Sans parler du chien
- Автор: Уиллис Конни
- Год: 2003
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-290-32491-4
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Sans parler du chien». Краткое содержание книги:
— Nous gagnerions du temps, admit-il.
Je ramassai la nappe et la fourrai dans la bourriche.
— Alors, la question est réglée. Faites la vaisselle, pendant que je prépare les lits.
— Il n’y a de la place que pour deux personnes, à bord. Je dormirai à côté du feu.
— Non, je préfère passer la nuit à terre.
J’allai chercher les couvertures que j’étalai au fond du canot et en conservai deux que j’emportai dans la clairière.
— Ne devriez-vous pas vous installer près de cette source de chaleur ?
— Mon médecin m’a déconseillé d’inhaler de la fumée.
Terence remonta son pantalon et s’avança dans les hauts-fonds pour rincer les plats. Je profitai de son absence pour subtiliser une lanterne et une cordelette, en regrettant que le professeur Peddick ne se fût pas muni d’une épuisette.
J’avais omis de demander ce que mangeaient les chats. Nous n’avions pas terminé le Stilton. Aimaient-ils le fromage ? Non, c’étaient les souris qui adoraient le fromage et les chats les souris. Je doutais que Terence eût emporté des souris.
Du lait. Ils en étaient friands. La dame qui s’occupait du jeu de massacre à l’office d’actions de grâces s’était plainte qu’un chat lapait le lait déposé devant sa porte. « Cette sale bête arrache le bouchon d’un coup de griffes », avait-elle déclaré.
Nous n’avions pas de lait mais il restait un peu de crème au fond de la bouteille. Je la fourrai dans ma poche avec un bol, une boîte de petits pois, de la viande en conserve, un quignon de pain et l’ouvre-boîte. J’allai dissimuler le tout dans la clairière. À mon retour, Terence fouillait dans ses bagages.
— Où est passée l’autre lanterne ? J’en avais deux.
Il regarda le ciel.
— On dirait qu’il va pleuvoir. Vous auriez intérêt à dormir avec nous dans le canot.
— Mon médecin m’a dit que l’humidité était mauvaise pour mes poumons.
C’était une bien piètre excuse, vu qu’une descente de la Tamise figurait dans ses prescriptions.
— Elle m’a recommandé de dormir sur la terre ferme.
— Qui ?
Et je me souvins trop tard qu’il n’y avait pas de femmes disciples d’Hippocrate, à l’époque victorienne. Pas plus que d’avocates ou de dames Premier ministre.
— M. Elmer Dunworthy. El, pour les intimes.
Terence se redressa en tenant la lanterne.
— Je sais que Dawson en a mis deux. Je me demande où est l’autre.
Il remonta le manchon de verre, gratta une allumette et régla la mèche. Je l’observai attentivement, afin de pouvoir en faire autant le moment venu.
Peddick revint avec la bouilloire et ses deux poissons.
— Je dois informer le professeur Edelswein de ma découverte. On croyait l’ugubio fluviatilis albinus disparu de la Tamise, et c’est un spécimen magnifique.
Il le lorgna dans la semi-pénombre, posa le tout sur la bourriche et sortit sa pipe.
— Ne devions-nous pas nous coucher ? Pour être frais et dispos ?
Il ouvrit sa blague à tabac.
— C’est exact. Rien n’est aussi réparateur qu’une bonne nuit de sommeil. C’est ainsi que les Grecs ont reconstitué leurs forces, à Salamine.
Il bourra sa pipe et tassa le tabac avec son pouce. Terence prit la sienne.
— Alors que les Perses sont demeurés en mer, pour disposer leurs navires de façon à couper toute voie de repli à leurs adversaires.
Je me levai.
— Tout juste, et les Perses ont été mis en déroute. Et comme je ne voudrais pas que nous subissions le même sort, au lit !
Peddick tendit la blague à Terence.
— Les Saxons aussi, à la bataille d’Hastings. Les hommes de Guillaume le Conquérant étaient bien reposés alors que les Saxons avaient marché onze jours d’affilée. Si Harold avait accordé à ses troupes le temps de reconstituer leurs forces, il aurait remporté ce combat et le cours de l’histoire en aurait été changé.
