Les dragons de Dorcastel [The Dragons of Dorcastle - ru]
- Автор: Хемри Джон
- Серия: Les piliers de la réalité #1
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 978-2-84172-775-9
- Переводчик: Denis E. Savine
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Les dragons de Dorcastel [The Dragons of Dorcastle - ru]». Краткое содержание книги:
Alain d’Ihris est le plus jeune mage jamais sorti des écoles de sa guilde, et Mari de Caer Lyn la plus jeune maître mécanicien à quitter les bancs de la sienne.
Seuls survivants à une attaque mystérieuse de la caravane au sein de laquelle ils traversaient le désert, les deux jeunes gens ne se doutent pas des embûches qu’ils devront déjouer pour accomplir des destins qui semblent intimement liés. Ils devront lutter contre des ennemis invisibles et protéiformes, remettre en question l’ordre établi et les enseignements de leurs propres guildes, tout en essayant de comprendre les sentiments qui les animent.
Leur premier défi sera de découvrir qui sont les dragons qui terrorisent la cité de Dorcastel…
Mari ne le quittait pas des yeux.
« Serais-tu en train de me dire que tu es venu me sauver en suivant un lien métaphorique à travers des trous imaginaires, et que, maintenant que tu es dans la même cellule que moi, tu es incapable de nous en faire sortir ?
— Oui, c’est exact. Celui-ci a commis une erreur.
— Ah ça, c’est clair. Jusque-là, un seul de nous était coincé là-dedans ; désormais nous sommes deux. »
Le mage lui décocha un regard où perçait une certaine irritation. Il devait être réellement exténué pour laisser paraître une telle émotion.
« Je n’ai pas une grande expérience des sauvetages. Es-tu toujours aussi dure ? »
Mari ressentit soudain une irrépressible envie de rire, qui cessa dès que les pulsations douloureuses reprirent.
« Pour être tout à fait franche, oui. D’ailleurs, tu n’es pas le premier garçon à me le demander. Merci d’être venu. Merci d’être arrivé aussi loin. Au moins, cela me fait de la compagnie. Sauf, bien sûr, si je suis folle ou droguée et que j’imagine tout cela. Peut-être n’es-tu pas réel.
— Je suis réel. C’est toi qui ne l’es pas.
— Tu sais, ce genre de remarque ne nous aide pas beaucoup. Je n’ai aucun moyen de nous sortir d’ici. Et toi, as-tu d’autres trucs ?
— Trucs ?
— Désolée. Comment appelles-tu ça ?
— Des sortilèges », dit Alain en laissant retomber la tête. Sa fatigue était flagrante, même pour Mari. « Des petits. Il m’est impossible de créer une brèche suffisante pour que l’un de nous s’y faufile. Pas avant un certain temps. L’effort requis augmente rapidement avec la taille de l’ouverture.
— Oui, c’est logique. L’accroissement est-il équivalent au carré, comme pour une aire, au cube, comme pour un volume, ou s’agit-il d’une échelle de progression exponentielle ? »
Il la fixa longuement à son tour, en silence.
« Je ne sais pas, répondit-il enfin. Est-ce que tous ces mots ont un sens ?
— Oui, naturellement. J’imagine que les mages ne consacrent pas beaucoup de temps à étudier les maths, pas vrai ?
— Les maths ?
— Oublie. » Elle avait l’impression que le mage Alain et elle vivaient dans deux mondes radicalement différents, même s’ils étaient assis côte à côte sur la paillasse de la geôle.
« Est-ce que tu as des… trucs de mécanicien ?
— Je n’ai pas encore réussi à en trouver un qui pourrait nous faire sortir d’ici », lâcha Mari tout en scrutant d’un air morose la porte de la cellule. Ses yeux glissèrent sur la serrure. « Tu dis ne pas pouvoir créer un autre grand trou imaginaire avant un certain temps. Mais est-ce que tu pourrais en percer un petit ?
— Oui. Ce sera très fatigant, mais je suis sûr d’y arriver. Où en as-tu besoin ? » lui demanda-t-il en suivant son regard.
Elle se leva prudemment pour éviter tout vertige, marcha jusqu’à la porte et désigna la plaque blindée qui protégeait le système de fermeture.
« Juste ici. Et gros comme ça », ajouta-t-elle en délimitant de ses doigts joints la surface désirée. Elle ne réfléchit pas au degré d’absurdité de l’entreprise. Tant que les résultats étaient au rendez-vous, peu lui importaient les moyens. Si elle pouvait atteindre le mécanisme du verrou, elle parviendrait peut-être à le bidouiller pour ouvrir le battant avant que le trou imaginaire du mage ne disparaisse.
