XXIV Où Chicot s'endort.
Toutes ces dispositions des Angevins avaient été remarquées par le roi d'abord et par Chicot. Henri s'agitait dans l'intérieur du Louvre, attendant impatiemment que ses amis revinssent de leur promenade avec messieurs de l'Anjou.
Chicot avait suivi de loin la promenade, examiné en connaisseur ce que personne ne pouvait comprendre aussi bien que lui, et, après s'être convaincu des intentions de Bussy et de Quélus, il avait rebroussé chemin vers la demeure de Monsoreau.
C'était un homme rusé que Monsoreau; mais, quant à duper Chicot, il n'y pouvait prétendre. Le Gascon lui apportait force compliments de condoléance de la part du roi; comment ne pas le recevoir à merveille?
Chicot trouva Monsoreau couché. La visite de la veille avait brisé tous les ressorts de cette organisation à peine reconstruite; et Remy, une main sur son menton, guettait avec dépit les premières atteintes de la fièvre qui menaçait de ressaisir sa victime.
Néanmoins Monsoreau put soutenir la conversation, et dissimuler assez habilement sa colère contre le duc d'Anjou pour que tout autre que Chicot ne l'eût pas soupçonnée. Mais plus il était discret et réservé, plus le Gascon découvrait sa pensée.
– En effet, se disait-il, un homme ne peut être si passionné pour M. d'Anjou sans qu'il y ait quelque chose sous jeu.
Chicot, qui se connaissait en malades, voulut savoir également si la fièvre du comte n'était pas une comédie à l'instar de celle qu'avait jouée naguère Nicolas David.
Mais Remy ne trompait pas; et, à la première pulsation du pouls de Monsoreau:
– Celui-là est malade réellement, pensa Chicot, et ne peut rien entreprendre. Il reste M. de Bussy; voyons un peu de quoi il est capable.
Et il courut à l'hôtel de Bussy, qu'il trouva tout éblouissant de lumières, tout embaumé de vapeurs qui eussent fait pousser à Gorenflot des exclamations de joie.
– Est-ce que M. de Bussy se marie? demanda-t-il à un laquais.
– Non, monsieur, répliqua celui-ci, M. de Bussy se réconcilie avec plusieurs seigneurs de la cour, et on célèbre cette réconciliation par un repas; fameux repas, allez.
– À moins qu'il ne les empoisonne, ce dont je le sais incapable, pensa Chicot, Sa Majesté est encore en sûreté de ce côté-là.
Il retourna au Louvre, et aperçut Henri qui se promenait dans une salle d'armes en maugréant. Il avait envoyé trois courriers à Quélus, et, comme ces gens ne comprenaient pas pourquoi Sa Majesté était dans l'inquiétude, ils s'étaient arrêtés tout simplement chez M. de Birague le fils, où tout homme aux livrées du roi trouvait toujours un verre plein, un jambon entamé et des fruits confits.