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Le grand silence [The Alien Years - fr]

Электронная книга - «Le grand silence [The Alien Years - fr]». Краткое содержание книги:

Cette fois, ce n’est plus du cinéma ! Surgis de nulle part, les extraterrestres ont débarqué sur la Terre pour s’installer dans les principales métropoles du globe : Los Angeles, New York, Londres, Prague, Paris…
Indiciblement beaux ou incroyablement hideux – les avis sont partagés sur les géants d’outre-espace –, refusant toute communication depuis les enclaves impénétrables où ils se sont enfermés, ils dirigent la planète selon des voies mystérieuses par l’intermédiaire de collaborateurs humains télépathiquement asservis. Communications, gouvernements et systèmes bancaires disparaissent, plongeant le monde dans le chaos. Coupures d’électricité à grande échelle, pandémies, déportations et exécutions massives sanctionnent les tentatives de rébellion. Les Entités, comme on les appelle, sont venues, Elles ont vu, Elles ont vaincu. Mais pas sur toute la ligne… En Californie du Sud, le vieux colonel Carmichael prêche la Résistance au milieu de son clan rassemblé dans les collines de Santa Barbara. Ex-hippie ou ex-militaire, escroc repenti ou musulman mystique, professeurs d’université ou informaticiens de haute volée, au fil des générations, la pittoresque tribu Carmichael va unir ses compétences pour bouter l’envahisseur hors de la Terre…
A la fois étrange et familière, une chronique de cinquante ans d’occupation extraterrestre qui atteint à l’ampleur d’Autant en emporte le vent.
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Doug Gannett qui, en fin de compte, ne dormait pas, intervint alors. « C’est vrai. J’ai eu des infos par un bidouilleur de Cleve-land. Les gens sont en train de se massacrer en long, en large et en travers pour avoir de quoi manger et un coin pour s’abriter. En plus, là-bas, il fait moins cinq, il neige un jour sur trois et les citoyens crèvent de froid par milliers dans les bois. Mais qu’est-ce qu’on peut y faire, nous, hein ? C’est pas notre problème. Alors, franchement, je comprends pas pourquoi vous nous ramenez ça maintenant, colonel Carmichael, tous ces trucs déprimants juste après un bon gueuleton », conclut Doug, dont la voix devenait dubitative, morose et quelque peu agressive.

Les commissures des lèvres du Colonel se plissèrent imperceptiblement, réaction dont Anse savait qu’elle était la manifestation extérieure d’une désapprobation intérieure cinglante qui confinait au dégoût. Le vieil homme n’avait jamais très bien pu dissimuler le dédain, voire le mépris qu’il ressentait envers son gendre, personnage négligé et brouillon qu’on disait expert en programmation mais qui n’avait jamais démontré sa valeur aux yeux du Colonel. En plus, au bout de treize ans, Doug n’avait pas encore réussi à appeler son beau-père autrement que « colonel Carmichael ».

« Et si les Entités faisaient la même chose à Los Angeles ? dit le Colonel. Donner à tout le monde – de Santa Monica à Pasadena dans le sens ouest-est, de Mulholland Drive à Palos Verdes et Long Beach dans le sens nord-sud – disons deux jours pour déguerpir, et interdire ensuite toutes les autoroutes et couper totalement la ville des comtés environnants. »

Il y eut des hoquets de surprise, des exclamations d’incrédulité. « Tu as des informations qui portent à croire que ça va bientôt arriver, p’pa ?

— À vrai dire, non. Sinon j’aurais abordé le sujet depuis longtemps. Mais il n’y pas de raison que ça ne se produise pas… dans un mois, dans une semaine, demain. Elles ont déjà commencé, vous savez. Ai-je besoin de vous rappeler que l’autoroute 101 est barrée depuis six mois par des murs de béton au niveau de Thou-sand Oaks, et cela dans les deux sens ? Supposez qu’Elles décident de faire ça partout ailleurs. Imaginez un peu ce que ça serait : une formidable migration chaotique de réfugiés… chacun pour soi et au diable les conséquences ! Un million de gens partent à l’ouest vers Malibu et Topanga, un autre million pénètrent dans Van Nuys et Sherman Oaks, et tous les autres mettent le cap sur Orange County. Sur Costa Mesa, Anse et Carole. Sur Newport Beach, Rosalie et Doug. Sur Huntington Beach. Et même plein sud jusqu’à La Jolla, Ronnie. À quoi ça va ressembler ? Vous n’avez pas oublié les Troubles, n’est-ce pas ? Ce sera dix fois pire.

— Qu’est-ce que tu essaies de nous dire, p’pa ? demanda Anse.

— Que je vois une catastrophe du style de celle de New York en train de se préparer pour Los Angeles, et que vous devez tous emménager ici, au ranch, avant que ça arrive. »

Anse ne les avait jamais vus aussi interloqués. Ce n’étaient que bouches bées, yeux écarquillés, regards stupéfaits, murmures étonnés.

