La Reine Margot Tome I
- Автор: Дюма Александр
- Год: 18
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La Reine Margot Tome I». Краткое содержание книги:
– Votre Majesté, dit Marguerite avec une sorte de dédain railleur, n’a pas grande confiance, ce me semble, dans l’étoile qui rayonne au-dessus du front de chaque roi?
– Ah! dit Henri, c’est que j’ai beau chercher la mienne en ce moment, je ne puis la voir, cachée qu’elle est dans l’orage qui gronde sur moi à cette heure.
– Et si le souffle d’une femme écartait cet orage, et faisait cette étoile aussi brillante que jamais?
– C’est bien difficile, dit Henri.
– Niez-vous l’existence de cette femme, monsieur?
– Non, seulement je nie son pouvoir.
– Vous voulez dire sa volonté?
– J’ai dit son pouvoir, et je répète le mot. La femme n’est réellement puissante que lorsque l’amour et l’intérêt sont réunis chez elle à un degré égal; et si l’un de ces deux sentiments la préoccupe seule, comme Achille elle est vulnérable. Or, cette femme, si je ne m’abuse, je ne puis pas compter sur son amour.
Marguerite se tut.
– Écoutez, continua Henri; au dernier tintement de la cloche de Saint-Germain-l’Auxerrois, vous avez dû songer à reconquérir votre liberté qu’on avait mise en gage pour détruire ceux de mon parti. Moi, j’ai dû songer à sauver ma vie. C’était le plus pressé. Nous y perdons la Navarre, je le sais bien; mais c’est peu de chose que la Navarre en comparaison de la liberté qui vous est rendue de pouvoir parler haut dans votre chambre, ce que vous n’osiez pas faire quand vous aviez quelqu’un qui vous écoutait de ce cabinet.
Quoique au plus fort de sa préoccupation, Marguerite ne put s’empêcher de sourire. Quant au roi de Navarre, il s’était déjà levé pour regagner son appartement; car depuis quelque temps onze heures étaient sonnées, et tout dormait ou du moins semblait dormir au Louvre.
Henri fit trois pas vers la porte; puis, s’arrêtant tout à coup, comme s’il se rappelait seulement à cette heure la circonstance qui l’avait amené chez la reine:
– À propos, madame, dit-il, n’avez-vous point à me communiquer certaines choses; ou ne vouliez-vous que m’offrir l’occasion de vous remercier du répit que votre brave présence dans le cabinet des Armes du roi m’a donné hier? En vérité, madame, il était temps, je ne puis le nier, et vous êtes descendue sur le lieu de la scène comme la divinité antique, juste à point pour me sauver la vie.
– Malheureux! s’écria Marguerite d’une voix sourde, et saisissant le bras de son mari. Comment donc ne voyez-vous pas que rien n’est sauvé au contraire, ni votre liberté, ni votre couronne, ni votre vie!… Aveugle! fou! pauvre fou! Vous n’avez pas vu dans ma lettre autre chose, n’est-ce pas, qu’un rendez-vous? vous avez cru que Marguerite, outrée de vos froideurs, désirait une réparation?
– Mais, madame, dit Henri étonné, j’avoue… Marguerite haussa les épaules avec une expression impossible à rendre. Au même instant un bruit étrange, comme un grattement aigu et pressé retentit à la petite porte dérobée. Marguerite entraîna le roi du côté de cette petite porte.
– Écoutez, dit-elle.
– La reine mère sort de chez elle, murmura une voix saccadée par la terreur et que Henri reconnut à l’instant même pour celle de madame de Sauve.
– Et où va-t-elle? demanda Marguerite.
– Elle vient chez Votre Majesté.
Et aussitôt le frôlement d’une robe de soie prouva, en s’éloignant, que madame de Sauve s’enfuyait.
– Oh! oh! s’écria Henri.
– J’en étais sûre, dit Marguerite.
– Et moi je le craignais, dit Henri, et la preuve, voyez. Alors, d’un geste rapide, il ouvrit son pourpoint de velours noir, et sur sa poitrine fit voir à Marguerite une fine tunique de mailles d’acier et un long poignard de Milan qui brilla aussitôt à sa main comme une vipère au soleil.
– Il s’agit bien ici de fer et de cuirasse! s’écria Marguerite; allons, Sire, allons, cachez cette dague: c’est la reine mère, c’est vrai; mais c’est la reine mère toute seule.
– Cependant…
– C’est elle, je l’entends, silence!
Et, se penchant à l’oreille de Henri, elle lui dit à voix basse quelques mots que le jeune roi écouta avec une attention mêlée d’étonnement.
Aussitôt Henri se déroba derrière les rideaux du lit.
De son côté, Marguerite bondit avec l’agilité d’une panthère vers le cabinet où La Mole attendait en frissonnant, l’ouvrit, chercha le jeune homme, et lui prenant, lui serrant la main dans l’obscurité:
– Silence! lui dit-elle en s’approchant si près de lui qu’il sentit son souffle tiède et embaumé couvrir son visage d’une moite vapeur, silence!
Puis, rentrant dans sa chambre et refermant la porte, elle détacha sa coiffure, coupa avec son poignard tous les lacets de sa robe et se jeta dans le lit.
Il était temps, la clef tournait dans la serrure. Catherine avait des passe-partout pour toutes les portes du Louvre.
– Qui est là? s’écria Marguerite, tandis que Catherine consignait à la porte une garde de quatre gentilshommes qui l’avait accompagnée.
Et, comme si elle eût été effrayée de cette brusque irruption dans sa chambre, Marguerite sortant de dessous les rideaux en peignoir blanc, sauta à bas du lit, et, reconnaissant Catherine, vint, avec une surprise trop bien imitée pour que la Florentine elle-même n’en fût pas dupe, baiser la main de sa mère.
XIV Seconde nuit de noces
La reine mère promena son regard autour d’elle avec une merveilleuse rapidité. Des mules de velours au pied du lit, les habits de Marguerite épars sur des chaises, ses yeux qu’elle frottait pour en chasser le sommeil, convainquirent Catherine qu’elle avait réveillé sa fille.
Alors elle sourit comme une femme qui a réussi dans ses projets, et tirant son fauteuiclass="underline"
– Asseyons-nous, Marguerite, dit-elle, et causons.
– Madame, je vous écoute.
– Il est temps, dit Catherine en fermant les yeux avec cette lenteur particulière aux gens qui réfléchissent ou qui dissimulent profondément, il est temps, ma fille, que vous compreniez combien votre frère et moi aspirons à vous rendre heureuse.
L’exorde était effrayant pour qui connaissait Catherine.
– Que va-t-elle me dire? pensa Marguerite.
– Certes, en vous mariant, continua la Florentine, nous avons accompli un de ces actes de politique commandés souvent par de graves intérêts à ceux qui gouvernent. Mais il le faut avouer, ma pauvre enfant, nous ne pensions pas que la répugnance du roi de Navarre pour vous, si jeune, si belle et si séduisante, demeurerait opiniâtre à ce point.
Marguerite se leva, et fit, en croisant sa robe de nuit, une cérémonieuse révérence à sa mère.
– J’apprends de ce soir seulement, dit Catherine, car sans cela je vous eusse visitée plus tôt, j’apprends que votre mari est loin d’avoir pour vous les égards qu’on doit non seulement à une jolie femme, mais encore à une fille de France.