Le Seigneur des anneaux [tome III - Le Retour du Roi]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [tome III - Le Retour du Roi]». Краткое содержание книги:
« Il me faut à présent descendre à la rencontre de ceux qui viennent à nous. J’ai vu, sur le champ de bataille, un spectacle qui m’a beaucoup affligé ; et d’autres malheurs pourraient encore survenir. Suivez-moi, Pippin ! Quant à vous, Beregond, vous feriez mieux de rentrer à la Citadelle et de raconter au chef de la Garde ce qui s’est passé. Il sera de son devoir, j’en ai peur, de vous relever de vos fonctions ; mais dites-lui que, si je puis lui donner conseil, le mieux serait de vous envoyer aux Maisons de Guérison, au chevet de votre capitaine, afin que vous puissiez le protéger et le servir, et être à ses côtés quand il se réveillera – s’il se réveille un jour. Car, grâce à vous, il a été sauvé du feu. Maintenant, partez ! Je reviendrai bientôt. »
Sur ce, il se détourna et descendit avec Pippin dans la Cité. Et comme ils se hâtaient vers les cercles inférieurs, le vent amena une pluie grise, et tous les feux baissèrent, et une grande fumée s’éleva devant eux.
8Les Maisons de Guérison
Une brume de larmes et de fatigue voilait les yeux de Merry, tandis qu’ils approchaient des décombres de la Porte de Minas Tirith. Il ne prêtait guère attention à la dévastation et au massacre qui les entouraient. Du feu, de la fumée et des relents montaient dans l’air ; car de nombreux engins avaient été brûlés ou précipités dans les tranchées de feu, ainsi que bon nombre des tués, tandis que gisaient çà et là les carcasses des grands monstres des Sudrons, à demi brûlés, lapidés, ou encore abattus d’une flèche dans l’œil par les vaillants archers du Morthond. La pluie soudaine avait cessé pour le moment, et le soleil perçait le ciel ; mais toute la cité inférieure restait enveloppée dans la vapeur noire des feux agonisants.
Déjà, des hommes s’employaient à ouvrir un passage à travers les débris de la bataille ; et certains, venus de la Porte, apportaient maintenant des civières. Éowyn fut soigneusement déposée sur des coussins moelleux ; mais le corps du roi fut recouvert d’un grand drap d’or : des hommes portaient autour de lui des torches dont la flamme, pâle dans le soleil, papillonnait au vent.
Théoden et Éowyn entrèrent ainsi dans la Cité du Gondor, et tous ceux qui les virent se découvrirent et s’inclinèrent ; mais ils passèrent à travers les cendres et la fumée du cercle incendié et poursuivirent leur ascension le long des rues de pierre. La montée parut une éternité aux yeux de Merry, une marche insensée à travers un rêve odieux qui n’en finissait plus, tendant vers quelque sombre fin insaisissable par la mémoire.
Peu à peu, la lumière des torches devant lui vacilla et s’éteignit ; il marchait dans les ténèbres, et il se dit : « Ce tunnel mène à un tombeau ; nous y demeurerons pour toujours. » Mais soudain, une voix vivante s’immisça dans son rêve.
« Ah, Merry ! Heureusement, je te retrouve ! »
Il leva la tête, et la brume qui troublait son regard se dissipa quelque peu. Pippin était là ! Ils se trouvaient face à face au milieu d’une étroite rue, et, sauf pour eux-mêmes, elle était vide. Il se frotta les yeux.
« Où est le roi ? demanda-t-il. Et Éowyn ? » Alors il trébucha, et il s’assit sur le pas d’une porte et recommença à pleurer.
« Ils sont montés à la Citadelle, dit Pippin. Je crois que tu as dû t’endormir sur tes jambes et prendre un mauvais tournant. Quand nous avons vu que tu n’étais pas avec eux, Gandalf m’a envoyé à ta recherche. Mon pauvre vieux ! Je suis si content de te revoir ! Mais tu es épuisé, et je ne te fatiguerai pas avec mes questions. Dis-moi tout de même : as-tu mal ? Es-tu blessé ? »
« Non, dit Merry. Enfin, non, je ne pense pas. Mais je ne peux plus me servir de mon bras droit, Pippin, pas depuis que je l’ai frappé. Et mon épée est tombée en cendres comme un morceau de bois. »
Pippin le dévisagea d’un air anxieux. « Eh bien, tu ferais mieux de venir avec moi aussi vite que tu le peux, dit-il. J’aimerais pouvoir te porter. Tu n’es plus en état de marcher. Ils n’auraient pas dû te laisser marcher du tout ; mais tu dois leur pardonner. Il s’est passé tant de choses horribles dans la Cité, Merry, qu’il est facile de ne pas remarquer un pauvre hobbit rentrant tout seul de la bataille. »
« Il est parfois bon de passer inaperçu, dit Merry. C’est ce qui m’est arrivé tout à l’heure quand… non, non, je ne peux pas en parler. Aide-moi, Pippin ! Tout redevient sombre, et mon bras est si froid. »
« Appuie-toi sur moi, mon gars ! dit Pippin. Allons, Merry ! Un pied à la fois. Ce n’est pas loin. »
« Vas-tu m’enterrer ? » demanda Merry.
