Marie [calibre 2.41.0]
- Автор: Хальтер Марек
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Alexandriz
- Жанр: Другие
Электронная книга - «Marie [calibre 2.41.0]». Краткое содержание книги:
« Encore une nuit et il annonce qu’il veut partir. Je proteste : Tu n’as pas assez de force ! Il m’offre pour la première fois depuis longtemps un regard de tendresse : Que sait une mère de la force de son fils ? Nicodème lui dit : Tu n’es pas en sûreté dans ce pays. On te cherchera. Ne te montre plus au peuple. Ta parole te survivra. Tes disciples la sèmeront. Joseph d’Arimathie lui dit : Attends quelques jours, mes frères de Beth Zabdaï te conduiront à notre maison près de Damas. Tu y seras en sécurité.
« Il n’écoute pas. Il s’en va en annonçant : Je retourne d’où je viens. Ce chemin, je le ferai seul. Joseph d’Arimathie et moi, nous comprenons qu’il veut faire le chemin jusqu’en Galilée. On se récrie encore. Rien n’y fait. Yechoua s’en va.
« Quand on ne le voit plus, qu’il nous repousse d’un signe de main, nous retournons à la maison de Nicodème.
« Mariamne ma sœur de cœur voit ma détresse. Elle questionne. J’ai honte du secret qui m’a fermé la bouche. Je lui avoue : Yechoua est vivant. Joseph d’Arimathie l’a sauvé de la croix. J’ai fait ce que j’ai dit. La grotte n’était pas son tombeau. Mariamne crie : Maintenant, où est-il ? Sur la route de Galilée. Sur la route de Damas. Elle court pour le rattraper. Je sais qu’elle, il ne l’a pas repoussée.
« Barabbas nous rejoint à la maison de Nicodème. Il nous apprend les rumeurs de la ville. Une femme a découvert la grotte ouverte, la pierre de l’entrée roulée. La foule vient voir. On crie au miracle. On clame : Yechoua était bien celui qu’il disait. Les prêtres du sanhédrin vont sur le parvis du Temple. Ils disent : Les démons ont roulé la pierre qui fermait le tombeau du Nazaréen. Ils ont emporté son corps pour nourrir les enfers !
« Il y a des bagarres. Barabbas prédit : Ils ne se battront pas longtemps. Pilatus a fait savoir que les disciples de Yechoua iront sur la croix. Demain, ils seront doux comme des agneaux.
« Claudia la Romaine approuve : Jamais je n’ai vu mon époux avoir si peur. Si je vais près de lui aujourd’hui, il ne me reconnaîtra pas et me jettera dans ses geôles.
« Barabbas a eu raison. Trois mois se sont écoulés, déjà les disciples qui entouraient mon fils au premier jour se sont débandés. Il n’est que Jean qui demeure près de moi. Les autres pèchent dans le lac de Génézareth. Pour apaiser leur conscience, certains disent que je suis folle.
« Dans Jérusalem, le sanhédrin enseigne que Yechoua n’est jamais né comme il est né. On dit : Sa mère Miryem de Nazareth est une folle qui a couché avec les démons. Elle n’a pas voulu qu’on le sache. Elle a inventé et masqué la naissance de son fils.
« Vous, mes sœurs qui suivez à présent l’enseignement de Mariamne, vous dites : Si Miryem n’avait pas fait ce qu’elle a fait, Yechoua serait grand aujourd’hui. On ne l’oublierait pas. Vous dites : Miryem sa mère a refusé la mort de son fils, mais le Tout-Puissant voulait sa mort pour en faire la colère de la révolte. Désormais, rien n’adviendra plus.
« Moi, je réponds : Vous vous trompez. Le Tout-Puissant ne se préoccupe pas de notre révolte mais de notre foi. La révolte, elle, est entre nos mains aussi longtemps que nous soutenons la vie contre la mort et la lumière contre les ténèbres. J’ai voulu que mon fils Yechoua demeure vivant tant que rien n’est accompli de ce qui l’a fait naître. Rome est toujours dans Jérusalem, l’injustice règne sur Israël, les puissants massacrent les faibles, les hommes méprisent les femmes…
« Vous dites : Yechoua est vivant aujourd’hui. Mais nul ne se soucie de l’entendre, sinon les trois disciples qui lui restent. Vous dites : Sur la croix, il faisait honte et la vengeance pouvait naître de sa souffrance.
« Je réponds : La vengeance ne vaut pas plus que la mort. Laissez-la à l’Éternel Tout-Puissant, Maître de l’univers. C’est une parole de Yechoua. Qu’on fasse mon procès, car j’ai commis la faute de l’impatience à Cana. Dieu est courroucé. Je n’ai pas laissé mon fils mourir. Dieu est courroucé. Mais comment le Tout-Puissant, Dieu de miséricorde, peut-Il être courroucé de voir Yechoua en vie ? Comment pourrait-Il choisir la souffrance et la malédiction au lieu de la joie et la bénédiction ? Comment peut-Il vouloir que demain ne soit qu’une ombre où règnent l’humiliation et la haine des uns pour les autres ? Que l’Eternel Seigneur pardonne la fierté d’une mère. Celle qui a donné naissance à Yechoua, celle qui l’a révélé au monde et l’a gardé en vie. Pour toujours. Amen.
« Voilà la parole de Miryem de Nazareth, fille de Joachim et Hannah, Marie selon le nom de Rome. »
Des mois plus tard, je revins à Varsovie. Je me retrouvai devant la porte de l’appartement délabré, rue Kanonia, dans la vieille ville. Me reconnaissant, Maria comprit immédiatement pourquoi j’étais là.
Elle n’eut pas besoin de me poser de question. Son sourire et son regard étaient éloquents. Elle me parut plus fatiguée. Mais la lumière dans le clair de ses yeux était aussi fraîche, aussi éternelle que dans ceux d’une enfant.
— J’ai fait traduire le texte et je l’ai lu, dis-je.
Elle approuva d’un signe de tête en accentuant son sourire.
— Et vous, l’avez-vous lu ? En avez-vous une traduction ?
— Abraham Prochownik me l’a raconté.
— S’il n’est pas mort sur la croix, demandai-je, comment est-il mort ?
Elle haussa les épaules, agacée d’avoir à prononcer cette évidence.
— Vous parlez de qui ? De mon Jésus ? De mon Yechoua à moi ? Je vous l’ai dit… à Auschwitz.
FIN
[1] A cet emplacement du rouleau, manque un fragment du texte : la macule de l’humidité a engendré une déchirure.
[2]Ici, une déchirure supprime trois lignes de texte en biais, épargnant, sur le côté gauche du rouleau, quelques mots qui ne permettent pas à eux seuls une reconstitution fiable.
[3]Cette partie du rouleau est fortement détériorée, sans doute pour avoir été manipulée plus que les autres. L’humidité et l’usure rendent illisibles une vingtaine de lignes. Ensuite, sur autant de longueur, seuls quelques fragments sont déchiffrables.
[4]Ici, le rouleau a été déchiré, peut-être volontairement. La partie manquante est importante et les deux bords déchirés sont retenus ensemble par une couture de fil de soie rouge.