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Maman, les petits bateaux… - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Maman, les petits bateaux…

Электронная книга - «Maman, les petits bateaux…». Краткое содержание книги:

On t'a déjà mené en bateau, non ?
Donc tu as le pied marin, si tu n'as pas l'air malin.
Alors, mets ton béret à pompon et embarque, matelot !
Grimpe avec Béru et moi sur le Thermos pour une croisière very délectable.
Tu trouveras à bord des sirènes très sublimes, avec une proue qui n'a pas besoin de soutiens-loloches et une poupe que tu peux déguster à la cuiller.
Y a du champagne, du punch, de la vodka et du caviar…
Et des bombes en guise de dessert.
Très glacées, tu verras.
Avec elles, t'es sûr de faire un boum…
C'est les requins qui vont être contents !
Et si tu as envie de la quille, ben, sers-toi.
Avant qu'elle coule.
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Une fois ces centilitres de vin gazéifié blottis dans mon estom’, je retrouve une certain contentement d’être. J’existe mieux, plus en souplesse.

Alors je sors de la Suite Dorée transformée maintenant en nécropole. J’aimerais bien retrouver Corinne d’urgence, qu’on bavarde bien en détails, elle et moi.

Je suis d’une pâleur, tu veux savoir de quoi ? De cire ! Et pas de cire à cacheter, mais de cire dont on fait les sires du Musée Grévin.

Les joyeux et les tristes. Les anciens, et les nouveaux, plus tristes sires encore que ceux à perruques !

Les gens me regardent comme si j’étais Frankenstein au sortir du labo. Les sang continue de dégouliner de ma plaie. Faut que je demande au doc de me faire un petit ourlet, et puis aussi une piquouze tétanoche, car sait-on où il a traîné, ce sabre ?

Une dame opulente, à belles bajoues grassouilles, se jette sur moi, pour savoir ce qui m’est arrivé. Je lui raconte que je me suis blessé en ouvrant une huître et je me dirige vers l’ascenseur. Pile comme j’appuie sur le bouton d’appel, une effervescence s’opère autour de moi. Les gens cavalent en décalottant déjà leurs Kodak. Piailleurs, gesticuleurs, bousculeurs.

Je crois à quelque nouveau mont Porthos qu’on a dû signaler par tribord ou bâbord, mais en fait, il s’agit, paraît-il, d’une escadrille d’hélicoptères en manœuvre au-dessus de nous.

Apprenant ça, mon sang ne fait qu’un demi-tour (le peu qui me reste, tu penses !). Un demi-tour à droite, droite.

Je fonce sur le pont.

Les gens sont étranges, dans le fond. Leur comportement est toujours basé sur la demi-mesure. Bien peu d’eux optent foncièrement. Ils aiment le gris, le tiède, le fade. Ainsi, dans le cas présent, leurs réactions restent flottantes. Elles balancent entre la curiosité et une certaine crainte. Ils sont à la fois fascinés par les quatre gros hélicoptères qui vrombissent bas, dans le ciel bleu, et apeurés car ils devinent que la présence tournoyante de ces quatre monstres n’est pas normale. Tout de suite, ils ont cru que l’escadrille saluait le Thermos. Mais comme elle ne s’éloigne pas, qu’au contraire elle descend de plus en plus bas, une vague inquiétude les point. Ce qui ne les empêche pas de mitrailler à tout va.

Un chpountz qui semble s’y connaître en aéronautique affirme que ce sont des super-frelons. Le manège (c’en est un) des quatre appareils est surprenant. Ils décrivent des cercles concentriques de plus en plus étroits au-dessus du barlu.

Je me dis qu’houyouyouille, ça va barder pour notre matricoulous, car je te parie toutes les séances d’amour que j’ai connues depuis le début de ce livre contre les trois malheureux coups que tu as tirés l’an dernier qu’on va déguster. Ces vilains zoziaux verdâtres n’ont pas de matricule. Pas de drapeaux peints sur leurs énormes flancs rebondis. Rien. Et c’est ça le terrible. Ils viennent larguer des bombes sur le barlu. C’est couru. Il n’y avait pas de bombes à bord, sinon la mignonnette qui a carbonisé l’appareil de radio ; les explosifs, on nous les livre à domicile, franco de port.

Les passagers en délire s’interrogent.

— Qu’est-ce qu’ils font ?

— Ce sont des Grecs ?

— Des Italiens ?

— Des Turcs ?

— Des Chypriotes ?

— Des Palestiniens ?

— Des Israéliens ?

— Des Syriens ?

— Des touristes ?

