Seigneur de lumière [Lord of Light - fr]
- Автор: Желязны Роджер Джозеф
- Год: 1975
- Язык: французский
- Год: Deno
- Переводчик: Claude Saunier
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Seigneur de lumière [Lord of Light - fr]». Краткое содержание книги:
Le fanatisme religieux remplace la connaissance scientifique. Mais si vous voulez joindre les « dieux », utilisez le téléphone automatique, c'est tout de même plus pratique.
Mais attention, un homme va se révolter et partir en guerre contre ces « dieux » immortels et fanatiques…
— Vois-tu comme il se tient droit, dit Siddharta, il a confiance en son pouvoir, avec juste raison. C’est Agni, un des Lokapalas. Il peut voir jusqu’aux plus lointains horizons. Et son pouvoir s’étend aussi loin que sa vue. On dit qu’une nuit il a atteint les lunes mêmes de sa baguette. S’il en touche seulement la base, presse un bouton dans son gant, le Feu Universel en jaillit avec un éclat aveuglant, anéantit la matière et disperse les énergies sur son chemin. Il n’est pas trop tard pour fuir.
— Agni ! s’entendit-il crier, tu as demandé audience à celui qui règne ici ?
Les lentilles noires se tournèrent vers lui. Les lèvres d’Agni se retroussèrent en un sourire méprisant.
— Je pensais bien te trouver ici, fit-il d’une voix nasillarde, aiguë. Toute cette sainteté, c’est devenu trop pour toi, il t’a fallu filer, hein ? Dois-je t’appeler Siddharta, Tathagata, Mahasamatman, ou Sam, tout simplement ?
— Pauvre idiot, celui que tu appelais l’Enchanteur, et qui porta tous ces noms que tu dis, est à présent lui-même enchanté. Tu as le privilège de t’adresser à Taraka, du peuple des Rakashas, seigneur du Puits d’Enfer.
Il y eut un déclic et les lunettes devinrent rouges.
— Oui. Je vois que tu dis vrai, fit Agni. Je peux contempler un cas de possession démoniaque. Très intéressant. On doit se sentir à l’étroit là-dedans, ajouta-t-il en haussant les épaules. Mais je peux en détruire deux tout aussi bien qu’un.
— Crois-tu ? demanda Taraka, et il leva les bras.
Au même instant, on entendit un grondement, et le bois sombre recouvrit en un instant tout le sol de la salle, engloutit celui qui se tenait là debout, et ses branches noires se tordirent comme serpents autour de lui. Le grondement continua, le sol s’enfonça de plusieurs centimètres sous leurs pieds. D’au-dessus leur parvinrent des grincements, des bruits de pierre qui éclate. Poussière et gravillons tombèrent sur eux.
Puis il y eut un aveuglant éclair, et les arbres disparurent, il ne resta plus que quelques souches noircies et des taches de suie sur le parquet.
Avec un bruit sourd, le plafond céda, s’effondra brusquement.
Comme ils sortaient par la porte derrière le trône ils virent le dieu toujours debout au milieu de la salle. Agni leva sa baguette au-dessus de sa tête, lui fit décrire un petit cercle.
Un cône de lumière en sortit, détruisant tout sur son passage.
Agni souriait toujours tandis que pleuvaient les grosses pierres dont aucune ne tombait sur lui.
Le grondement continua, des crevasses s’ouvrirent dans le sol, les murs tremblèrent.
Sam claqua la porte, eut brusquement le vertige, en voyant la fenêtre, un instant auparavant au bout du couloir, passer à toute vitesse à côté de lui. Il se rendit compte qu’il était emporté par Taraka.
Ils sortirent, s’élevèrent vers les cieux, et une sensation vivifiante, une sorte de joie s’empara de son corps parcouru de picotements, comme s’il était un liquide à travers lequel eût passé un courant électrique.
Regardant au-dessous de lui, avec la vision du démon qui voyait en toutes directions, il put contempler Palamaidsu, déjà si lointaine qu’on eût dit un tableau dans son cadre sur un mur. Sur la haute colline au centre de la ville, le palais de Videgha s’effondrait, et d’immenses rais de lumière aveuglants, comme des éclairs partant de la terre, s’élançaient des ruines vers les cieux.
— Voilà ta réponse, Taraka. Veux-tu que nous redescendions l’affronter encore ?
— Il me fallait savoir.