« Si tu penses que c’est important, d’accord. »
Mari, les nerfs à fleur de peau, vit le mage plisser les paupières, l’air concentré. Soudain, il écarquilla les yeux.
« Dépêche-toi de faire ce que tu as à faire. Je ne pourrai pas tenir très longtemps. »
Elle se tourna vers la porte et se figea, stupéfaite. Il y avait bien un trou. Un peu plus grand même que celui qu’elle avait demandé. Cependant, ce n’était pas une simple entaille dans la plaque blindée, l’orifice transperçait le verrou de part en part et permettait de voir jusque dans le couloir.
Mari resta bouche bée pendant quelques secondes, incapable d’accepter ce qui était pourtant sous ses yeux, puis elle se rappela subitement qu’elle avait une tâche à accomplir. Plongeant la main dans le trou, effrayée qu’il pût disparaître à tout moment et sceller ses doigts dans l’acier, elle chercha la targette qui était désormais fichée dans le montant de la porte sans aucune structure pour la retenir. Elle la délogea, regarda à la hâte si une autre pièce métallique était assujettie au chambranle et, une fois satisfaite, elle retira sa main et laissa tomber sa prise, comme si elle avait été chauffée à blanc.
« C’est fait. »
Le mage soupira et se détendit. Le trou disparut à l’instant où la targette touchait le sol de la cellule avec un bruit sourd. Mari examina la porte qui, de nouveau, paraissait solide. Pourtant, la petite pièce métallique que la mécanicienne avait ôtée gisait toujours par terre, là où elle l’avait lâchée. Elle poussa légèrement le battant qui pivota sur ses gonds. Je suis folle. Ce n’est pas possible autrement. Cela ne peut être vrai. Elle le poussa une fois encore et il s’entrebâilla un peu plus en grinçant. Mais quitte à imaginer une évasion, autant l’imaginer jusqu’au bout.
Elle ouvrit la porte suffisamment pour passer la tête dans le couloir et vérifier qu’il n’y avait aucun garde en vue. Elle se tourna ensuite vers le mage, toujours affalé sur le lit de fortune.
« Tu ne viens pas ?
— Tu souhaites que je t’accompagne ? demanda-t-il en levant les yeux vers elle.
— Oui, je souhaite que tu m’accompagnes ! Est-ce que tu penses que je te laisserais dans cette cellule ? Par les fournaises, mage, je suis dure, mais pas à ce point ! Viens ! »
Il se mit debout et suivit Mari alors qu’elle se glissait par la porte entrouverte. Elle s’arrêta, les yeux et les oreilles en alerte, guettant le moindre signe des gardes. Elle n’en détecta aucun.
« Ne devrait-il pas y avoir un geôlier ?
— Peut-être que les maîtres des lieux ne veulent pas que des subalternes entendent ce que les détenus auraient à dire. Cette prison n’est pas très grande, et j’ai l’impression que tu en étais la seule occupante, il est donc possible qu’elle soit réservée pour des besoins spécifiques, suggéra Alain quand il l’eut rejointe.
— Ça paraît logique. »
Avançant à pas prudents, Mari regarda par le judas de la cellule adjacente à la sienne. Elle se figea. Il n’y avait pas de prisonnier, mais son sac à outils était posé avec soin au milieu du cachot, à même le sol dallé. Elle tira sur la porte, en vain, celle-ci était verrouillée. Elle chercha une clé des yeux.
« Je n’y crois pas ! Nous avons trouvé mes outils, mais impossible de les récupérer.
— Tes outils ?
— Ils me sont indispensables ! J’ai besoin de ma trousse. » Elle se tourna vers le mage et l’implora, mains jointes. « Ces outils sont… ce sont mes sortilèges. Et mes… doyens m’en feront baver si jamais je les perds. S’il te plaît, mage Alain, pourrais-tu faire un autre trou dans cette serrure ? Juste quelques instants. S’il te plaît.
— Tu as besoin de ces choses pour lancer tes sortilèges ?
— Oui !
— Et pour les rompre également ? »
Rompre des sortilèges ? Qu’est-ce que cela signifiait ?
« Eh bien… oui. Enfin, je veux dire qu’on peut dévisser des trucs, les démonter, les déconnecter…