Ce qui se passerait si je ne ramenais pas la Princesse Arjumand au plus tôt.
— Et si nous ne voulons pas aller nous aussi au-devant d’une déconfiture, nous ferions bien de nous coucher, insistai-je.
— Le comportement individuel, voilà ce qui importe le plus. Les Saxons avaient l’avantage, car ils étaient regroupés sur une hauteur. C’est le meilleur atout dont peut disposer une armée, ainsi que le démontrent les batailles de Waterloo et de Fredericksburg. En outre, ils étaient bien plus riches et si les forces économiques étaient déterminantes ils auraient été vainqueurs. Mais ce n’est pas ce qui a décidé de l’issue des combats. Guillaume le Conquérant a pris deux initiatives décisives. Tout d’abord quand il a été désarçonné pendant une charge…
Cyril se coucha et se mit à ronfler.
— S’il ne s’était pas immédiatement relevé pour se faire reconnaître par ses hommes, ils l’auraient cru mort et auraient perdu leur ardeur. Comment Overforce concilie-t-il ce fait avec sa théorie ? Il ne le peut pas, car ce sont les individus qui écrivent l’histoire ainsi que le démontre le second instant crucial de l’affrontement…
Une bonne heure s’écoula avant qu’ils ne tapotent leurs pipes pour les vider de leurs cendres et se dirigent vers le canot. À mi-chemin, Terence fit demi-tour pour m’apporter la lanterne.
— Gardez-la, c’est vous qui restez sur le rivage.
— Ne vous inquiétez pas pour moi. Bonne nuit.
— Bonne nuit. Qu’il est doux lorsqu’on a terminé ses travaux, de refermer sur soi les voiles du repos.
C’était incontestable, mais je devrais au préalable retrouver un chat. Je regagnai la clairière pour attendre que tous s’endorment et me ronger les sangs.
Un loup avait pu dévorer la Princesse. Étaient-ils nombreux, à cette époque ? Si elle n’avait pas été recueillie par une vieille femme solitaire ou des canoteurs de passage.
Les écluses sont fermées et ce n’est qu’un chat, me dis-je. Un simple animal pourrait-il affecter le cours de l’histoire ?
La réponse était oui. Il suffisait de prendre pour exemple le cheval d’Alexandre le Grand ou la taupe qui avait commis un régicide en creusant sa taupinière sur le chemin de la monture de Guillaume III.
J’attendis une demi-heure puis allumai prudemment la lanterne. J’allai chercher les conserves dans leur cachette, sortis le petit cimeterre de ma poche et tentai de déterminer son fonctionnement.
Terence avait affirmé qu’il s’agissait d’un ouvre-boîte et démontré l’exactitude de ses propos en s’en servant pour nous permettre de déguster les pêches au sirop. Je tapai sur le couvercle avec la pointe de la lame, son tranchant et pour finir le manche.
J’étudiai l’objet. Un des appendices devait se caler sur le pourtour de la boîte, et faire levier. S’il n’y pénétrait pas par le côté. Ou le fond. Conscient que je le tenais peut-être dans le mauvais sens, je le retournai.
Et je me piquai la paume, ce qui n’était pas le but recherché. Je fouillai dans la sacoche et trouvai un mouchoir pour panser ma blessure.
Il fallait procéder méthodiquement. C’était certainement la partie la plus acérée qu’il convenait de planter dans le métal. Sans doute sur le dessus. Il devait exister sur sa circonférence un emplacement prévu à cet effet. Je ne le trouvai pas.
— Pourquoi tout est-il si compliqué, à cette époque ?
Telle était la question que je venais de me poser quand je vis un reflet à l’orée de la clairière.
— Princesse Arjumand ?
Je levai la lanterne.
J’avais eu raison. Les yeux des chats étaient dorés et lumineux dans le noir.
Je lui tendis le quignon de pain et faisant des « tssk » avec la langue.