L'hiverrier [Wintersmith - fr]
- Автор: Пратчетт Теренс Дэвид Джон
- Серия: Disque-monde #35
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: Atalante
- ISBN: 978-2-84172-468-0
- Переводчик: Patrick Couton
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «L'hiverrier [Wintersmith - fr]». Краткое содержание книги:
« Miyards ! »
Ah ! oui, et revoici les Nac mac Feegle, les ch'tits hommes libres, venus donner un coup de main, que ça lui plaise ou non. Car, si Tiphaine ne fait pas entendre raison à son soupirant, il n’y aura plus jamais de printemps.
Elles regardèrent plus loin en avant du bateau. Là-bas, un banc de brouillard sale et lugubre s’étendait sur la mer.
« Il y a quelque chose dans le brouillard ! » s’exclamèrent ensemble les deux Tiphaine.
Elles se retournèrent et grimpèrent à toute vitesse l’échelle jusqu’à l’homme à la barre.
« Tenez-vous à l’écart du brouillard ! S’il vous plaît, ne vous en approchez pas ! » s’écrièrent-elles.
Le Joyeux Marin s’ôta la pipe de la bouche, l’air intrigué.
« Une bonne pipe par tous les temps ? dit-il à Tiphaine.
— Quoi ?
— C’est tout ce qu’il sait dire ! expliqua son troisième degré en empoignant la barre. Tu te souviens ? C’est ce qu’il dit sur l’emballage ! »
Le Joyeux Marin la repoussa doucement. « Une bonne pipe par tous les temps, répéta-t-il d’un ton apaisant. Par tous les temps.
— Écoutez, on veut seulement…» voulut expliquer Tiphaine, mais son troisième degré, sans un mot, lui posa la main sur la tête et la fit pivoter.
Quelque chose sortait du brouillard.
C’était un iceberg, un gros, au moins trois fois plus haut que le bateau, aussi majestueux qu’un cygne. Il était si imposant qu’il générait son propre climat. Il paraissait se déplacer lentement ; de l’eau blanche en ceignait la base. De la neige tombait tout autour. Des lambeaux de brouillard traînaient dans son sillage.
La pipe tomba de la bouche du Joyeux Marin alors que ses yeux s’écarquillaient.
« Une bonne pipe ! » jura-t-il.
L’iceberg, c’était Tiphaine. Une Tiphaine dans les cent mètres de haut, en glace verte scintillante, mais une Tiphaine tout de même. Des oiseaux de mer perchaient sur sa tête.
« Ce n’est pas l’hiverrier qui fait ça ! dit la jeune fille. J’ai jeté le cheval ! » Elle mit ses mains en coupe devant sa bouche et brailla : « J’AI JETÉ LE CHEVAL ! »
Sa voix rebondit en écho sur la gigantesque silhouette de glace. Quelques oiseaux décollèrent de l’immense tête gelée en piaillant. Derrière Tiphaine, la barre du bateau tournait à toute allure. Le Joyeux Marin tapa du pied et montra du doigt les voiles blanches au-dessus d’eux.
« Une bonne pipe par tous les temps ! ordonna-t-il.
— Je regrette. Je ne vois pas ce que vous voulez dire ! » répondit une Tiphaine au désespoir.
L’homme pointa encore le doigt vers les voiles et mima des mouvements frénétiques de traction avec les mains.
« Une bonne pipe !
— Pardon, je ne vous comprends pas ! »
Le marin grogna et courut vers un cordage qu’il hala à la hâte.
« Ça devient bizarre, dit calmement le troisième degré.
— Ben, oui, je trouve qu’un gros iceberg qui me ressemble, c’est…
— Non, ça, c’est seulement étrange. Là, c’est bizarre. On a des passagers. Regarde. » Elle tendit le doigt.
Plus bas, sur le pont principal, Tiphaine vit une rangée d’écoutilles fermées par d’épaisses grilles de fer ; elle ne les avait pas remarquées jusqu’alors.
Des mains par centaines, aussi pâles que des racines sous une souche, tâtonnant et s’agitant, se bousculaient pour se tendre à travers.
« Des passagers ? murmura la jeune fille dans un souffle d’horreur. Oh, non…»
Puis les hurlements commencèrent. Tiphaine aurait préféré, nettement préféré, entendre crier « A l’aide ! » et « Sauvez-nous ! », mais ce n’étaient que hurlements et gémissements, ceux de malheureux en proie à la douleur et à la peur…
Non !
« Reviens dans ma tête, dit-elle d’un ton sinistre. Ça m’empêche de me concentrer de te voir courir dehors. Tout de suite.
