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La vermine du lion

Электронная книга - «La vermine du lion». Краткое содержание книги:

Téraï Laprade est un géant sportif, avec l’esprit aussi développé que le corps puisqu’il est géologue de profession et auteur d’une brillante thèse. Mais n’allez pas croire qu’il pourrait être recruté pour représenter le surhomme idéal d’une quelconque « race » humaine : il est métis d’au moins quatre populations très différentes, et fier de l’être. Il est aussi le propriétaire (ou le frère, ou l’ami) d’un lion génétiquement amélioré, unique en son genre depuis que des fanatiques ont détruit le laboratoire des parents de Laprade et assassiné ceux-ci. Employé par le Bureau International des Mines, agence gouvernementale un peu trop puissante et habituée à obtenir ce qu’elle veut, même s’il faut passer quelques indigènes au rouleau compresseur pour cela, il va découvrir jusqu’où peuvent aller ses patrons pour quelques grammes de métal en plus... Et sur Eldorado, il va basculer définitivement du côté des indigènes, même s’il doit pour se faire s’opposer à sa propre espèce…
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— Téraï Laprade ! Je me demandais ce qu’un Océanien faisait ici ! Vous n’avez donc pas d’astroports, chez vous, que vous veniez encombrer les nôtres !

Le sourire démentait l’agressivité de la phrase.

— Jack Silver ! Depuis combien de temps ne nous étions-nous pas rencontrés ?

— Dix ? Douze ans ? La dernière fois, c’était chez toi, à Toronto, avant…

— Avant que ces cochons ne brûlent tout ! Oui, ça fait douze ans.

— Et qu’as-tu fait depuis ?

— Du terrain. Incidemment, fortune, comme on dit.

— Où ça ?

— Eldorado.

— Chez le BIM ? Tu travailles pour eux ?

— Non.

— Tu as fait fortune sur Eldorado sans travailler pour le BIM ? Eh bien, mon vieux, je te tire mon chapeau ! Tu y retournes ?

— Oui, mais pas directement.

— Je t’y verrai peut-être, alors. Je viens de recevoir des ordres. Nous y faisons escale dans trois mois, retour d’exploration dans ce secteur. Comment est ce monde ? Beau ? Et les indigènes ?

— Très beau. Humains, ou presque. As-tu deux minutes ? Viens à bord.

Silver siffla.

— On se met bien, dans l’océanienne ! Dernier modèle, je vois.

— Dis-moi, que penses-tu du BIM ?

Silver eut un mince sourire.

— Vraiment, tu ne travailles pas pour eux ?

— Je t’ai déjà dit que non !

— Ce ne serait pas ton genre de jouer un sale tour à un ami, ou bien alors tu aurais rudement changé. Ce que je pense du BIM ? Qu’il serait grand temps qu’on l’écrase avant qu’il n’écrase le monde entier ! Sais-tu qu’il y a un an, un de leurs politiciens a presque fait passer, par surprise, au parlement, un décret abolissant la flotte de la confédération ? Il s’en est fallu de trois voix ! Mais ils ont raté leur coup, et maintenant, c’est fini. Depuis qu’on sait qu’il existe un autre empire, ou république, comme tu voudras, là-haut, entre les étoiles…

— Je suis en guerre avec le BIM, Jack ! Quand tu poseras ton croiseur sur Eldorado, dans trois mois, que ce soit avec les armes prêtes, et les vigies doubles !

— Que veux-tu dire ?

— Je n’ai pas le temps de te l’expliquer. Dans trois mois, réserve ton jugement jusqu’à ce que j’aie pu te voir.

— C’est sérieux ?

— Très sérieux.

Silver passa la main dans ses cheveux, sous sa casquette.

— Bon, je m’en souviendrai. Quant aux armes, depuis que nous savons que les autres existent, elles sont toujours chargées.

Téraï réprima un sourire. Ainsi, Silver n’était pas dans le secret. Il lui tendit la main.

— Au revoir, Jack. Une chance que je t’aie rencontré.

Anglia était une des rares planètes de type absolument terrestre qui ait été trouvée dépourvue de vie indigène intelligente. Colonisée depuis un siècle, principalement par les Anglo-Américains, elle était aussi une des rares planètes riches en métaux qui ne fût pas entre les mains du BIM. Proche de plusieurs autres colonies, elle avait construit une flotte de commerce, et s’était spécialisée dans l’exportation de machines et la fabrication d’armes. Téraï y avait vécu quelques mois après son départ de la Terre. C’était encore un monde rude, bien que sa population ait dépassé depuis peu les deux cent millions. Ses habitants étaient réputés dans toute la galaxie pour leur farouche esprit d’indépendance, et plutôt que de risquer une guerre entre Terriens, le BIM les avait laissés tranquilles, s’étant aperçu trop tard de leur puissance. Peuple d’ingénieurs, de mineurs, d’éleveurs sur les vastes plaines du continent nordique, ils étaient toujours prêts à combattre si besoin était. Téraï espérait y trouver des alliés.

