Aux armes, citoyens!
- Автор: Галло Макс
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Aux armes, citoyens!». Краткое содержание книги:
Il faut qu’Augustin Robespierre prenne la plume, écrive :
« Couthon, tous les patriotes sont proscrits, le peuple tout entier est levé. Ce serait le trahir que de ne pas te rendre avec nous à la Commune où nous sommes actuellement. »
Maximilien Robespierre et Saint-Just signent ce message aux côtés de « Robespierre jeune ».
Couthon a enfin rejoint l’Hôtel de Ville. Et Maximilien regarde autour de lui ses partisans rassemblés dans cette salle.
Aucun élan, aucun enthousiasme. Le désarroi, la fatigue, le désespoir même, se lisent sur les visages, dans les attitudes.
On écrit des ordres :
« Qu’on ferme les barrières de Paris. Que l’on mette les scellés sur toutes les presses des journalistes – et qu’à cet effet on en donne l’ordre aux commissaires de police – et les journalistes en arrestation ainsi que les députés traîtres. »
On conclut le message par ces mots :
« C’est l’avis de Robespierre et le nôtre. »
Mais Maximilien Robespierre ne signe pas le texte qui portera le nom de Payan et celui du maire Fleuriot-Lescot.
On parle. On palabre plutôt, dans une atmosphère irréelle.
On dit qu’il faut « mettre le peuple en humeur ».
On décide l’« arrestation des indignes conspirateurs » pour « délivrer la Convention de l’opposition où ils la retiennent ».
Saint-Just, debout, ne dit mot.
Il observe sur la place de Grève, devant l’Hôtel de Ville, les gardes nationaux, les canonniers, qui piétinent, inactifs, auxquels personne ne donne d’ordre.
Nombreux sont ceux qui, après des heures d’attente, commencent à quitter la place.
Il aperçoit des agents de la Convention, ceints de leur écharpe tricolore, qui vont et viennent, annoncent que de nombreuses sections se sont ralliées à l’Assemblée, que l’École militaire de Mars a fait de même, que ceux qui suivent les ordres de la Commune, de Robespierre, sont hors la loi, passibles d’une exécution immédiate, sans jugement.
Les hommes peu à peu s’égaillent, et seule une poignée d’entre eux demeure sur la place.
C’est le 10 thermidor, an II, vers deux heures du matin.
Dans la salle de l’Hôtel de Ville, Fleuriot-Lescot a établi la liste des « ennemis du peuple », ces quatorze députés, parmi lesquels Tallien, Fouché, Fréron, Carnot, « qui ont osé plus que Louis XVI, puisqu’ils ont mis en arrestation les meilleurs patriotes ».
Ils sont décrétés hors la loi.
On entend la pluie d’averse qui en rafales frappe les vitres, les pavés de la place, et qui tombe drue depuis minuit, chassant les derniers gardes nationaux.
Ils ne sont plus que quelques-uns quand une petite colonne de gendarmes, rassemblée par la Convention, après avoir longé les quais, parvient place de Grève. Elle est conduite par Barras, qui en a pris le commandement, et par le député Léonard Bourdon, qui fut longtemps proche d’Hébert.
Elle entre facilement dans l’Hôtel de Ville que plus personne ne garde.
Aux gendarmes de la Convention se sont joints les gardes nationaux des beaux quartiers, et des sans-culottes de la section des Gravilliers, celle de l’Enragé Jacques Roux.
On entend plusieurs coups de feu.
Un gendarme – Méda ou Merda – a-t-il fracassé d’une balle la mâchoire de Maximilien, ou bien celui-ci a-t-il tenté de se suicider ?
L’Incorruptible, joue déchirée, dents arrachées, ou brisées, n’est plus qu’un corps pantelant qui tente avec du papier d’étancher le sang qui macule son habit bleu, sa cravate blanche.
Et qu’on outrage, qu’on moque :
« Il me semble que Votre Majesté souffre ? Eh bien, tu as perdu la parole ? Tu n’achèves pas ta motion ? »
Le corps de Le Bas est étendu sur le sol. Le Bas a réussi à se faire sauter la cervelle.
