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Les dragons de Dorcastel [The Dragons of Dorcastle - ru]

Электронная книга - «Les dragons de Dorcastel [The Dragons of Dorcastle - ru]». Краткое содержание книги:

Dematr est un monde où la magie et la technologie coexistent. Depuis leurs grands halls, la guilde des mages et celle des mécaniciens veillent à ce qu’elles restent leurs propriétés exclusives, même si les guildes n’hésitent pas à monnayer leurs services aux gens du commun – qu’ils fussent empereurs, princes ou simples marchands.
Alain d’Ihris est le plus jeune mage jamais sorti des écoles de sa guilde, et Mari de Caer Lyn la plus jeune maître mécanicien à quitter les bancs de la sienne.
Seuls survivants à une attaque mystérieuse de la caravane au sein de laquelle ils traversaient le désert, les deux jeunes gens ne se doutent pas des embûches qu’ils devront déjouer pour accomplir des destins qui semblent intimement liés. Ils devront lutter contre des ennemis invisibles et protéiformes, remettre en question l’ordre établi et les enseignements de leurs propres guildes, tout en essayant de comprendre les sentiments qui les animent.
Leur premier défi sera de découvrir qui sont les dragons qui terrorisent la cité de Dorcastel…
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Personne n’irait lever le petit doigt pour elle. Ringhmon était un client qu’il convenait de soigner, entre la vente des fusils et le contrat – probablement très juteux – lié à l’utilisation secrète du M6. Quelle part de ses profits l’antenne de la guilde à Ringhmon – tout comme la guilde elle-même – serait-elle prête à sacrifier en remettant en cause une histoire parfaitement vraisemblable racontée par les si respectables autorités locales ?

Comment se faisait-il qu’aucun autre mécanicien n’ait jamais remarqué la manière dont Ringhmon exploitait son M6 ? Et si cela avait été le cas, pourquoi ne l’avait-on pas dit à Mari ? Pourquoi rien n’avait-il été entrepris ? Que les gens du commun fussent incapables d’accomplir le travail des mécaniciens ne les exemptait en aucune façon de l’interdiction qui leur était faite de s’y essayer.

Couchée dans sa cellule, Mari se remémora des chuchotements dans les ténèbres. Alli, Calu et elle avaient quitté en douce les baraquements des apprentis au milieu de la nuit pour grimper sur les toits et partager quelques moments d’une liberté prétendument retrouvée, hors de la surveillance des apprentis plus âgés, des mécaniciens et, surtout, des mécaniciens émérites. Fusillant les étoiles du regard, Calu s’était mis à parler d’une voix si basse que seules Mari et Alli avaient pu l’entendre. « Si les communs sont incapables d’accomplir le travail d’un mécanicien, pourquoi faire des mystères autour de ça ? C’est comme si on interdisait aux chevaux d’apprendre l’algèbre. À quoi bon ? Ils n’en sont pas capables. Les seules choses que l’on garde secrètes sont celles dont quelqu’un d’autre pourrait faire usage. Alors pourquoi devons-nous à tout prix empêcher les communs d’apprendre les secrets des mécaniciens ? »

Alli lui avait donné un coup dans les côtes. « La ferme, imbécile ! Est-ce que tu comptes poser cette question à un mécanicien émérite ?

— Non ! Mais, à votre avis, quelle est la réponse ? »

Et, comme Mari en avait déjà pris l’habitude, Alli et Calu s’étaient tournés vers elle en attendant son verdict. Elle avait joué l’indifférence. « Posez donc la question, et vous vous ferez incendier et rétrograder à l’échelon le plus bas des apprentis, celui que nous avions en arrivant ici. On prend les paris ? »

Ils s’étaient abstenus et avaient changé de sujet, s’amusant à passer en revue les mécaniciens émérites pour décerner la palme de la stupidité, ou les garçons avec qui Mari aurait dû essayer de sortir, « parce que tu es vraiment désespérante de ce côté-là, Mari ». Pourtant, la mécanicienne n’avait pas oublié la question de Calu. Et celle-ci l’avait rongée, même quand elle eut fini par accepter les enseignements de la guilde à propos des communs.

Depuis combien de temps était-elle allongée, la tête traversée de vagues de douleur, à broyer du noir ? Elle ne le savait pas. Les lancements refluèrent peu à peu, remplacés au fur et à mesure par la flamme grandissante d’une détermination farouche. Je suis maître mécanicien. Je suis la maîtresse mécanicienne Mari de Caer Lyn. J’ai été la plus jeune apprentie de tous les temps à devenir mécanicienne, la plus jeune de tous les temps à devenir maîtresse mécanicienne. Je ne laisserai personne me faire ça. Ni Stimon ni encore moins Polder. Personne. Je ne vais pas rester les bras ballants en attendant que quelqu’un se décide à venir me chercher. Je vais sortir d’ici et obtenir des réponses.

