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Du bois dont on fait les pipes

Электронная книга - «Du bois dont on fait les pipes». Краткое содержание книги:

Si ma Félicie ne s'était pas mise à chialer devant son poste de télé, rien ne serait arrivé.
Mais moi, les larmes de m'man, je ne peux pas supporter.
Faut que j'agisse.
Seulement quand tu agis comme un con, tu fais des conneries, non ?
Note qu'avec moi, pour ce qui est des conneries, je ne te laisse jamais en manque.
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— Espace de sale petite merde ! hurlé-je. Je ne suis pas près de l’oublier, celle-là. Et la dame, elle est où la dame droguiste ?

— Ah ! oui, c’est vrai, elle est partie pendant qu’je regardais Bouvard, dit Antoine, perplexe.

A cet instant, un hurlement inhumain, un hurlement comme pas permis d’en pousser, comme impossible d’en entendre, mais pourtant il a été poussé et entendu, nous fissure les tympans.

On s’empresse. Ça vient de la salle de bains. On trouve quoi ? Qui ? Je te le donne en cent-quatre-vingt-quatorze-mille-huit-cent-trente-cinq.

Pinaud !

Déculotté !

Mais dans quel état !

Faut te dire, ou bien tu as compris ?

T’as compris ?

Eh bien oui, que veux-tu. Souffrant le martyre et voyant un bidet plein de liquide, il s’est assis dessus précipitamment.

Et alors, ses pauvres hémorroïdes… Tu te rends compte ? Traitées à l’acide sulfurique !

— Ça cautérise, assure Bérurier, tandis que l’agent Bambois se dévoue pour driver le bon Sherlock à l’hôpital le plus proche.

Et quel n’est pas, tout de suite ensuite, notre effroi de découvrir dans le bac à douche…

Ah ! tu es déjà au courant ? Bravo, les nouvelles vont vite.

FINAL MAGIQUE PAR TOUTE LA TROUPE

C’est Noël à la maison.

En plein mois de mai !

Mais un super-Noël : en l’occurrence, la Fête des Mères.

Et la mienne rayonne. Elle pleure doucement, intarissablement, à douces larmettes imperceptibles, claires comme de l’eau de roche et qui ne lui rougissent pas les yeux.

Elle pleure comme elle pleurait au début de ce livre, mais à l’envers.

Menu de roi.

De gala !

J’attends une visite.

Pourquoi tarde-t-elle ? La circulation ? Oui, ça se complique de jour en jour. Mais bientôt on sera en cartes, tous ; et ouf ! On aura droit à quatre heures de tuture par semaine, à prendre à moment fixe, sur itinéraire prévu. Plan de route, comme le plan de vol des zavions. La vie de demain, que dis-je : de tout à l’heure ! Existence à la carte. Perforée ! L’homme, perforé biologiquement, le devient socialement. Le trou a pris le pouvoir. Il règne sur la planète ! Trou ! Trou ! Lala itou ! On s’achemine. On est trop ! On s’entr’meurt ! On se prolonge grâce aux petits trous en attendant le tout grand trou final ! Nous descendrons aux cieux et serons assis à la droite du Trou !

Coup de sornette, ou de sonnette, en coulisse (trombone à). Maman confusionne déjà.

— Je vais lui ouvrir, dit-elle.

Marie-Marie chope le gosse par la main et quitte la pièce. Et puis ça grommeluche hors champ, et m’man revient, intimidée, déçue et inquiète, escortée du Vieux.

Lui, tu le verrais : inouï.

Vieil imper. Dessous : jean, veste de toile, polo. Il tient une gapette à la main ; pas la bâchouze irlandoche, style gentleman ridé (ou rider), mais de la casquette prolétaire, un peu polack de style.

Il se campe dans l’encadrement, théâtral. Méphisto en train de faire l’« S ». Œil bleu mais bourré de cloaque d’âme. Bouche serrée comme un coup de canif. Il darde.

— Salut, m’adresse-t-il sobrement.

Le ton est glaciaire, hostile.

Il mate la table de fête, endentellée et surchargée de victuailles délicates.

— On ne se laisse pas abattre, remarque-t-il.

— Non, monsieur le directeur : on fête.

— Vous fêtez quoi ? La fugue de Bruno Formide, toujours introuvable et qui en est à son cinquième meurtre ? Je vous accorde qu’il ne tue plus que des femmes, mais quand même, ce sont des êtres humains comme les autres, non ? Vous oseriez prétendre le contraire ?

