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La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville

Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:

Ce roman épistolaire nous conte l'histoire classique d'une jeune fille, provinciale d'origine modeste, qui monte à Paris. Après avoir profité, sans en abuser, de la bonté d'une amie de la famille, la facilité et la vie dans la grande ville incitent notre héroïne à se faire «entretenir» par un marquis. La maîtresse sera en bons termes avec la marquise puisque son propre frère en est l'amant. Mais ces amours ne durent guère et la déchéance sera grande?
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Votre affectionnée sœur et amie.

P.-S. – Mon aimable compagne, Mlle Fanchette, à qui j’ai parlé de vous, comme je le devais, se joint à moi, pour vous faire mille amitiés; elle espère que nous nous verrons tous quelque jour réunis sous les yeux de notre digne père et de notre bonne mère, pour goûter le plaisir de nous voir, de nous aimer, et de nous le dire: ce sont les termes dont elle se sert. Et en vérité, il ne vous faudra pour la chérir (je pourrais dire l’adorer), que la voir un instant; elle est, ainsi que vous, toute beauté, toute grâce, et toute bonté. J’en suis idolâtre; et il faut que je l’aime autant que je le fais, pour vivre sans ennui dans l’éloignement de tous ceux à qui je tiens par le sang et par l’amitié. Elle va signer avec moi.

FANCHETTE C**.

Lettre 27. Gaudet, à Edmond.

[Il parle avec l’assurance d’un homme qui brave toute morale, et il profane la sainte amitié.].

16 septembre.

Mon très cher ami: aux injures, que doit répondre l’amitié? ou des raisons, ou des tendresses. Tu ne me connais pas, mon cher ami! va, tes malédictions sont des bénédictions pour moi, j’en vois la source; elle est dans l’énergie de ton âme, et de vains mots ne m’ôteront pas le plaisir que me fait ta glorieuse action. Tu as triomphé de la belle: c’est tout ce que je désirais; que m’importe la manière? que m’importent et tes remords et son désespoir? Si tu n’avais pas des remords, avec tes principes, tu ferais un scélérat. Si elle n’était pas au désespoir, avec les siens, elle serait une… Vous êtes tous deux ce que vous devez être: votre ami, tranquille au port (oui, votre ami à tous deux, l’homme qui vous veut un bonheur réel) votre ami vous regarde dans la bourrasque, avec sensibilité, avec pitié, mais sans chagrin de ce qu’en vous débattant, vous le blessez. Il ne vous en tient pas moins ouvert un cœur tout à vous. Ah! venez-y tous deux, dussiez-vous le déchirer! il ne vous en tendra pas moins une main secourable: il est à vous, ce cœur, plus qu’à moi, et vous en êtes les maîtres… Maudis-moi, Edmond, si tu me crois l’auteur d’un sacrilège; maudis-moi, tu le dois! Mais dans la réalité, je ne le suis que d’une action naturelle. Quant à la chère personne, pénétrée des principes où je la sais, elle doit me regarder comme un monstre; elle le doit, et je serais le plus féroce, le plus barbare des anthropophages, si je lui en voulais un instant de la haine qu’elle me porte, haine qui fait l’éloge de son cœur et de sa vertu. Haïssez-moi tous deux; épuisez contre Gaudet toute l’amertume de vos cœurs, et pourvu qu’ensuite il n’y en reste point contre vous-mêmes, je serai content. Je suis, et je veux être le roc impassible contre lequel se brise votre désespoir. Mes amis, mes chers amis! vous êtes ce que vous devez être; et moi, ce qu’il faut que je sois. Eh! quelle âme auriez-vous, je le répète, si, dans vos principes, vous n’aviez pas horreur de votre action! Vous croyez avoir violé des lois sacrées, les lois de la divinité, ah! que seriez-vous, si vous n’en gémissiez pas! Oui, gémissez! vous avez porté atteinte à une religion faite pour vos âmes sensibles, à cette religion attendrissante, la consolation du pauvre, du persécuté, du souffrant de toutes les manières, la terreur du riche, de l’oppresseur, du tyran, de toute âme méchante, cruelle, injuste! vous l’avez attaquée dans un point, que vous croyez un des principaux; gémissez! si elle est vraie, votre crime est affreux. Eh! pourquoi ne le serait-elle pas? Ah! Edmond, c’est elle encore qui doit te consoler: elle défend le désespoir; elle offre aux coupables des expiations, et le perfide assassin lui-même, celui qui a détruit son semblable, et qui mérite la destruction, ne trouve pas cette tendre mère inflexible! Elle le prend par la main, à l’instant où la vengeance le conduit à l’échafaud, elle lui dit: Dieu est plus miséricordieux que tu ne fus méchant, offre-lui ta peine!… Et s’il l’offre, en effet, la religion prosternée devant le trône de Dieu, implore pour lui la clémence divine, et la fléchit… Pénètre-toi de ces vérités, présente-les à ta compagne et soutiens-la. Représente-lui, qu’au fond, votre faute, ou votre crime, comme vous l’appelez tous deux, n’est qu’une faiblesse très excusable; que toi, loin de lui avoir manqué de respect, tu lui as donné la plus forte preuve de cette insurmontable passion qu’elle t’inspire depuis le premier moment où tu l’as vue. Ne lui dis pas (quoique ce soit la vérité), qu’elle s’est crue violée; qu’il n’en est rien; qu’elle a cédé, qu’elle a été heureuse, qu’elle l’est encore par son action, et que son désespoir, tout vrai qu’il est, n’en est pas moins à présent le plus doux de ses plaisirs; mais conduis-toi, s’il est possible, comme si tu lui tenais ce langage… Edmond, tu es encore un enfant; mais tu seras homme un jour, au lieu que les femmes sont toujours des enfants; mais en cela même, elles sont encore ce qu’elles doivent être. Eh! que deviendrions-nous, si elles avaient une âme d’homme! elles seraient bien malheureuses, et nous le serions avec elles et par elles!… Calme-toi, mon cher ami; reviens à ton mentor; porte dans son sein toutes tes peines; il les adoucira, ou il les voudra partager. Je te l’ai dit, je crois, mais je ne te l’ai pas encore écrit: s’il fallait, pour ton bonheur, devenir préjugiste, intolérant, cagot, je crois que je le deviendrais, au moins en partie; je te sacrifierais mes lumières, mes goûts, mes sentiments: me voilà. Suis-je digne d’être ton ami?… Ton cœur me répondra oui, j’en suis sûr, quand il sera calmé. En attendant, verse des larmes: c’est l’huile du Samaritain, pour les âmes tendres; elles adouciront l’âcreté de ta douleur. C’est l’instant qu’attend avec une impatience brûlante,

