La Reine Margot Tome I
- Автор: Дюма Александр
- Год: 18
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La Reine Margot Tome I». Краткое содержание книги:
Un mouvement à peine sensible agita les lèvres de La Mole.
– Oh! oui! murmura-t-il, comme de l’air que je respire, comme du jour que je vois!
En ce moment trois coups retentirent, frappés à la porte de Marguerite.
– Entendez-vous, madame? dit Gillonne effrayée.
– Déjà! murmura Marguerite.
– Faut-il ouvrir?
– Attends. C’est le roi de Navarre peut-être.
– Oh! madame! s’écria La Mole rendu fort par ces quelques mots, que la reine avait cependant prononcés à voix si basse qu’elle espérait que Gillonne seule les aurait entendus; madame! je vous en supplie à genoux, faites-moi sortir, oui, mort ou vif, madame! Ayez pitié de moi! Oh! vous ne me répondez pas. Eh bien, je vais parler et, quand j’aurai parlé, vous me chasserez, je l’espère.
– Taisez-vous, malheureux! dit Marguerite, qui ressentait un charme infini à écouter les reproches du jeune homme; taisez-vous donc!
– Madame, reprit La Mole, qui ne trouvait pas sans doute dans l’accent de Marguerite cette rigueur à laquelle il s’attendait; madame, je vous le répète, on entend tout de ce cabinet. Oh! ne me faites pas mourir d’une mort que les bourreaux les plus cruels n’oseraient inventer.
– Silence! silence! dit Marguerite.
– Oh! madame, vous êtes sans pitié; vous ne voulez rien écouter, vous ne voulez rien entendre. Mais comprenez donc que je vous aime…
– Silence donc, puisque je vous le dis! interrompit Marguerite en appuyant sa main tiède et parfumée sur la bouche du jeune homme, qui la saisit entre ses deux mains et l’appuya contre ses lèvres.
– Mais…, murmura La Mole.
– Mais taisez-vous donc, enfant! Qu’est-ce donc que ce rebelle qui ne veut pas obéir à sa reine?
Puis, s’élançant hors du cabinet, elle referma la porte, et s’adossant à la muraille en comprimant avec sa main tremblante les battements de son cœur:
– Ouvre, Gillonne! dit-elle. Gillonne sortit de la chambre, et, un instant après, la tête fine, spirituelle et un peu inquiète du roi de Navarre souleva la tapisserie.
– Vous m’avez mandé, madame? dit le roi de Navarre à Marguerite.
– Oui, monsieur. Votre Majesté a reçu ma lettre?
– Et non sans quelque étonnement, je l’avoue, dit Henri en regardant autour de lui avec une défiance bientôt évanouie.
– Et non sans quelque inquiétude, n’est-ce pas, monsieur? ajouta Marguerite.
– Je vous l’avouerai, madame. Cependant, tout entouré que je suis d’ennemis acharnés et d’amis plus dangereux encore peut-être que mes ennemis, je me suis rappelé qu’un soir j’avais vu rayonner dans vos yeux le sentiment de la générosité: c’était le soir de nos noces; qu’un autre jour j’y avais vu briller l’étoile du courage, et, cet autre jour, c’était hier, jour fixé pour ma mort.
– Eh bien, monsieur? dit Marguerite en souriant, tandis que Henri semblait vouloir lire jusqu’au fond de son cœur.
– Eh bien, madame, en songeant à tout cela je me suis dit à l’instant même, en lisant votre billet qui me disait de venir: Sans amis, comme il est, prisonnier, désarmé, le roi de Navarre n’a qu’un moyen de mourir avec éclat, d’une mort qu’enregistre l’histoire, c’est de mourir trahi par sa femme, et je suis venu.
– Sire, répondit Marguerite, vous changerez de langage quand vous saurez que tout ce qui se fait en ce moment est l’ouvrage d’une personne qui vous aime… et que vous aimez.
Henri recula presque à ces paroles et son œil gris et perçant interrogea sous son sourcil noir la reine avec curiosité.
