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Seigneur de lumière [Lord of Light - fr]

Электронная книга - «Seigneur de lumière [Lord of Light - fr]». Краткое содержание книги:

Ils ont découvert le secret de l'immortalité, mais ils le gardent jalousement pour eux et tiennent le peuple dans un Moyen Age éhonté.
Le fanatisme religieux remplace la connaissance scientifique. Mais si vous voulez joindre les « dieux », utilisez le téléphone automatique, c'est tout de même plus pratique.
Mais attention, un homme va se révolter et partir en guerre contre ces « dieux » immortels et fanatiques…
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« Sache donc que pendant que nous existions ensemble dans le même corps, pendant que je vivais à ta manière, et pas toujours contre mon gré, nous avons suivi une route où la circulation n’était pas toujours dans une seule direction. Alors que tu forçais ma volonté à faire ce que tu voulais ta volonté était à son tour contrariée par ma répugnance devant certains de tes actes. Tu as appris ce qu’est le sentiment de culpabilité et désormais ce sera toujours une ombre sur tes actes. C’est pour cela que ton plaisir a fui. Et que tu cherches toi-même à fuir. Mais cela ne te servira à rien. Et ce sentiment te suivra à travers le monde, il s’élèvera avec toi dans le royaume des vents purs et froids, il te poursuivra où que tu ailles. C’est cela, la malédiction du Bouddha. »

Taraka se couvrit le visage de ses mains.

— C’est donc cela que l’on appelle pleurer, dit-il au bout d’un moment. Sois maudit, Siddharta, tu m’as de nouveau enchaîné, dans une prison plus terrible encore que le Puits d’Enfer.

— Tu t’es enchaîné toi-même. C’est toi qui as rompu notre pacte, et pas moi.

— Les hommes souffrent quand ils rompent leur pacte avec les démons, mais jamais aucun Rakasha n’en a souffert avant moi.

Siddharta ne répondit pas.

Le lendemain matin, comme il s’asseyait pour déjeuner, on frappa à la porte de ses appartements.

— Qui ose venir ? cria-t-il.

La porte s’ouvrit, ses gonds arrachés au mur, et la barre qui la maintenait se cassa comme une branche sèche.

Avec la tête d’un tigre cornu, sur les épaules d’un singe, d’énormes sabots pour talons, des serres pour mains, le Rakasha tomba dans la pièce. De la fumée s’échappa de sa bouche, il devint transparent un instant, redevint pleinement visible, s’évanouit encore, réapparut. De ses serres coulait un liquide qui n’était pas du sang, une brûlure se voyait sur son torse. L’air se remplit de l’odeur de poils roussis, de chair carbonisée.

— Maître ! cria-t-il. Un étranger est arrivé, et demande audience.

— Tu tu n’as pas réussi à le convaincre que l’on ne pouvait me voir ?

— Seigneur, vingt gardes se sont précipités sur lui. Il a fait un seul geste. Il a agité la main, et il y a eu un éclair si aveuglant que les Rakashas même n’ont pu le regarder. Il n’a duré qu’un instant, et les gardes ont tous disparus comme s’ils n’avaient jamais existé. Il y avait aussi un grand trou dans le mur, derrière l’endroit où ils s’étaient tenus. Il n’y avait pas de débris, rien qu’un trou aux parois lisses.

— Alors tu l’as attaqué ?

— Beaucoup de Rakashas se sont précipités sur lui, mais il y a autour de lui quelque chose qui nous repousse. Il a fait encore un geste, et trois autres de notre espèce se sont évanouis dans la lumière qu’il lance. Comme j’étais assez loin encore, je n’ai pas subi toute la décharge, il m’a juste effleuré de son pouvoir. Il m’envoie donc te porter ce message… mais je ne peux garder ma forme plus longtemps.

Il s’effaça alors, et un globe de feu resta suspendu en l’air là où avait été la créature. Ses paroles parvinrent à l’esprit, elles ne furent plus parlées et transmises par l’air.

