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L'hiverrier [Wintersmith - fr]

Электронная книга - «L'hiverrier [Wintersmith - fr]». Краткое содержание книги:

L’esprit de l’hiver s'est épris de Tiphaine Patraque. Il lui offre des icebergs, se déclare par des avalanches et la couvre de flocons — témoignages d’amour un peu rudes pour une apprentie sorcière de treize ans, mais qui ne manquent pas de… fraîcheur.
« Miyards ! »
Ah ! oui, et revoici les Nac mac Feegle, les ch'tits hommes libres, venus donner un coup de main, que ça lui plaise ou non. Car, si Tiphaine ne fait pas entendre raison à son soupirant, il n’y aura plus jamais de printemps.
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Le bateau vira. Elle le sentait s’écarter, la proue se détournait un peu de l’iceberg, elle ne se dirigeait pas droit dessus. Ouf ! Les événements prenaient enfin meilleure tournure ! Elle poussa encore un peu sur la barre, et l’immense mur de glace défila près du bateau, emplissant l’atmosphère de brume. Tout allait bien se passer en fin de…

Le voilier percuta l’iceberg.

Il y eut d’abord un simple crac ! quand un espar accrocha un affleurement, mais d’autres se fracassèrent aussitôt après quand le bateau racla la paroi de glace. Puis des éclatements secs de bois retentirent alors que le bâtiment poursuivait sa route en grinçant, et des morceaux de planche fusèrent sur des colonnes d’eau écumante. Le sommet d’un mât se brisa net et emporta avec lui voiles et gréement. Un bloc de glace s’écrasa sur le pont à quelques pas de Tiphaine, qui essuya une averse d’aiguilles.

« Ça ne devrait pas se passer comme ça ! » haleta-t-elle en se suspendant à la barre. Épouse-moi, dit l’hiverrier.

De l’eau blanche bouillonnante traversait en rugissant le navire en perdition. Tiphaine tint encore un petit moment, puis une déferlante glacée la recouvrit… sauf que l’eau n’était soudain pas froide mais tiède. Elle l’empêchait malgré tout de respirer. Dans le noir, elle chercha à toute force à regagner la surface, jusqu’à ce que l’obscurité disparaisse brusquement, que ses yeux s’emplissent de lumière et qu’une voix dise : « Je suis sûre que ces matelas sont beaucoup trop mous, mais on ne peut rien lui dire, à madame Ogg. »

Tiphaine battit des paupières. Elle était au lit, et une femme maigrelette aux cheveux tourmentés, au nez passablement rouge, se tenait debout à côté.

« Tu te tournais et retournais comme une folle, reprit la femme en posant une chope fumante sur la table de chevet. Un de ces jours, quelqu’un va s’asphyxier, moi je te le dis. » Tiphaine battit encore des paupières. Je suis censée me rassurer par : Oh, ce n’était qu’un rêve. Mais ce n’était pas qu’un rêve. Pas mon rêve.

« Quelle heure il est ? parvint-elle à demander.

— Dans les sept heures, répondit la femme.

— Sept heures ! » Tiphaine repoussa les draps. « Faut que je me lève ! Madame Ogg va vouloir son petit-déjeuner !

— Ça m’étonnerait. Je le lui ai porté au lit il y a moins de dix minutes, dit la femme en jetant à Tiphaine un drôle de regard. Et je m’en retourne chez moi. » Elle renifla. « Bois ton thé avant qu’il refroidisse. » Sur ces paroles, elle se dirigea vers la porte.

« Madame Ogg est malade ? » demanda Tiphaine en cherchant partout ses chaussettes. Pour ce qu’elle en savait, il fallait être très vieux ou très malade pour prendre un repas au lit.

« Malade ? Je crois qu’elle n’a jamais été malade un seul jour dans toute sa vie », répondit la femme en réussissant à laisser entendre que, de son point de vue, c’était injuste. Elle referma la porte.

Même le plancher de la chambre était doux – non pas adouci par des siècles de pieds qui en avaient usé les lattes et éliminé toutes les échardes, mais parce qu’on l’avait poncé puis verni. Les pieds nus de Tiphaine y adhéraient légèrement. On ne voyait aucune poussière nulle part ni aucune toile d’araignée. La chambre était lumineuse et fraîche, tout le contraire de ce que devait être une chambre dans une chaumière de sorcière.