– Oh! rassurez-vous, Sire! dit la reine en souriant; cette personne, je n’ai pas la prétention de dire que ce soit moi!
– Mais cependant, madame, dit Henri, c’est vous qui m’avez fait tenir cette clef: cette écriture, c’est la vôtre.
– Cette écriture est la mienne, je l’avoue, ce billet vient de moi, je ne le nie pas. Quant à cette clef, c’est autre chose.
Qu’il vous suffise de savoir qu’elle a passé entre les mains de quatre femmes avant d’arriver jusqu’à vous.
– De quatre femmes! s’écria Henri avec étonnement.
– Oui, entre les mains de quatre femmes, dit Marguerite; entre les mains de la reine mère, entre les mains de madame de Sauve, entre les mains de Gillonne, et entre les miennes.
Henri se mit à méditer cette énigme.
– Parlons raison maintenant, monsieur, dit Marguerite, et surtout parlons franc. Est-il vrai, comme c’est aujourd’hui le bruit public, que Votre Majesté consente à abjurer?
– Ce bruit public se trompe, madame, je n’ai pas encore consenti.
– Mais vous êtes décidé, cependant.
– C’est-à-dire, je me consulte. Que voulez-vous? quand on a vingt ans et qu’on est à peu près roi, ventre-saint-gris! il y a des choses qui valent bien une messe.
– Et entre autres choses la vie, n’est-ce pas? Henri ne put réprimer un léger sourire.
– Vous ne me dites pas toute votre pensée, Sire! dit Marguerite.
– Je fais des réserves pour mes alliés, madame; car, vous le savez, nous ne sommes encore qu’alliés: si vous étiez à la fois mon alliée… et…
– Et votre femme, n’est-ce pas, Sire?
– Ma foi, oui… et ma femme.
– Alors?
– Alors, peut-être serait-ce différent; et peut-être tiendrais-je à rester roi des huguenots, comme ils disent… Maintenant, il faut que je me contente de vivre.
Marguerite regarda Henri d’un air si étrange qu’il eût éveillé les soupçons d’un esprit moins délié que ne l’était celui du roi de Navarre.
– Et êtes-vous sûr, au moins, d’arriver à ce résultat? dit-elle.
– Mais à peu près, dit Henri; vous savez qu’en ce monde, madame, on n’est jamais sûr de rien.
– Il est vrai, reprit Marguerite, que Votre Majesté annonce tant de modération et professe tant de désintéressement, qu’après avoir renoncé à sa couronne, après avoir renoncé à sa religion, elle renoncera probablement, on en a l’espoir du moins, à son alliance avec une fille de France.
Ces mots portaient avec eux une si profonde signification que Henri en frissonna malgré lui. Mais domptant cette émotion avec la rapidité de l’éclair:
– Daignez vous souvenir, madame, qu’en ce moment je n’ai point mon libre arbitre. Je ferai donc ce que m’ordonnera le roi de France. Quant à moi, si l’on me consultait le moins du monde dans cette question où il ne va de rien moins que de mon trône, de mon bonheur et de ma vie, plutôt que d’asseoir mon avenir sur les droits que me donne notre mariage forcé, j’aimerais mieux m’ensevelir chasseur dans quelque château, pénitent dans quelque cloître.
Ce calme résigné à sa situation, cette renonciation aux choses de ce monde, effrayèrent Marguerite. Elle pensa que peut-être cette rupture de mariage était convenue entre Charles IX, Catherine et le roi de Navarre. Pourquoi, elle aussi, ne la prendrait-on pas pour dupe ou pour victime? Parce qu’elle était sœur de l’un et fille de l’autre? L’expérience lui avait appris que ce n’était point là une raison sur laquelle elle pût fonder sa sécurité. L’ambition donc mordit au cœur la jeune femme ou plutôt la jeune reine, trop au-dessus des faiblesses vulgaires pour se laisser entraîner à un dépit d’amour-propre: chez toute femme, même médiocre, lorsqu’elle aime, l’amour n’a point de ces misères, car l’amour véritable est aussi une ambition.