— Non, monsieur le directeur.

— C’est heureux. Bon, d’accord, vous avez récupéré votre môme, mais le plus gros reste à faire. La presse s’en prend à moi. On me traite d’incapable. Moi, en plein régime socialiste ! Moi qui me maintiens avec tant de peine, par un prodige quotidien de diplomatie, en brandissant des dossiers brûlants de-ci, de-là, pour calmer le jeu. Vous avez vu comment je me fringue ? Et vous voulez savoir le pire ? Ma Rolls ! Bernique ! Je circule en Renault 5, mon ami. Ma Rolls roule devant moi, en douce, pilotée par mon vieux chauffeur anglais. J’en suis là : je n’en jouis plus que de l’extérieur. J’ai dû la mettre en société. Je la regarde, elle est si belle. De l’intérieur je ne m’en rendais pas compte. C’est un tout, il faut la contempler, aux prises avec la circulation. Tous ces paltoquets qui l’insultent, la souillent de crachats. Quand elle est à l’arrêt, certains la compissent. Bien sûr je les fais arrêter : « outrage à la pudeur sur la voie publique » ; mais je n’ai pas l’esprit de revanche. Posséder une telle merveille et se contenter de la regarder de loin, comme un vieillard paralysé regarde les évolutions d’une planche à voile ! O Dieu, n’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ? Et par-dessus le marché… Tenez, ça c’est Libération.

Il arrache un journal de sa poche et le jette sur la table.

— Ils ont eu l’audace de publier ma photo à côté de celle de Formide. Et les légendes, dites, l’ami, vous avez lu, les légendes ? Lisez ! Sous mon portrait : « Pas si flic que ça ! » Sous celui de Formide : « Pas si fou que ça ! » C’est devenu Fantomas, ce bonhomme.

« Voilà trois jours que ça dure ! Ma démission a déjà été évoquée par M. le ministre de l’Intérieur, le pauvre. Il sent monter la vague, comprenons-le. Et vous, à table ! Que vois-je : filets de sole au champagne. Et dans la cuisine, des profiteroles vous attendent, ainsi qu’une tarte au citron, ne dites pas le contraire, San-Antonio, ah ! surtout ne dites pas le contraire : je les ai vus, de mes yeux vus en passant.

— Monsieur le directeur, contre-attaqué-je, je tiens une grande nouvelle à votre disposition, qui risque de faire diversion et de vous valoir des lauriers en or massif.

Là, il se tait. Son œil désenglue, redevient limpide comme la mer des Caraïbes (selon ce que le gogo s’imagine). Il ôte son imperméable, le dépose sur un dossier et s’assoit devant une assiette.

— Servez-vous, monsieur le directeur, propose humblement ma mère.

Achille grogne et puise dans le plat de filets de soles.

— Je vous écoute, mon garçon ; alors, cette grande nouvelle ?

— Vous êtes bien assis ?

— Foin de ces préambules, parlez !

— J’ai solutionné l’affaire Maurer, monsieur le directeur.

Il mangeote une bouchée de poisson, la fait passer d’un coup de Meursault choisi, bien fraîchouillard.

— Qu’appelez-vous solutionné ? Elle l’était, non ?

— Non. Formide n’a jamais voulu endosser la paternité de ce meurtre, si je puis dire.

« En réalité, il n’est pour rien dans ce rapt. »

— Ah ! vraiment ?

— Je suis en mesure de le prouver.

— Et vous tenez le coupable ?

— Je tiens même beaucoup mieux que cela.

— C’est-à-dire ?

— Marie-Marie ! hélé-je à la cantonade.

La Musaraigne se pointe, toute fraîche et pure, et rosissante, tenant par la main un délicieux bambin blond.

— Voici le petit Julien Maurer, monsieur le directeur.

Alors là ! Alors là, Achille, pardon ! L’Odéon d’avant-guerre ! Debout, la main droite agrippant ses hardes au niveau de la poitrine, l’autre posée sur le dossier de sa chaise. Tu veux-t-il que je te dise ? Rouget de l’Isle testant son futur tube dans les salons de ce notable Alsaco.

— On rêve ! Se peut-ce ? Deux ans après ? Mon gamin, mon amour ! Viens dire bonjour à tonton Achille. Fait arrrh ! Donne un bisou ! Ce que tu as grandi ! Mais tu es un homme ! Et il me ressemble, non ? Ces yeux bleus…

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