Cette mort dont tu parlais
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1957
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Cette mort dont tu parlais». Краткое содержание книги:
Mais le fils qu’elle a déjà, sous des dehors charmants, est une petite frappe inquiétante et perverse.
Elle-même…
— En somme, vous êtes heureux ?
— C’est un grand mot…
— Elle paraît gentille. Peut-être un peu trop, non ?
Elle a essuyé son mufle d’un revers de coude, puis, profitant de ce qu’elle avait son gros bras levé elle a laissé tomber le poing sur la table.
— Y a pas de femme idéale…
— C’est vrai, Valentine, seulement pour chaque homme il existe un idéal féminin, ça compense… Je vais donc chercher une femme se rapprochant du mien.
— On va rire, a prophétisé la grosse femme.
Il n’y a vraiment pas eu de quoi !
Au moment de rédiger la fameuse annonce, je me suis rendu compte combien il était difficile de résumer en quelques mots abrégés d’aussi hautes aspirations.
Je voulais que mon texte fût suffisamment original pour attirer l’attention d’une fille intelligente et assez sobre cependant pour retenir celle d’une femme réservée. Après bien des brouillons je me suis résolu à envoyer le libellé suivant :
J’ai quarante ans (je m’étais vieilli intentionnellement) et j’arrive des colonies. Je possède une propriété en Sologne, des revenus suffisants pour deux et une figure qui en vaut une autre. Je cherche ma réplique féminine et si je la trouve je l’épouserai. Envoyez photographie.
En laissant tomber mon message dans la boîte à lettres du village voisin, j’éprouvais un peu de ce que doit ressentir le naufragé qui confie une bouteille à la mer.
Il existe une certaine volupté à jouer son destin à pile ou face. Décidément, plus j’y songeais, plus ce moyen de recruter une femme me séduisait. Grâce à lui j’étais dispensé des mièvreries ordinaires, des trémolos, des bouquets de fleurs, des balades en barque ou au clair de lune. De part et d’autre on pouvait jouer franc jeu. Dans de telles conditions, nous ôtions tout romantisme au mariage, nous en faisions ce qu’il est en réalité, une association d’individus désirant exploiter un ménage.
Il ne me restait plus qu’à attendre les réponses…
Elles sont venues.
Il n’y en a pas eu mille, comme je le pensais, ni cinq cents, ni cent, ni dix, mais neuf en tout et pour tout, ce qui porterait à penser que les femmes en mal d’époux sont moins nombreuses qu’on l’imagine.
Huit lettres contenaient des portraits de dames photographiées sous le bon angle certes, mais tellement disgraciées que l’objectif, malgré la technique de l’opérateur, n’avait pu ignorer leur infortune. Cet étalage de misères physiques m’ôta toute envie de lire les lettres. Je ne pris connaissance que de la neuvième car elle ne comportait pas de photo.
Monsieur,
Je devrais commencer sans doute cette lettre par la formule consacrée « Votre annonce parue ce jour a retenu toute mon attention »… Mais je ne le ferai pas car elle m’a seulement amusée. Si je vous écris, c’est parce qu’à travers son libellé j’ai cru deviner un homme d’esprit. Cette denrée est si rare à notre époque que j’en épouserais volontiers un pour peu qu’il fût présentable. Je ne doute pas que ce soit votre cas.
À quoi bon vous envoyer une photographie qui tuerait le mystère d’une éventuelle rencontre entre nous ?
Si vous avez la curiosité de me voir, écrivez-moi : Madame Grisard, poste restante (c’est tellement pratique !) bureau de la rue du Four, Paris.
Vous pouvez me fixer tel rendez-vous qui vous plaira, je suis libre.
Croyez à ma sympathie, peut-être trop anticipée.
La signature était sèche et pointue comme un éclair.
Je relus deux fois la lettre et je pris ma plus belle plume pour répondre :
Madame,
Puisque vous me laissez le choix des armes, je vous attendrai au Flore, mercredi prochain à trois heures. Inutile, n’est-ce pas, de convenir d’un signe de ralliement ? Si nous ne savons pas nous trouver, c’est que nous ne sommes pas faits l’un pour l’autre.