« Certes non ! » dit Pippin, affectant la bonne humeur ; mais son cœur était lourd de crainte et de pitié. « Non, nous allons aux Maisons de Guérison. »
Ils quittèrent la ruelle, emprisonnée entre de hautes maisons et le mur extérieur du quatrième cercle, et regagnèrent la grand-rue menant à la Citadelle, qu’ils gravirent pas à pas. Merry vacillait et marmonnait comme un somnambule.
« On n’y arrivera jamais, pensa Pippin. N’y a-t-il personne pour m’aider ? Je ne peux pas le laisser ici. » Mais à sa surprise, un garçon vint en courant derrière lui ; et comme il les dépassait, Pippin reconnut Bergil fils de Beregond.
« Hé, Bergil ! appela-t-il. Où vas-tu ? Content de te retrouver sain et sauf ! »
« Je fais des commissions pour les Guérisseurs, dit Bergil. Je ne peux pas rester. »
« Non ! dit Pippin. Mais dis-leur que j’ai ici un hobbit malade, un perian, tu vois, rescapé de la bataille. Je ne pense pas pouvoir le faire marcher jusqu’en haut. Si Mithrandir est là-bas, il sera content de ton message. » Bergil repartit en courant.
« Je ferais mieux d’attendre ici », se dit Pippin. Il laissa lentement glisser Merry sur le pavement, dans un carré de soleil ; puis s’assit à côté de lui, posant la tête de son compagnon dans son giron. Il lui tâta doucement le corps et les membres, et il prit sa main dans la sienne. Elle lui parut glaciale.
Il ne fallut pas longtemps avant que Gandalf vînt lui-même à leur recherche. Il se pencha sur Merry et lui caressa le front ; puis il le souleva avec délicatesse. « Il aurait dû être porté avec honneur dans cette cité, dit-il. Il m’a bien rendu ma confiance ; car si Elrond n’avait pas cédé à ma prière, aucun de vous deux ne serait venu, et le malheur de cette journée eût été beaucoup plus grand. » Il soupira. « Mais me voilà avec un autre malade sur les bras, pendant que le sort de la bataille se décide. »
Ainsi, Faramir, Éowyn et Meriadoc trouvèrent enfin un lit dans les Maisons de Guérison ; et ils y furent bien soignés. Car bien que tous les savoirs fussent alors déchus de leur plénitude d’autrefois, la médecine du Gondor n’en demeurait pas moins savante, apte à guérir les maux et les blessures, et toutes les affections auxquelles les mortels étaient sujets, à l’est de la Mer. Toutes, hormis la vieillesse. À cela, ils n’avaient encore trouvé aucun remède ; et de fait, la longévité des Gondoriens ne dépassait guère plus désormais celle des autres hommes, et ceux d’entre eux qui passaient la centaine avec quelque vigueur se faisaient rares, sauf dans les maisons de plus pur lignage. Mais à présent, leur science et leur art leur faisaient défaut ; car nombre d’entre eux souffraient d’un mal qui ne pouvait se guérir ; et ils appelaient cela l’Ombre Noire, car ce mal venait des Nazgûl. Et ceux qui en étaient atteints s’abîmaient lentement dans un rêve toujours plus profond, bientôt livrés au silence et à un froid mortel, et enfin à la mort. Et aux yeux de ceux qui les soignaient, il semblait que ce mal pesait lourdement sur le Demi-Homme et la Dame du Rohan. Mais alors que la matinée tirait à sa fin, les malades parlaient encore par moments, murmurant dans leurs rêves ; et les veilleurs écoutaient tout ce qu’ils disaient, espérant découvrir quelque chose qui les aiderait à comprendre leurs maux. Mais bientôt, ils commencèrent à succomber aux ténèbres, et à mesure que le soleil passait à l’ouest, une ombre grise s’étendit sur leur visage. Faramir, lui, brûlait d’une fièvre qui refusait de s’apaiser.