— Je vais rentrer par-derrière toi, dit son troisième degré. Ça ne te paraîtra pas aussi…»
Tiphaine sentit un élancement, un changement dans sa tête, et se dit : Bah, j’imagine que ç’aurait pu être beaucoup plus le bazar que ça.
D’accord. Réfléchissons. Réfléchissons au grand complet.
Elle observa les mains désespérées qui s’agitaient comme des algues sous-marines et songea : Je suis dans quelque chose qui ressemble à un rêve, mais je ne crois pas qu’il s’agisse du mien. Je suis sur un bateau, et on va se faire tuer par un iceberg qui est une représentation géante de moi.
Je crois que je me préférais en flocons de neige…
Qui fait ce rêve ?
« À quoi ça rime, hiverrier ? » demanda-t-elle, et son troisième degré, revenu à son poste, commenta : C’est étonnant, tu vois même ton propre souffle dans l’atmosphère…
« C’est un avertissement ? brailla Tiphaine. Qu’est-ce que vous voulez ? »
Je te veux pour femme, répondit l’hiverrier. La réponse arriva comme ça dans ses souvenirs.
Les épaules de Tiphaine s’affaissèrent.
Tu sais que ce n’est pas réel, dit son troisième degré. Mais c’est peut-être l’ombre d’une réalité…
Je n’aurais pas dû laisser Mémé Ciredutemps renvoyer ainsi Rob Deschamps…
« Miyards ! Mille bâbords ! » s’écria une voix dans son dos. Que suivit la clameur habituelle.
« C’eut « sabords », bougrae d’inochaet !
— Win ? Je confonds toujous les deus coteus !
— Que le grand cric me croque ! Guiton Simpleut vieut de basculeu dans l’yo !
— Quaele biaete ! Je li avwas dit : le bandeau su un seul euy !
— Et yo hoho et ho yoyo…»
Des Feegle jaillirent de la cabine derrière Tiphaine, et Rob Deschamps s’arrêta devant elle tandis que le flot de ses congénères la dépassait. Il salua.
« Pardon d’aete un ch’tit peu en aertard, mais falwat qu’on trouve les cache-ieus nwars, dit-il. Rieu de tael que le style, vos saveuz. »
Tiphaine resta sans voix, mais seulement un instant. Elle pointa le doigt.
« Faut qu’on empêche le bateau de percuter cet iceberg !
— C’eut tout ? Nae problemo ! » Rob observa la géante de glace dressée sur la mer et sourit de toutes ses dents. « Il a bieu raeussi vot neuz, hin ?
— Empêchez la catastrophe. S’il vous plaît, implora Tiphaine.
— À vos ordes ! Veneuz, les gars ! »
Regarder travailler les Feegle, c’était comme regarder des fourmis, sauf que les fourmis ne portaient pas de kilts ni ne criaient « miyards » à tout bout de champ. C’était peut-être parce qu’ils donnaient tellement de sens à ce mot qu’ils n’avaient visiblement aucun mal à comprendre les ordres du Joyeux Marin. Ils grouillaient sur le pont comme… ben, des fourmis. Ils halèrent des cordages mystérieux. Des voiles se déplacèrent et se gonflèrent dans un chœur de « Une bonne pipe ! » et « Miyards ! »
L’hiverrier veut maintenant m’épouser, songea Tiphaine. Oh là là.
Elle s’était parfois demandé si elle se marierait un jour, mais il ne faisait à ses yeux aucun doute que « maintenant », c’était trop tôt pour « un jour ». D’accord, sa mère s’était mariée l’année de ses quatorze ans, mais c’était monnaie courante dans le temps. Il y avait beaucoup à faire avant que Tiphaine ne se marie, elle était très claire là-dessus.
Et puis, à bien y réfléchir… beurk. Il n’était même pas humain. Il serait trop…
Chtonk ! fit le vent dans les voiles. Le bateau grinça, donna de la gîte, et tout le monde criait vers Tiphaine. On criait surtout « La barre ! Atrapeuz la barre tout de swite ! » mais on distinguait aussi dans le lot une voix affolée braillant : « Une bonne pipe par tous les temps ! »
Tiphaine se retourna et vit la roue de gouvernail qui tournait si vite que ce n’était qu’une tache. Elle voulut la saisir au vol et reçut une volée de rayons sur les doigts, mais un bout de cordage roulé traînait tout près avec lequel elle réussit à prendre la barre au lasso pour l’immobiliser par à-coups sans trop glisser sur le pont. Après quoi elle l’empoigna et voulut la tourner dans l’autre sens. C’était comme vouloir pousser une maison, mais la roue de gouvernail bougea, d’abord tout doucement, puis plus vite quand Tiphaine y mit toutes ses forces.