Marie [calibre 2.41.0]
- Автор: Хальтер Марек
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Alexandriz
- Жанр: Другие
Электронная книга - «Marie [calibre 2.41.0]». Краткое содержание книги:
— Non, dit-elle avec effort. Abdias a besoin de moi. Il sait que je suis là et il a besoin de moi. Il puise ses forces dans mon cœur.
*
* *
Barabbas se réveilla alors que le soleil n’était pas encore bien haut. Il s’inquiéta aussitôt de savoir si Abdias avait repris conscience. La sage-femme secoua la tête et ne lui laissa pas le temps de poser d’autre question avant de le soigner. Quand elle en eut fini, lui contraignant la cuisse dans un épais bandage qui lui raidissait la jambe, il s’approcha de Miryem.
Elle n’eut pas même l’air de prendre garde à sa présence. D’un geste qui n’était jamais machinal, de temps à autre elle épongeait le front d’Abdias ou déposait quelques gouttes de breuvage sur ses lèvres. À d’autres moments elle lui caressait les mains, la joue ou la nuque. Ses lèvres bougeaient comme si elle prononçait des paroles que ni Rachel ni Mariamne, accroupies de l’autre côté de la couche, ne parvenaient à comprendre.
Tout à coup la voix de Barabbas s’éleva, sèche et rêche. Le visage tourné vers Miryem, comme s’il s’adressait à elle uniquement, il commença à raconter.
— Matthias, celui qui nous avait rejoints à Nazareth, chez Yossef, est venu un jour près de Gabara, où l’on se cachait des mercenaires. Il m’a demandé : «Jusqu’à quand tu comptes faire le rat ? Nous avons besoin de gens pour nous battre contre Hérode et lui faire beaucoup de mal. Tu as mille hommes prêts à te suivre. Moi, la moitié seulement, mais j’ai beaucoup d’armes. Surtout, je n’ai pas changé d’avis. Il faut se battre. Et s’il faut mourir, autant que ce soit en plantant un glaive dans la panse de ces porcs ! » Il avait raison et j’étais fatigué de me cacher. Et aussi de repenser sans cesse à tes reproches, Miryem. Peut-être bien que tu as raison et qu’il nous faut un nouveau roi. Mais il ne viendra pas juste parce que tu le souhaites. Alors, j’ai serré les mains de Matthias et j’ai dit oui. C’est ainsi que tout a commencé.
D’abord, la surprise avait été leur meilleure arme. Ils étaient assez nombreux pour organiser des attaques simultanément en plusieurs endroits. Sur un chemin, au passage d’une troupe, contre les campements et les petits forts dressés aux abords des villages… Les mercenaires d’Hérode, ne s’attendant pas à leurs assauts, se défendaient mal et fuyaient en laissant beaucoup de morts sur le terrain. Ou si, supérieurs en nombre, ils résistaient, Matthias et Barabbas sonnaient des retraites trop rapides pour que leurs ennemis soient capables de les poursuivre. Le plus souvent, il était facile de piller les réserves ou de les incendier.
Si bien qu’en peu de mois l’inquiétude avait commencé à ronger les troupes d’Hérode. Les mercenaires craignirent de se déplacer en petit nombre. Plus aucun campement de Galilée n’était assez sûr pour eux. Les vols et les incendies des dépôts désorganisaient l’intendance des légions. Les officiers romains si pleins de morgue qui commandaient les places fortes manifestèrent eux-mêmes de l’inquiétude.
— Mais chez Hérode, la folie règne. Les Romains le redoutent et n’osent lui dire la vérité, reprit Barabbas. Dans les palais, plus personne ne sait faire la différence entre une vérité et un mensonge. Tout s’est passé exactement comme je l’avais prévu. Il n’y avait pas de meilleur moment pour la révolte.
Chaque jour, des hommes venaient les rejoindre pour se battre à leur côté. Dans les villages de Galilée et du nord de la Samarie, on les accueillait à bras ouverts. Les paysans ne se faisaient pas prier pour leur donner de la nourriture et, au besoin, les cacher. En retour, lorsque les coups contre le tyran et ses suppôts rapportaient un butin suffisant, c’était avec joie qu’il était partagé entre tous, combattants et villageois.