Le Colonel n’en avait cure. Sa voix se fit plus ferme et plus forte que jamais.

« Écoutez-moi. Nous avons de l’espace à revendre ici, et il y a des dépendances qu’on peut facilement convertir en appartements supplémentaires. Nous possédons notre propre puits. Avec un peu d’huile de coude, nous pouvons nous rendre autonomes du point de vue de la nourriture : nous pouvons cultiver n’importe quoi, sauf les espèces vraiment tropicales, et il n’y a pas de raison que toute cette bonne terre soit intégralement livrée aux amandiers et aux noyers. En outre, ici, au flanc de la montagne, nous occupons une position stratégique, facile à fortifier et à défendre. Nous…

— Attends, p’pa. S’il te plaît.

— Une minute, Anse. Je n’ai pas terminé.

— S’il te plaît. Laisse-moi dire quelque chose d’abord. » Anse n’attendit pas d’avoir la permission de s’exprimer. « Tu nous demandes sérieusement d’abandonner nos maisons, nos carrières, nos fies ?

— Quelles carrières ? Quelles vies ? dit le Colonel d’un ton brusquement tranchant. Depuis les Troubles, vous avez tous improvisé en permanence. Il n’y en a pas un parmi vous qui ait encore le boulot qui était le sien avant l’arrivée des Entités. Ou qui mène le reste de sa vie quotidienne plus ou moins de la même manière qu’autrefois. Alors, ce n’est pas comme si vous vous accrochiez à des habitudes agréables et bien établies. Et vos maisons ? Vos jolies maisons dans la périphérie résidentielle, Anse, Rosalie, Paul, Helena ? Quand toute la population du centre de Los Angeles va déferler par chez vous pour chercher un endroit où dormir et que tout le monde sera en colère parce que leur quartier a été bouclé et pas le vôtre, que vont devenir vos mignonnes petites banlieues ? Non, non et non. Ce qui nous attend va être infiniment pire que tout ce qui s’est produit pendant les Troubles. Ça va être comme un séisme de magnitude 9 sur l’échelle de Richter, je vous préviens. Je veux que vous soyez ici, où vous serez à l’abri quand ça arrivera. »

Helena, qui était devenue veuve à vingt-deux ans dans la fureur des Troubles et n’avait pas encore commencé à s’habituer à son deuil, se mit alors à sangloter. Rosalie et Doug échangeaient des regards consternés. Steve, leur rejeton joufflu, avait l’air traumatisé, à croire qu’il voulait s’aplatir sous la table. Les seuls qui semblaient totalement calmes étaient Peggy Gabrielson, qui savait sûrement à l’avance de quoi le Colonel allait parler, et Ronnie, dont le visage affichait un masque neutre et impénétrable de joueur de poker.

Anse se tourna vers sa femme, visiblement affolée. Carole se pencha vers lui et chuchota : « II délire complètement, non ? Il faut que tu fasses quelque chose, Anse. Essaie de le calmer.

— Il est très calme, j’en ai peur. C’est ça le problème. » Paul Carmichael, un bras tendrement passé autour des épaules de sa sœur, lâcha, avec son aplomb habituel : « Je ne doute pas, oncle Anson, que nous serons mieux ici, sur cette montagne, si ce qui s’est passé à New York se reproduit à Los Angeles. Mais quelles sont au juste les chances que cela arrive ? Les Entités pouvaient fermer New York rien qu’en coupant une demi-douzaine de grandes voies de communication. Isoler totalement Los Angeles serait beaucoup plus compliqué. »

Le Colonel opina du chef et s’humecta les lèvres d’un air pensif.

« Plus compliqué, certes. Mais Elles le pourraient si Elles le voulaient. Je ne sais pas si Elles en ont l’intention ; personne ne le sait. Laissez-moi quand même vous communiquer une information supplémentaire susceptible d’affecter votre décision. Ou du moins vous en communiquer une partie. »

C’était trop énigmatique. Froncements de sourcils à la ronde.

« Comme je vous l’ai dit, je suis plus actif dans la Résistance que j’ai bien voulu l’admettre devant vous, et il se trouve donc que j’ai accès à une bonne partie des informations qui circulent dans la clandestinité. Je n’ai pas l’intention de vous communiquer des détails confidentiels, c’est évident. Ce que je peux vous confier, en revanche, c’est que certaines factions au sein de la Résistance envisagent une tentative très sérieuse de frappe militaire contre une enclave des Entités juste après le Nouvel An. C’est une idée irréfléchie, stupide et très dangereuse, et je prie le Seigneur qu’elle ne soit jamais mise à exécution. Mais si elle l’est, ce sera sûrement un échec ; les Entités ne manqueront pas d’exercer de sévères représailles et nous n’aurons plus qu’à recommander nos âmes à Dieu. Il en résultera un chaos inconcevable et, où que vous soyez à ce moment-là, vous regretterez de n’avoir pas accepté ma proposition de vous installer ici. C’est tout ce que vais dire. Pour le reste, à vous de voir. »

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