— Il te demande d’aller le voir sans délai. Sinon, il détruira ce palais.

— Les trois qu’il a brûlés ont-ils repris leur propre forme ?

— Non, dit le Rakasha, ils ne sont plus.

— Décris-moi cet étranger, ordonna Siddharta, se forçant à parler malgré ses craintes.

— Il est très grand, dit le démon. Il porte des culottes et des bottes noires. Au-dessus de la taille, il a un étrange vêtement. Cela ressemble à un gant blanc sans couture, sur sa main droite seulement, cela s’étend sur tout le bras, et sur les épaules, cela entoure le cou et recouvre toute sa tête d’un tissu collant, uni. Seul est visible le bas de son visage, car il porte sur les yeux de grosses lentilles noires qui s’étendent en avant de son visage. Il a à sa ceinture un court fourreau de la même étoffe blanche que son vêtement, qui ne contient pas une épée mais une baguette magique. Sous son vêtement, là où il s’étend sur ses épaules et couvre son cou, il y a une bosse, comme s’il portait une besace.

— C’est Agni, dit Siddharta. Tu viens de décrire le dieu du Feu !

— Oui, ce doit être lui, dit le Rakasha, car j’ai regardé au-delà de sa chair, pour voir les couleurs de son être véritable. Et j’ai vu quelque chose qui flamboyait comme le centre du soleil. S’il y a un dieu du Feu, c’est bien lui.

— Il nous faut fuir, dit Siddharta. Car il va y avoir un grand incendie. Nous ne pouvons lutter contre celui-là, partons immédiatement.

— Je ne crains pas les dieux, dit Taraka, et j’aimerais bien me mesurer avec lui.

— Tu ne peux l’emporter sur le dieu de la Flamme, dit Siddharta, son foudre est invincible, il lui a été donné par le dieu de Mort.

— Alors, je vais le lui arracher et le retourner contre lui.

— Personne ne peut l’utiliser sans être aveuglé et perdre une main. C’est pour cela qu’il porte cet étrange vêtement. Ne perdons plus de temps.

— Je veux me rendre compte de la chose par moi-même, insista Taraka.

— Ne laisse pas ton nouveau sentiment de culpabilité te pousser à rechercher la mort.

— La culpabilité ? fit Taraka. Ce pauvre petit sentiment qui vous ronge, selon toi ? Non, cela n’a rien à voir avec la culpabilité. Ce qui me pousse, c’est que de nouvelles puissances sont nées en ce monde où j’ai régné, jusqu’à ce que tu viennes. Les dieux n’étaient pas aussi forts autrefois et si leur pouvoir est plus grand, il me faut en faire l’expérience moi-même ! Il est dans ma nature – qui est puissance – de lutter contre tout nouveau pouvoir, de triompher, ou d’être enchaîné par lui. Je veux savoir quelle est la force d’Agni, pour le vaincre.

— Mais nous sommes deux en ce corps.

— C’est vrai, mais si ce corps est détruit, je te promets de t’emporter avec moi. J’ai déjà condensé tes flammes, comme nous le faisons pour notre propre espèce. Si ce corps meurt, tu continueras à vivre comme un Rakasha. Nous avons porté des corps nous aussi autrefois, et je n’ai pas oublié l’art de concentrer les flammes pour qu’elles puissent brûler indépendamment du corps. Je l’ai fait pour toi, tu n’as rien à craindre.

— Merci.

— À présent, allons affronter le feu d’Agni, pour l’éteindre !

Ils quittèrent les appartements royaux et descendirent l’escalier. Au-dessous d’eux, prisonnier dans son propre cachot, le prince Videgha gémissait dans son sommeil.

Ils sortirent par la porte dissimulée sous les tapisseries couvrant le mur derrière le trône. Quand ils les écartèrent, ils ne virent dans la grande salle que ceux qui dormaient dans le sombre bosquet et celui qui se tenait au centre, un bras vêtu de blanc croisé sur un bras nu, une baguette d’argent dans sa main droite recouverte d’un gant.

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