— Laisse-moi te donner un autre conseil. Je ne plaisantais pas en te disant qu’il pouvait voir jusqu’aux plus lointains horizons. Dès qu’il pourra se libérer et tourner son regard dans notre direction, il nous trouvera. Tu ne voles pas plus vite que la lumière, alors je te conseille de voler plus bas, et d’utiliser les accidents de terrain pour te cacher.
— Mais je t’ai rendu invisible, Sam.
— Les yeux d’Agni voient l’infrarouge et l’ultra-violet.
Ils perdirent de l’altitude rapidement. Mais devant Palamaidsu, Sam vit qu’il ne restait du palais de Videgha qu’un nuage de poussière sur une colline grise.
À la vitesse d’un tourbillon, ils allèrent vers le nord, jusqu’au moment où enfin la chaîne des Ratnagaris s’étendit sous eux. Quand ils arrivèrent au mont Channa, ils glissèrent près de son sommet, et vinrent se poser sur la corniche devant l’entrée du Puits d’Enfer.
Ils pénétrèrent dans la caverne, refermèrent la porte.
— Il nous poursuivra, fit Sam, et le Puits d’Enfer même ne lui résistera pas.
— Ils sont si sûrs de leur pouvoir qu’ils n’en envoient qu’un ! dit Taraka.
— Crois-tu qu’ils se trompent ?
— Non. Mais que fait Celui qui est vêtu de rouge et qui boit votre vie de ses yeux ? Ne crois-tu pas qu’ils auraient dû envoyer Yama plutôt qu’Agni ?
— Si, fit Sam, tandis qu’ils descendaient dans le puits. Je l’attendais. Il viendra. La dernière fois où je l’ai vu, je lui ai causé quelque peine et quelque souffrance. Je sens qu’il me poursuivra partout. Qui sait, il nous attend peut-être, pour nous bondir dessus, au fond du Puits d’Enfer.
Arrivés au bord du gouffre, ils prirent le sentier creusé dans les parois du puits.
— Il n’est pas ici, fit Taraka, ceux qui attendent enchaînés m’auraient prévenu si tout autre être qu’un Rakasha était passé par là.
— Il viendra, affirma Sam. Et quand le Rouge viendra dans le Puits d’Enfer, nul n’arrêtera sa course.
— Beaucoup le tenteront, dit Taraka. Tiens, voilà le premier.
Ils aperçurent la première flamme dans sa niche, près du sentier.
En passant, Sam la libéra, et elle bondit en l’air comme un oiseau éclatant, puis descendit en spirale vers le fond du puits.
Pas à pas, ils descendirent aussi, et de chaque niche le feu jaillit, s’élança dans l’air. Sur l’ordre de Taraka, certains s’élevèrent et disparurent en haut du puits, sortirent par la porte imposante sur laquelle étaient gravées les paroles des dieux.
Ils atteignirent le fond du puits.
— Libérons aussi ceux qui sont liés dans les cavernes, dit Taraka.
Ils allèrent donc par les couloirs jusqu’aux cavernes les plus profondes, libérant au fur et à mesure tous les démons enchaînés.
Au bout d’un temps qu’il ne put mesurer, Sam les avait tous déliés.
Le Rakasha les rassembla dans la plus grande des cavernes. Ils se tinrent là, formidables phalanges de flammes, et leurs cris se fondirent en un seul retentissant, qui roula sous la voûte, résonna en la tête de Sam, jusqu’à ce qu’il comprît, stupéfait, qu’ils chantaient.
— Oui, ils chantent, dit Taraka, et c’est la première fois depuis une éternité.
Sam écouta les vibrations en son crâne, saisissant quelque peu le sens derrière les sifflements et le flamboiement, les sentiments qui les accompagnaient se transformant en mots, en accents familiers à son propre esprit :
Nous sommes les légions du Puits d’Enfer, les damnés,
Les bannis, la flamme déchue.
Nous sommes la race vaincue par l’homme.
Aussi maudissons-nous l’homme. Oubliez son nom !
Ce monde était nôtre avant les dieux,
Aux jours avant la race humaine.
Et quand hommes et dieux auront disparu,
Ce monde sera de nouveau nôtre.
Les montagnes s’écroulent, les mers s’assèchent,
Les lunes disparaîtront du ciel.
Le Pont des Dieux s’effondrera un jour,
Et tout ce qui respire doit un jour mourir.