Mari réussit à s’asseoir sans que le martèlement du sang dans sa tête soit cette fois trop insupportable. Elle se leva précautionneusement de sa couchette, les jambes tremblantes. Un pas après l’autre, elle traversa la cellule jusqu’à la porte, effectivement bien verrouillée. Elle s’agenouilla pour en étudier la serrure. Le mécanisme était dissimulé derrière une lourde plaque métallique si ajustée qu’elle n’aurait pu la démonter, même si elle avait disposé de ses outils. Voilà qui était étrange. Pourquoi prendre autant de précautions, sachant qu’aucun commun n’était en mesure de crocheter une serrure ? Se pourrait-il que je ne sois pas le premier mécanicien à disparaître de Ringhmon ? Comment espèrent-ils se tirer d’affaire si on découvre que plusieurs mécaniciens se sont volatilisés après s’être rendus au palais du gouvernement ? Mais ils sont certainement assez malins pour planifier des enlèvements dont on ne saurait les accuser.

L’embuscade. Quelle imbécile tu fais, Mari ! Les soi-disant bandits bardés de fusils hors de prix. Du même modèle que ceux achetés par Ringhmon pour équiper son armée. Imbécile. Pourquoi as-tu mis aussi longtemps à relier les points ? Qui d’autre aurait pu savoir qu’une mécanicienne se trouvait dans cette caravane ? Ils prévoyaient de tuer tout le monde, sauf moi, et de me conduire en ville bâillonnée et encapuchonnée : un prisonnier anonyme de plus. Ma guilde m’aurait cherchée en vain dans la Désolation. Pas étonnant que j’aie aperçu certains de ces bandits en ville. C’étaient probablement des soldats de Ringhmon qui revenaient bredouilles du désert et, une fois que j’avais rallié la cité, ils avaient sûrement ordre de laisser les sbires de Polder gérer cette affaire.

Mari n’avait compris tout cela que trop tard. Elle se doutait cependant que, si elle avait démêlé l’écheveau plus tôt, nul ne l’aurait crue. On l’aurait fait passer pour une gamine surexcitée, promue avant l’heure, trop bleue pour accomplir son travail correctement et qui cherchait toutes les excuses possibles afin de s’en dédouaner. Cela n’avait plus d’importance à présent. Désormais, mon problème est de trouver comment sortir d’ici. Elle se releva et fit le tour de la cellule en quête de quoi que ce fût d’utile.

Il n’y avait rien à part la porte robuste et les murs faits de blocs de pierre dure étroitement scellés. Mari leva les yeux vers le plafond. Les poutres n’offraient guère plus d’espoir ; épaisses, elles étaient taillées dans un bois tellement dense qu’on aurait eu toutes les peines du monde à les fendre, même à la hache. Hache que, de toute manière, elle n’avait pas.

Elle plissa les yeux en remarquant ce qui ressemblait à un grand trou creusé par un nœud dans une des poutres. Quelque chose dans son apparence l’interpella. Elle tira la couchette sous la solive, monta sur la planche en prenant garde de ne pas passer au travers et tâtonna à l’intérieur de l’ouverture.

Un objet métallique y avait été glissé, dissimulé aux regards par les ombres. Mari referma sa main dessus, heureuse qu’elle fût suffisamment menue pour lui permettre ce mouvement, et essaya de déloger cette trouvaille de sa cachette. Elle rencontra une résistance, comme si l’objet était relié à des fils. Elle tira brusquement et entendit les fils se rompre en effaçant toute résistance. La mécanicienne ouvrit les doigts pour regarder ce qu’elle venait de dénicher.

Un écoute-au-loin. Quelqu’un avait installé dans ce cachot un dispositif qui détectait tous les sons émis par ses occupants et les transmettait le long des fils vers un autre endroit où un tiers les écoutait. Mari savait que les mécaniciens fabriquaient ce genre d’appareils. Elle n’aurait jamais imaginé qu’une cellule construite par des communs pour emprisonner des mécaniciens en serait équipée.

Elle examina l’écoute-au-loin avec minutie à la recherche d’indices quant à son lieu de fabrication. À son plus grand étonnement, elle ne décela pas la moindre indication sur la ville ou l’atelier qui l’avait produit. On eût dit que c’était l’œuvre de mécaniciens qui n’appartenaient pas à la guilde. Mais c’est impossible ! Tous les mécaniciens travaillent au sein de la guilde. Tous les mécaniciens sont formés par la guilde. Nul n’est autorisé à exercer hors de son giron. Quiconque avait été formé par un mécanicien et se serait risqué à vendre ses services encourait la peine de mort, tandis que ceux qui y auraient eu recours rejoignaient la liste des proscrits, condamnés à ne plus jamais pouvoir faire appel à la guilde.

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