Encouragés par leur force nouvelle, Barabbas et Matthias avait décidé de porter leurs attaques de plus en plus loin, hors de Galilée. Jamais de grandes batailles, mais des combats rapides, meurtriers. D’abord en Samarie, puis dans le port de Dora, en pays phénicien, où ils avaient capturé une belle cargaison d’armes forgées de l’autre côté de la mer. Ils en avaient profité pour libérer un millier d’esclaves. Des Barbares du Nord, dont certains étaient demeurés avec eux. Ils attaquèrent Sichem et Acrabéta, aux portes de la Judée, narguant les fils survivants d’Hérode réfugiés dans la forteresse d’Alexandrion.
— Ceux-là, nous n’avons pas eu besoin de les combattre puisque Hérode, à la dernière lune, les a assassinés lui-même !
Après chaque victoire, l’enthousiasme grandissait dans les villages.
— Même les rabbins ont cessé de nous dénigrer dans les synagogues, ajouta Barabbas d’une voix blanche. Et quand on entrait dans des bourgs non surveillés par les mercenaires, les habitants nous accueillaient en chantant et en dansant. C’est peut-être ça qui nous a joué un sale tour.
Il parlait et parlait, comme s’il lui fallait nettoyer son esprit de ce qu’il avait vécu d’intense et d’extraordinaire au cours des derniers mois. Miryem cependant ne détournait pas son regard d’Abdias. Elle ne montrait aucun signe qu’elle écoutait alors que, le visage levé vers Barabbas, Rachel et Mariamne ne perdaient pas une de ses paroles.
Il désigna Abdias d’un geste douloureux, presque caressant.
— À lui aussi, ça lui plaisait. Il a toujours aimé se battre. Dans les mêlées, quand on en est à se cogner les uns contre les autres, la lame à la main, que ça taille et gueule à tout va, il est à son aise. Il tire avantage de sa petitesse. De son apparence d’enfant. Mais faut pas s’y fier. Il est plus malin qu’un singe et plus courageux que nous tous. Oui, ça, il aime se battre. Il prend sa revanche…
Barabbas se tut. Suivit en silence la main de Miryem qui caressait le bras d’Abdias, humectait ses tempes. Il secoua la tête.
— L’idée de revenir en Galilée pour attaquer la forteresse de Tarichée, c’est la sienne. Il voulait accomplir un exploit. Non par orgueil, mais pour démontrer enfin à tous que les légionnaires de Rome comme les mercenaires d’Hérode étaient à notre merci. Même là où ils se croyaient les plus forts.
« Il fallait trouver un lieu réputé invincible. On avait songé aux forteresses de Jérusalem ou de Césarée. Mais Abdias m’a dit : « C’est Tarichée que nous pouvons prendre. On l’a déjà presque fait. »
C’était vrai. L’attaque durant laquelle ils avaient délivré Joachim avait exposé les faiblesses de la forteresse. Les Romains étaient trop bêtes et trop sûrs d’eux-mêmes pour les avoir corrigées. Stupidement, ils avaient reconstruit les baraques du marché et les bâtiments en bois qui entouraient les murs de pierre. Comme la première fois, il s’agissait d’y mettre le feu.
Mais cette fois, au lieu de profiter de la confusion engendrée par l’incendie pour fuir, ils forceraient les portes. Ils pensaient avoir assez d’hommes pour investir l’endroit.
En outre, Barabbas et Matthias ne doutaient pas que, une fois les combats engagés et devant le fléchissement des mercenaires et des légionnaires, les gens de Tarichée prendraient les masses, les faux, les haches pour se battre à leur tour.
— La seule difficulté, poursuivit Barabbas, c’était de ne pas éveiller la suspicion des espions d’Hérode. On ne pouvait se trouver à plus de mille dans la ville du jour au lendemain.
Les deux bandes s’étaient donc disséminées en petits groupes de trois ou quatre. Déguisés en marchands, paysans, artisans et même en mendiants, les rebelles avaient trouvé refuge dans les hameaux des collines, dans les villages de pêcheurs entre Tarichée et Magdala. Cela prit du temps : presque un mois entier.
— Bien sûr, certains ont deviné, soupira Barabbas. Mais nous pensions…
Il eut un geste las.
Qui s’était laissé soudoyer ? Un traître de la bande de Matthias ou de la sienne ? Un pêcheur ? Un paysan trop craintif ou un infâme qui voulait gagner quelques deniers au prix du sang ?