Ton plus dévoué serviteur.

P.-S. – Je m’occupe d’Ursule.

Lettre 28. Ursule, à Fanchon.

[Elle a des pressentiments de son prochain malheur.].

19 septembre.

Tout est pour moi dans un effrayant silence, chère sœur! point de nouvelles, ni de mon frère, ni de toi! Personne ne m’écrit, ne me parle! Ici même, je suis négligée. Un calme inquiétant règne autour de moi! je ne saurais me défendre de secrètes terreurs. On a vu cette nuit un homme entreprendre de lancer une échelle de corde au balcon de la chambre où je couche. Mme Canon avait une insomnie; elle était à sa croisée, elle l’a vu…»Que voulez-vous?» s’est-elle écriée; et ce mot a causé une grande agitation dans tout un monde, qui paraissait au-dessous de ma fenêtre, car ils étaient plusieurs, et si son œil ne la trompe pas, il y avait une chaise à quelque distance, qui a roulé lorsqu’ils se sont retirés… Cependant, une partie de tout cela pourrait bien être une chimère de son imagination. Elle nous a aussitôt éveillées, Mlle Fanchette et moi, pour nous faire partager ses frayeurs. Ma jeune compagne tremblait, et j’ai été obligée de la rassurer. J’ai regardé seule à la croisée quelques instants, et j’ai entendu parler bas, sans pouvoir rien comprendre que ce mot: «Est-ce elle?» Nous nous sommes remises au lit ensemble, et enfin après un long babillage, nous nous sommes endormies. J’ai eu un songe affreux. Mais je n’y crois plus; Mme Parangon m’a guérie de cette crédulité superstitieuse. J’ai cru que je me trouvais entre les mains des voleurs, dont M. Gaudet était le chef, mais il semblait craindre de se montrer, et que le marquis accourait à mon secours. Je me suis jetée dans ses bras. En ce moment, j’ai vu de loin le conseiller, l’air sombre, qui me regardait, et semblait me dire: «Voilà donc comme vous êtes confiante!… J’ai voulu me débarrasser du marquis, qui m’a retenue malgré moi. Un instant après tout a changé: je me suis trouvée entre les mains de scélérats; l’un a levé le poignard sur mon sein, tandis que l’autre, avec un vilain rire, voulait que j’allasse le caresser: je ne pouvais m’y résoudre. Il a dit: «Frappe!» Aussitôt j’ai vu couler mon sang, et je suis tombée mourante. Cette chute m’a réveillée. J’étais en sueur, et je serrais Mlle Fanchette dans mes bras. Elle s’est retournée de mon côté: «Ô ma bonne amie, que vous avez parlé en dormant! vous m’avez fait bien peur, je vous assure! mais quand je vous ai eu répondu, et que j’ai vu que vous dormiez, cela m’a rassurée. – C’est un rêve, ma chère. – Oui, à cause de la peur que nous a faite Mme Canon.» Comme il était grand jour, nous nous sommes habillées. Il m’a pris envie de mettre une robe à l’anglaise, que j’ai, avec mon petit chapeau. Mme Canon m’a dit: «On croirait que vous allez en campagne! – Je ne sais pourquoi j’ai eu cette envie, ai-je répondu: cette robe me déplaît aujourd’hui, et je veux l’ôter. – Non, non, gardez-la; il fait beau, nous irons au Boulevard.» je l’ai donc gardée, et je suis venue t’écrire. J’ai une inquiétude qui me fait trouver du dégoût à toutes mes occupations. Donne-moi des nouvelles de tout le monde, par le premier ordinaire, et n’oublie pas Edmond; il m’inquiète; ni Mme Parangon.

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