Du bois dont on fait les pipes
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #111
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-02136-9
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Du bois dont on fait les pipes». Краткое содержание книги:
Mais moi, les larmes de m'man, je ne peux pas supporter.
Faut que j'agisse.
Seulement quand tu agis comme un con, tu fais des conneries, non ?
Note qu'avec moi, pour ce qui est des conneries, je ne te laisse jamais en manque.
Il se jette sur l’enfant, le hisse, l’étreint, le bécote, le gilberte, le mange. Lui gazouille des trucs, des choses.
— San-Antonio, il faut m’expliquer. Depuis quand ?
— Il vient d’arriver. J’ai téléphoné à sa mère de nous rejoindre ici, je tiens à lui apprendre ce miracle avec ménagement ; le bonheur est aussi dur à encaisser que le malheur.
— Mais et la presse, San-Antonio ? Hein ! Et moi ! Vous alliez m’appeler quand, moi ? Le téléphone, vite ! Descends de mes genoux, mon angelot. Lâche mon cou. Lâche, mon bijou ! Tu veux lâcher tonton, bourrique ! Il est chiant comme la grève, ce petit con !
Il finit par se débarrasser de l’étreinte du gamin farceur pour se jeter sur notre bigophone et alerter son service de presse. Il veut tout : radio, télé, presse écrite. Et que ça saute !
Il jubile.
— Alors, racontez, racontez ! fait-il en revenant. Je leur dis quoi, aux journalistes !
— Tout cela est une navrante histoire, bête comme la lune, monsieur le directeur.
— Mais encore ? Metz-Angkor ? Mets en corps ? Messe an cor ? trépigne mon vénérable boss.
— Les enquêteurs de l’époque ont laissé passer un indice capital et qui, dans cette affaire détermine tout : le ravisseur supposé (en l’occurrence Formide) remisait sa voiture dans l’un des garages gérés par le beau-père de l’enfant kidnappé.
« Ce détail m’a tracassé. N’oublions pas qu’avant la disparition de Julien, Formide avait un avis de recherche aux miches depuis plusieurs jours.
« Qu’il soit revenu chercher sa Triumph rue d’Alésia alors que toutes les polices lui couraient après relevait de la connerie. Or cet homme est fou mais pas con. Je me suis donc dit qu’il fallait voir les choses sous un autre angle. Le contremaître du garage en question, a tout de suite su qu’il hébergeait la voiture du fou sanguinaire. Au lieu de prévenir la police, il en a référé à sa direction, ce qui est parfaitement logique. Ce faisant, il est tombé sur la secrétaire privée de Maurer, une certaine Mlle Courjus. Fille de la haute bourgeoisie, comme l’on écrivait dans la Veillée des Chaumines de jadis, cette personne a voué sa vie à son patron. C’est un être farouche, la femme d’un seul amour, mais passionné. Lorsqu’elle a appris ce détail à son superbe amant, celui-ci n’a pas réagi tout de suite ; mais très rapidement, le plus odieux des plans s’est ourdi (toujours pour user du style Veillée des Chaumières dans son esprit). »
— Taisez-vous ! aboie le Vieux, si brusquement que mon dentier se décrocherait si j’avais le bonheur d’en porter un (on n’est jamais assez prothésé). Taisez-vous ! redit-il, une octave ou une gustave plus bas ! Vu, compris, pigé, plus un mot ! On se tait, Antonio ! On laisse parler son monsieur le directeur ! Il sait tout, son monsieur le directeur, à l’Antonio de mes fesses ! Maurer s’est servi de la Triumph pour aller kidnapper son beau-fils. Pardine ! Il savait à quelles heures le garage se trouvait sans surveillance, à quelle heure le bambin ici présent allait jouer dans le parc. Il connaissait la petite porte, le chemin creux, le reste ! Le gosse le suit sans difficulté, et pour cause : il l’appelle papa ! Moi, pourtant vieux finaud j’appelle un type papa, je le suis ! Logique.
Un temps.
— Vous ne suivriez pas un monsieur que vous appelez papa, vous ? Si ? Bravo ! Maurer embarque donc son mignon beau-fils. Vous comprenez ce que je vous explique là, San-Antonio ? Vous avez beau n’être qu’un subalterne, vous pouvez suivre, non ? Parfait ! Le vilain kidnappe ce chérubin et abandonne ensuite l’auto de Formide après y avoir glissé les vêtements de cet ange. Crime parfait ! Oh ! le sale salaud ! Des hommes pareils ! Jouer avec le cœur d’une malheureuse mère !