Augustin Robespierre a tenté de s’enfuir par une corniche ou bien s’est jeté par une fenêtre, mais n’est pas parvenu à mourir. On le transporte le corps brisé, en l’insultant.
Hanriot est tombé ou a été précipité dans une cour de l’Hôtel de Ville.
Saint-Just n’a esquissé aucun geste, ni pour fuir, ni pour se défendre, ni pour se suicider.
On l’a arrêté sans brutalité, avec une sorte de respect pour ce jeune homme singulier, et qui ne semblait pas surpris. On découvre Couthon, caché sous une table, et on le jette dans l’escalier.
Si l’on en croit un témoin : « Couthon fut le jouet de la populace depuis trois heures du matin jusqu’à six. Ils le prenaient par le bras et le soulevaient en l’air, ils le laissaient tomber en faisant de grands éclats de rire. Ils le conduisaient ainsi de culbute en culbute jusqu’au parapet du quai pour le jeter tout vivant ou à moitié mort dans la rivière, mais le plus grand nombre criait de le garder pour la guillotine. Il fut donc ramené toujours en roulant et le culbutant à terre dans l’Hôtel de Ville. »
Mais cette nuit violente, tragique, décisive du 9 au 10 thermidor an II, avait été calme dans la plupart des quartiers de Paris.
L’Opéra et l’Opéra-Comique, où l’on donnait Armide et Paul et Virginie, avaient fait salle comble. On ne s’était pas soucié de ce qui se jouait sur la scène du théâtre politique, à la Convention, à l’Hôtel de Ville et place de Grève.
Les acteurs de ces pièces-là inspiraient la lassitude ou le dégoût.
Qu’ils règlent leurs comptes entre eux !
On a transporté Robespierre et les autres prisonniers -Couthon et Hanriot sont blessés eux aussi, Saint-Just ne paraît pas voir ce qui l’entoure – dans la salle du Comité de salut public.
Deux officiers de santé viennent panser Maximilien, le bas du visage fracassé et ses vêtements couverts de sang.
Ils sont ensuite conduits à la Conciergerie. Et à chaque pas de ceux qui le portent, Robespierre étouffe un hurlement de douleur.
Fouquier-Tinville, la voix hésitante, le visage d’une pâleur de mort, se contente de constater l’identité des prisonniers, qui vont être exécutés sans être jugés puisqu’ils ont été mis hors la loi.
La veille encore, Fouquier-Tinville avait envoyé à la guillotine quarante-quatre condamnés. Et en dépit de l’arrestation de Robespierre, connue vers cinq heures et demie, les charrettes avaient continué leur route.
« Va ton train », avait fait dire Fouquier-Tinville au bourreau.
Parmi les condamnés il y avait un homme de vingt ans, et un vieillard de quatre-vingt-dix !
Un témoin, le 10 thermidor, se souvenant de ces condamnés-là, écrit :
« La Convention trop occupée d’elle-même ne songea point à expédier promptement un sursis pour les condamnés du matin du 9 thermidor. Et le peuple, intimidé par les gardes nationaux du général Hanriot, qui avaient ordre de faire exécuter le jugement et obligèrent les charrettes à poursuivre leur chemin vers la place du Trône-Renversé, n’eut pas le courage de les arrêter.
« Qu’il est affreux de mourir sur l’échafaud au moment où l’on apprend que les monstres qui nous y envoient sont enchaînés et vont bientôt y monter eux-mêmes. »
Et c’est cent quarante têtes qui ont « éternué dans le sac » en quelques heures, le 8 et le 9 thermidor.
Maintenant, ce 10 thermidor, vers six heures du soir, Robespierre et vingt et un de ses « complices » prennent place dans trois charrettes.
Leurs vainqueurs – Fouché, Barras, Fréron, Tallien, Billaud-Varenne, Collot d’Herbois, et les conventionnels du Ventre, tel Boissy d’Anglas – veulent que ces exécutions s’opèrent avec un grand concours de peuple. Et ils ont décidé de faire dresser l’échafaud, de nouveau, place de la Révolution, afin que les charrettes traversent le Paris du centre, des quartiers « modérés », et que la foule se presse et hurle sa joie, tout au long de la rue Saint-Honoré.