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Prisonniers de la grande forêt

Электронная книга - «Prisonniers de la grande forêt». Краткое содержание книги:

La famille d'Anya immigre de l'Ukraine pour prendre un nouveau départ au Canada. Mais juste après avoir aménagé dans un appartement minuscule à Montréal, la Première Guerre mondiale éclate. L'Ukraine étant annexée à l'Autriche, qui est maintenant en guerre contre le Commonwealth, plusieurs Ukrainiens sont déclarés « sujets de pays ennemis » et sont envoyés dans des camps d'internement. C'est ainsi qu'Anya et sa famille se retrouvent dans le camp de Spirit Lake, un endroit éloigné dans le nord du Québec. Les conditions sont dures, mais au moins, la famille d'Anya n'est pas séparée et malgré les clôtures barbelées qui l'entourent, la jeune fille arrive à se faire des amis et à semer la joie autour d'elle. L'auteure Marsha Skrypuch, dont le grand-père a vécu l'internement des Ukrainiens en Alberta, s'est rendue à Spirit Lake, au Québec, afin d'effectuer ses recherches pour écrire ce roman. Elle s'est inspirée de l'histoire de Mary Manko, une petite fille de six ans, qui a dû quitter Montréal avec sa famille pour être internées à Spirit Lake. Mary Manko est décédée en juillet 2007 à l'âge de 98 ans. Elle était la dernière survivante connue des camps d'internement ukrainiens au Canada.
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Chaque fois que je touche cette veste de cuir fin, je repense à mes chères amies. Et quand je la mets sous mon nez, il s’en dégage un parfum de fumée et de baies sauvages. Je ne reverrai plus jamais mes amies pikogan, mais elles seront toujours avec moi.

Vendredi 21 juillet 1916, tôt le matin

(chaud et humide)

Nous quittons enfin le camp d’internement de Spirit Lake! Par la fenêtre du train, je peux voir des mouches noires et des moustiques, mais ceux qui étaient à l’intérieur sont tous morts écrasés, à l’heure qu’il est. Même si les fenêtres sont ouvertes, les insectes ne peuvent plus entrer, car nous roulons trop vite.

Je suis assise à côté de Stefan. Mama et Tato sont en face de nous. Baba est assise avec une autre vieille femme, et elles sont en grande conversation. Je ne sais pas où se trouve Mykola. Il était assis avec Slava, mais il a disparu au bout du couloir.

J’ai failli oublier : Stefan dit que les perles allongées de ma veste sont des piquants de porc-épic. Incroyable!

Plus tard

Nous sommes toujours à bord d’un train, en direction du sud, vers Montréal. Stefan est appuyé contre la fenêtre et il dort profondément. Je crois que la moitié des passagers sont endormis ou essaient de dormir. Je dois m’arrêter ici, cher journal, car c’est ta dernière page. Je tiens à ce que tu saches que je vais bien et que je suis heureuse, avec ma famille. Et aussi avec Stefan.

Épilogue

Une fois revenus à Montréal, les Soloniuk avaient toujours très peu d’argent. Ils ont donc partagé un logement avec la famille de Stefan pendant six mois. Slava a emménagé avec eux. Durant cette période, les liens d’amitié entre Anya et Stefan se sont resserrés, malgré les sautes d’humeur qu’avait parfois Stefan quand il ressassait ses mauvais souvenirs du camp d’internement. Anya faisait de son mieux pour le réconforter et, la plupart du temps, réussissait assez bien. Quand leurs deux familles ont enfin eu les moyens de louer chacune son logement, Anya n’était pas tout à fait heureuse, car elle se rendait compte à quel point Stefan lui était devenu cher. Stefan et elle se voyaient quand même tous les jours. Slava a continué d’habiter avec la famille d’Anya. Elle est devenue, en tous points, la fille cadette de la famille Soloniuk, même si elle a gardé son nom.

Anya et Mary ont été accueillies à bras ouverts, à la fabrique de vêtements. Anya craignait qu’on la traite avec hostilité, mais le contremaître a eu tant de mal à recruter des ouvrières canadiennes de naissance qu’il en est arrivé à augmenter le salaire des deux amies. Quand Anya a suggéré qu’il engage aussi Slava, il n’a pas hésité une seule seconde à le faire.

Anya était de nouveau à la machine à boutonnières. Elle faisait bien son travail, mais elle ne l’aimait pas. Un jour, elle a pris son courage à deux mains et a demandé au contremaître de lui donner un autre travail. Réticent au départ, il a finalement accepté. Il a promu Anya au rang de « formatrice » : au lieu de faire elle-même des boutonnières, elle apprenait le travail aux nouvelles recrues. Puis elle a appris à d’autres nouvelles à poser les fermetures éclair. Ce travail était beaucoup moins dur pour les mains d’Anya, et il payait mieux, aussi.