— Des Français ?

— Des Allemands ?

— Ils nous rendent les honneurs ?

— Ils nous photographient ?

— Ils viennent pour la Croix-Rouge ?

— Ils sont à court d’essence ?

— Ne dirait-on pas qu’ils veulent aponter ?

— Si, regardez ! Y’en a un qui descend près de la piscine.

— C’est vrai, il descend.

— Il doit avoir une panne.

— Ou un malade.

— Ce sont plutôt les malades qu’on emmène en hélicoptère ?

— Oui, oui, il se pose !

— Vous sentez le vent que produisent ses pales ?

— Vous êtes tout pâle.

— Vous aussi.

— Vous pensez quoi, vous ?

— Rien, et vous ?

— Moi, j’ sais pas.

— Ça vous paraît bizarre ?

— Pas à vous ?

— Si.

— Moi aussi.

— Ça y est, il est posé !

— La porte s’ouvre.

— Oh mon dieu !

— Oh, mon Dieu !

— Merde !

— Ça oui !

— Au secours !

— Attendez, gardez votre calme, le commandant va faire quelque chose. On a payé.

— Ce sont des Martiens ?

— Ça n’y ressemble pas.

— Mais pourtant, ce qu’ils ont sur la tête !

— Des cagoules !

— Alors ce sont des terroristes ?

— Plutôt, oui.

— Regardez, ils ont des mitraillettes.

— Vous croyez qu’ils vont nous tirer dessus ?

— J’espère que non.

Et puis tout le monde se tait, se racornit, croqueville, mutisme. Les yeux s’écarquillent. Les bouches s’ouvrent grandes. Des filets de bave limacent les revers. Des dentiers s’entrechoquent, comme la verrerie d’un wagon-restaurant. On ne sait plus. On ne sait pas. On appréhende. Moi, ce qui me soulage, c’est qu’ils se soient posés au lieu de larguer des bombes.

La scène qui se déroule relève du cinéma onirique.

La v’là, toute fraîche.

Quatre gus sont descendus de l’hélicoptère. Vêtus de combinaisons de mécanicien, coiffés de cagoules blanches, armés de mitraillettes.

Ils se postent face aux différents groupes de passagers, l’arme en batterie. Terribles. Les pauvres pèlerins lèvent bien haut les bras. Des femmes récitent des prières. Des enfants pleurent. C’est pathétique et démoralisant.

Vlà qu’un cinquième personnage se pointe hors de l’appareil. En tout point semblable aux autres, sauf qu’au lieu d’une sulfateuse, il tient une espèce de trompette bizarroïde. Il l’embouche, souffle dedans, et un son strident, monstre, insoutenable, retentit. Le bruit se répète encore à deux reprises. L’homme rentre dans son hélico.

Un moment d’immobilité générale succède.

Puis le commandant se la radine, tête nue. Sa pipe à la main.

— Que signifie ! il égosille. Que signifie ?

Un mitrailleur lui lâche une rafale de bitougnettes au-dessus de la tronche.

Ça calme le Pacha.

L’autre y fait signe de reculer jusqu’au groupe le plus proche. Force est à l’officier de ptempérer.

Tu crois quoi, toi ?

Rien ? Tu nages ?

Et moi donc, gamin ! C’est la brasse maladroite dans la panade. Je pige pas ce que veulent ces gugus. Là-haut, les trois autres zoziaux continuent de sarabander. Ça forme un vacarme dont nos tympans auront du mal à se remettre.

Moi, je m’efforce de bien réfléchir. Je me dis : « Ils sont venus pour nous obliger de gagner Kebotalkon. »

Et pourtant, ils n’ont pas l’air d’exiger quoi que ce soit. Au contraire : on dirait qu’ils attendent quelque chose.

Aucun dialogue ne se noue. Jusqu’à présent, tout s’est passé muettement si tu exceptes le coup de trompette.

Alors là, je pige pas. C’est l’opacité sous le soleil. La nuit sous le ciel d’azur…

On continue de naviguer imperturbable. Le Thermos, lui, cézigue, c’est « Fend les flots » au service de la France. Pavillon au vent. Au vent mauvais qui l’emporte. Il a plus de radio, plus d’idées préconçues, le Thermos et pourtant il ronronne de la machinerie. Se propage dans les horizons marins, moins joyces effectivement, pour l’instant, que cette « douceur Angevine » que causait Joachim. Tout le monde est circonspect, le commandant en tête. Se pose des tas de pourquoi, à mon unisson. Redoute des choses… Des conséquences fâcheuses, vénéneuses à bloc.

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