— Et après, monsieur le directeur ? questionné-je d’un ton angélique (Marquise des Anges).
Le vieux matamore semble pondu par sa rêverie hallucinante, il en sort comme un veau du ventre maternel, ahuri et visqueux.
— Quoi, après ?
— Qu’a-t-il fait de l’enfant ? Qu’en a-t-il fait pendant les deux années qui viennent de s’écouler ?
Le Dirlo, furax, met ses mains sur les hanches.
— Non, mais écoutez-moi ce grand pendard qui se paye la tête de son monsieur le directeur ! En pleine gauche au pouvoir ! Une tête qui ne tient encore aux épaules que parce que le fer du sabre était aiguisé au point de pouvoir fendre en deux une tige de muguet. Non, mais merde, mon garçon ! Et même merdre, comme dirait Jarry que tout le monde cite mais que personne ne lit. Futé, va ! Vous le savez, vous, où il a caché le gosse ?
— Oui, monsieur le directeur, puisque j’ai récupéré Julien.
— Très bien, donnez votre langue au chat et dites-le !
— En Belgique, monsieur le directeur, où Maurer possède une vieille maison de vacances qui lui vient de sa famille originaire d’Anvers (qui vaut l’endroit !).
— Et qui donc le gardait, ce petit moutard de mes fesses ?
— Au début, une vieille bonne flamande à demi gâteuse qui ne parlait pas français et ignora tout de l’affaire. Elle est décédée l’an dernier et alors c’est Mlle Courjus, la dévouée secrétaire-maîtresse de Maurer qui l’a remplacée. Belle histoire d’amour, patron. Cette fille stoïque, qui fut aimée un temps par son patron et qui, ayant cessé de l’être n’en resta pas moins fanatisée par celui-ci, au point de devenir sa complice. Elle quitta la société des Garages et se voua au petit Julien. De temps à autre, Maurer allait la relever pour qu’elle puisse faire des voyages à Paris. Marie-Marie qui est allée là-bas et a tout découvert, assure que le petit vivait dans le confort et que cette demoiselle Courjus l’entourait de soins vigilants, pas vrai, ma poule ?
— Cesse de m’appeler ma poule, surtout quand il y a du monde ! rebuffe-la Musaraigne.
— J’ai vu clair dans ce pot de ténèbres lorsque, l’autre jour, craignant que je renifle la vérité, Maurer a prétendu avoir à l’époque répondu à un chantage de Formide dans des circonstances identiques à celle dont usa le fou pour arracher du fric à la mère. Je sais reconnaître, à l’oreille, le cristal du verre blanc, monsieur le directeur, le mensonge de la fable. Ce type me bourrait la caisse. Partant, j’ai tout compris.
Le Vieux me tapote l’épaule.
— Vous avez parfaitement répondu à mes questions, l’ami. Je ferai quelque chose pour vous lorsque la droite reviendra. Maintenant, je vous révèle le mobile de ce rapt singulier ou vous essayez de le deviner tout seul ?
— Je vais tenter de trouver, réponds-je charitablement. Pour avoir vu un moment vivre le couple Maurer, je pense tout simplement, monsieur le directeur, qu’il s’agit, là encore, d’une histoire d’amour. Drame de la jalousie. La demoiselle Courjus est folle de Maurer, mais Maurer, lui, idolâtre son épouse ; les hommes sont pleins de folles contradictions. Il mourait de jalousie en voyant l’amour qu’elle portait à son enfant. Il a préféré la voir malheureuse que nageant dans la félicité maternelle. Je pense qu’il saura nous expliquer cela car il paraît intelligent, le bougre.
On carillonne à la grille. Je coule un coup de périscope par la fenêtre.
— Ah ! voilà la maman ! dis-je. J’espère que sa joie sera plus grande que sa peine.
Le Vieux regarde, bondit.
— Tudieu, mon ami, mais elle est ravissante, et même jolie, que dis-je : belle à crier. Attendez, je vais l’informer moi-même de ce grand bonheur indicible que je lui apporte. Vous, vous lui révélerez le crime odieux de son époux.
Il sort avec tant de précipitation qu’il en renverse sa chaise et ne la relève pas.
Là-dessus, le téléphone bouzigue et je vais décrocher.
Je reconnais l’organe affaibli et bêlard de Pinuche.