Au fil des années, Anya a obtenu d’autres promotions, mais, malgré ses responsabilités accrues et la diversité de ses tâches, elle n’aimait toujours pas son travail. Elle rêvait de retourner à l’école, mais n’avait pas les moyens d’arrêter de travailler.

En 1919, Anya a pris une grande décision. Elle allait continuer à travailler, mais s’inscrirait à l’école du soir afin d’obtenir son diplôme d’études secondaires. Son cours préféré était la littérature anglaise, mais à sa grande surprise, elle obtenait les meilleures notes en français et en latin. Elle adorait apprendre, mais cela voulait dire qu’elle voyait Stefan moins souvent.

Stefan aussi avait moins de temps pour Anya, durant ces premières années. Son premier emploi après sa sortie du camp d’internement a été à l’usine, où il travaillait avec son père et celui d’Anya. Mais il détestait cet emploi et l’a quitté au bout d’une semaine. Au début, il s’est remis à vendre des journaux, puis a vendu des parapluies, des éventails et toutes sortes objets. Au bout d’un an ou deux, il avait si bien réussi qu’il a pu recruter des vendeurs qui travailleraient pour lui pendant que lui-même s’occuperait de trouver d’autres articles intéressants à vendre.

Baba a vécu jusqu’à un âge avancé, malgré sa jambe qui continuait de lui causer des ennuis. Quand les Soloniuk ont pu louer leur propre logement, ils ont fait en sorte qu’il se trouve au rez-de-chaussée afin que Baba n’ait plus à grimper des marches. Elle a contribué au revenu de la famille en faisant des lessives. Elle s’est aussi occupée de tout ce qui touchait à la cuisine et au ménage pour toute la famille. Le seul problème pour elle qui restait ainsi à la maison, à s’occuper de toutes les tâches ménagères, c’est qu’elle n’a jamais appris ni l’anglais ni le français. Lorsqu’elle sortait, c’était pour se rendre à l’église ukrainienne, aux bureaux de l’Association ukrainienne et au marché. Jusqu’à sa mort, elle n’a pu apprendre que quelques mots ou expressions en anglais ou en français

Mme Haggarty a tenu sa promesse et a réembauché Mama. Celle-ci a reçu une petite augmentation de salaire et, de temps à autre, Mme Haggarty ramenait Mama chez elle, dans son automobile! La première fois, Mama, verte de peur, n’a pas lâché la poignée de la porte de tout le trajet. Mais au bout de quelque temps, elle s’est mise à apprécier la promenade. Elle aimait beaucoup voir les regards étonnés des badauds, devant l’automobile.

Le père d’Anya revenait souvent de l’usine épuisé et trempé de sueur, mais toujours avec le sourire aux lèvres. Un jour, son contremaître l’a fait venir dans son bureau et lui a suggéré de changer de nom. « Si vous vous appeliez Georges Sloan au lieu de Yurij Soloniuk, je pourrais vous faire nommer gérant », lui a-t-il dit. « Non, je ne serai jamais Georges Sloan », a rétorqué le père d’Anya. Il a raconté cette histoire un soir, au souper, comme si elle était très drôle, mais personne d’autre ne riait. « Ce n’est pas juste! » s’est exclamée Anya, les yeux brillants de colère. « La vie n’est pas juste, a répliqué son père en lui serrant doucement la main. Mais tout finit toujours par s’arranger. »

Ce n’est pas exactement ce qui est arrivé. C’est Howard Smythe qui est devenu gérant. Au bout d’un an environ, les ouvriers ont fait la grève, et M. Soloniuk a été nommé représentant syndical. Howard Smythe a si mal géré l’affaire qu’une émeute a failli éclater à l’usine. Il a été congédié. Le père d’Anya a résolu le problème de la grève avec tact et patience, en s’assurant que les ouvriers obtiendraient une légère augmentation, mais surtout, la sécurité d’emploi. Il a aussi réussi à convaincre la direction que cette sécurité d’emploi était en même temps une sécurité pour l’usine même. Le chef a été tellement impressionné qu’il a offert à M. Solonyuk le poste d’Howard Smythe. Le père d’Anya a accepté, en se disant qu’il valait mieux avoir un syndicaliste comme lui au poste de gérant. Au bout du compte, tout a bel et bien fini par s’arranger, et il n’a même pas eu besoin de changer de nom.

Mykola a été le moins marqué par le camp d’internement. Il était très doué à l’école et il a terminé ses études secondaires avec les meilleures notes en mathématiques et en sciences. Puis il est parti étudier à l’Université de Toronto. Au bout de quatre ans, Mykola a obtenu son diplôme d’ingénieur, ce qui a fait de lui la première personne de toute la famille à avoir un diplôme universitaire.

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