Il atterrit au petit matin sur l’astroport de New Sheffield, la capitale. La ville était double. Au Nord, la cité d’habitation, blanche, éparpillée sur ses collines et dans ses parcs, au Sud le complexe sidérurgique, empilement d’usines, de terrils, laid, bas et triste. Entre les deux, sur quarante kilomètres, s’étendait le réseau compliqué des voies ferrées et des routes qui apportaient chaque matin le flot des travailleurs. Anglia, comme presque toutes les colonies, possédait des industries très automatisées, les hommes étant rares et précieux, mais la capacité de production de New Sheffield était telle que près de 50 000 personnes travaillaient au complexe.

Je comprends que le BIM ait fait tout son possible pour entraver cet essor. Si j’échoue, si Nokombé échoue, le seul espoir de liberté pour la race humaine viendra de là, pensa Téraï.

Il eut une entrevue avec T. H. Ramstead, président de la New Sheffield Weapon Corporation, vieil homme ascétique dont les yeux brûlaient d’une lumière fanatique. Il ne sourcilla pas quand Téraï lui exposa ses besoin : 10 000 fusils automatiques, des quantités de mitrailleuses, lance-fusées antiaériens aussi bien que terrestres, des tonnes de munitions. Il se contenta de demander.

— Quel usage ? La quantité semble dépasser les besoins d’un pirate, en admettant que la piraterie spatiale paye.

— Défendre une planète.

Ramstead sourit.

— Eldorado ? Contre qui ?

— Ah, vous savez ?

— Oui, nous avons reçu un message du BIM nous demandant de ne vous vendre des armes à aucun prix.

— Et vous – Téraï détacha le mot – obéirez ?

— Nul besoin d’essayer de me blesser. Nous n’avons jamais reçu d’ordres, surtout pas du BIM. Vous aurez vos armes, au prix de fabrication. Et puissiez-vous leur casser les reins ! Croyez-moi, nous n’avons rien contre la Terre, notre planète mère, mais si les Terriens continuent à laisser se développer dans la galaxie la tyrannie du BIM, ils nous trouveront un jour sur leur chemin, armes à la main si c’est nécessaire.

— Je crois pouvoir vous dire, sans trahir aucun secret, que ce point de vue est partagé par le BUX…

— Qui ne fait rien pour s’y opposer !

— Qui longtemps n’a rien pu faire pour s’y opposer. Si tel est vraiment votre point de vue, vous devriez vous mettre en rapport avec eux.

— Nous y songerons. Vous aurez vos armes dans deux jours.

— Si vite ?

— Une entrevue avec mon vieil ami Dick Christopher, notre président de la République, et nous puiserons dans nos arsenaux. Une seule chose. Nous ne pouvons assurer le transport. Ce serait un acte de guerre ouverte, et nous n’en sommes pas là. Pas encore, en tout cas.

— Merci. Je me charge du transport.

Il se leva pour prendre congé. Ramstead le raccompagna jusqu’à la porte, lui tendit une main sèche et froide, disant :

— Si vous échouez, Anglia est un refuge sûr. Souvenez-vous-en. Nous avons besoin d’hommes comme vous.

Téraï ne pouvait songer à emporter toute sa cargaison dans le Taaroa, même en effectuant plusieurs voyages. Il lui fallait donc trouver un capitaine indépendant, un peu frère de la côte qu’un tel chargement, à l’intention d’une planète de la liste B n’effrayerait pas. Il croyait savoir où le trouver. Il se dirigea donc vers le quartier de l’astroport, entra dans une taverne qu’il avait fréquentée autrefois. Rien n’avait changé. La salle était longue et basse, avec un plafond à poutres apparentes noircies, sous lequel s’étendaient deux rangées de tables jusqu’à l’étroite piste de danse en avant d’une scène aux rideaux fermés. La taverne était à peu près vide à cette heure. Téraï s’accouda au bar, un garçon inconnu à face brutale s’avança vers lui.

— Scotch.

— Indigène ou importé ?

— J’ai dit scotch, pas la pisse d’âne vitriolée que vous produisez ici.

— Alors, c’est dix dollars, payés d’avance. On ne fait pas crédit aux inconnus, même pas deux minutes.

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