« Je vais m’habiller, lança-t-elle à la cantonade. Il y a des Feegle dans le coin ?

— Ah, non », répondit une voix sous le lit.

Suivirent des chuchotements frénétiques, et la voix reprit : « Enfin… on est pwint bocop ichi.

— Alors fermez les yeux », ordonna Tiphaine.

Elle s’habilla tout en prenant quelques gorgées de thé de temps en temps. Du thé qu’on vous apportait au lit alors que vous n’étiez pas malade ? Ça n’arrivait qu’aux rois et aux reines, ces choses-là !

Puis elle remarqua les ecchymoses sur ses doigts. Elle n’avait pas mal du tout, mais la peau était bleue là où la barre du bateau l’avait heurtée. Bon…

« Les Feegle ? appela-t-elle.

— Miyards, vos alleuz pwint nos avwar une deuziaeme fwas, dit la voix sous le lit.

— Sors que je te voie, Guiton Simpleut ! ordonna Tiphaine.

— C’eut de la vraie sorcieulrie, mamzaele, vos advineuz toujous que c’eut mi. »

Après d’autres chuchotements précipités, Guiton Simpleut – car c’était bien lui – sortit en compagnie de deux autres Feegle ainsi que du fromage Horace.

Tiphaine écarquilla les yeux. D’accord, c’était un fromage bleu, donc à peu près de la même teinte que les Feegle. Et il se conduisait comme eux, pas de doute là-dessus. Mais pourquoi s’était-il entouré d’une bande crasseuse de tartan feegle ?

« Il nos a pus ou mwins trouveus, expliqua Guiton Simpleut en entourant de son bras autant d’Horace qu’il lui était possible. Je peux le gardeu ? Il comprane tout ce que je dis !

— C’est incroyable, parce que moi, non, répliqua Tiphaine. Au fait, est-ce qu’on était dans un naufrage cette nuit ?

— Oh, win. Si vos voleuz.

— Si je veux ? C’était vrai ou ce n’était pas vrai ?

— Oh, win, répondit le Feegle d’un ton nerveux.

— Lequel des deux, vrai ou pas vrai ? insista Tiphaine.

— Pus ou mwins vrai et pus ou mwins pwint vrai, d’une maniaere vraie pwint vraie, si vos voleuz, dit Guiton Simpleut en ne sachant pas trop où se mettre. Je counwas pwint les mots jusses…

— Vous allez tous bien, les Feegle ?

— Oh win, mamzaele, répondit Guiton Simpleut qui s’égaya. Nae problemo. C’aetwat qu’un batcho de raeve su une maer de raeve, apreus tout.

— Et un iceberg de rêve ?

— Ah, non. L’isbaerg aetwat vrai, maetesse.

— Je m’en doutais ! Tu es sûr ?

— Win. On est forts pour counwate ces afaeres, répondit Guiton Simpleut. C’eut comme cha, hin, les gars ? » Les deux autres Feegle, pétrifiés de crainte respectueuse face à la ch’tite michante sorcieure jaeyante et sans la présence rassurante de centaines de frères autour d’eux, confirmèrent du chef à l’adresse de Tiphaine et voulurent se réfugier chacun derrière l’autre en traînant les pieds.

« Un vrai iceberg à mon image se promène sur la mer ? dit Tiphaine d’un ton horrifié. Et il empêche les bateaux de circuler ?

— Win. Possibe, fit Guiton Simpleut.

— Je vais m’attirer des tas d’ennuis ! » dit Tiphaine en se levant.

Un claquement se produisit ; l’extrémité d’une des lattes bondit du plancher et resta en l’air en se dandinant avec un bruit de fauteuil à bascule. Elle avait arraché deux longues pointes.

« Et maintenant ça », ajouta Tiphaine d’une petite voix. Mais les Feegle et Horace avaient disparu.

Derrière Tiphaine, quelqu’un se mit à rire, mais ça tenait davantage du gloussement, un gloussement sincère, réel, et donnant vaguement à croire qu’on venait de raconter une blague salace.

« Ces p’tits démons, quand ils courent, c’est pas à moitié, hein ? lança Nounou Ogg en entrant d’un pas tranquille dans la chambre. Bon, maintenant, Tiph, j’veux que tu t’retournes lentement et que t’ailles t’asseoir sur ton lit, les pieds décollés du plancher. Tu peux faire ça ?

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