D'ombre et de silence
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2017
- Язык: французский
- Год: Éditions Belfond
- ISBN: 978-2714478467
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «D'ombre et de silence». Краткое содержание книги:
C'est en cela que la nouvelle est un genre littéraire exigeant, difficile et passionnant. »
Karine Giebel
Si ça ne vous plaît pas, allez voir ailleurs.
Alors, Virginie s’était accrochée. Se disant qu’elle était assez forte pour encaisser, supporter, affronter. Se disant qu’elle n’avait guère le choix.
Mais les gestes déplacés s’étaient transformés en avances. En harcèlement quotidien. En propositions indécentes. Jusqu’à ce soir, Virginie avait repoussé ses assauts, esquivé ses demandes. Elle n’aurait jamais cru qu’il franchirait la limite. Qu’il se transformerait en violeur. Elle n’aurait jamais cru que ça lui arriverait, à elle.
Assise dans sa cuisine, Virginie se souvient de la joie qu’elle avait ressentie. De la fierté aussi. Elle avait décroché un boulot correctement payé, avait sauvé sa famille, l’avait sortie d’une spirale infernale.
Cette nuit, c’est un profond dégoût qu’elle ressent. Une haine sans limites. Elle hait l’autre, elle se hait. Parce qu’elle n’a pas su empêcher que ça arrive. N’a pas su se défendre quand c’est arrivé.
Virginie a honte. Tellement honte.
Il est presque 3 heures du matin quand Jonas la rejoint.
— Tu vas mieux ?
— Oui, mon chéri. Va te recoucher…
— Ton boss t’a encore emmerdée, c’est ça ?
— C’est ça, murmure sa mère.
— Qu’est-ce qu’il t’a fait ?
— Rien de grave, ne t’inquiète pas.
Jonas attrape une canette de soda dans le frigo, la vide en fixant sa mère. Puis il la balance dans la poubelle.
— Pourquoi t’as jeté tes fringues ?
— Je… J’ai glissé, à cause de la pluie. Ma jupe était foutue…
Son fils la regarde bizarrement. Presque méchamment. Puis il quitte la cuisine sans un mot.
Vendredi matin
Virginie est face au musée. Qui, bientôt, ouvrira ses portes au public. Déjà, une file d’attente se forme, car aujourd’hui débute l’exposition consacrée à Degas. Des toiles venues de musées du monde entier et réunies pour la première fois dans un seul et même lieu. Il est presque 10 heures, Virginie est en retard. Mais elle ne parvient pas à trouver la force de franchir cette porte. De monter au troisième étage, de pénétrer dans son bureau qui jouxte celui de Charmant. De voir son visage, ses mains, son sourire. De sentir son parfum.
Non, elle n’aura pas le courage.
T’auras plus rien ! Rien du tout, t’as compris ?
Soudain, son portable sonne. Appel masqué. Virginie hésite avant de décrocher. Lorsqu’elle entend la voix de son agresseur, son cœur s’arrête.
— Bonjour, Virginie… Qu’est-ce que vous faites, assise sur ce muret ?
Virginie a cessé de respirer. Ses yeux grimpent sur la façade du bâtiment et elle l’aperçoit, posté derrière la fenêtre. Il sourit, elle en est sûre.
— Vous comptez rester là toute la journée ? Montez, nous avons à parler, je crois…
Virginie refuse d’un signe de tête.
— Si, nous devons parler, je vous assure. Si vous voulez garder votre emploi, je vous conseille de rejoindre votre poste, tout de suite. Pensez à vos enfants, madame Leroy…
Il raccroche, continue à la fixer au travers de la vitre. Virginie s’enfuit en courant. Son portable sonne à nouveau, elle court, de plus en plus vite, comme s’il la poursuivait. Comme s’il allait à nouveau se jeter sur elle.
Virginie s’arrête quand elle n’arrive plus à respirer. Pliée en deux, elle s’accroche à un lampadaire sous le regard inquisiteur des passants. Puis elle s’écroule sur le trottoir.
Ça va, madame ? Vous avez besoin d’aide ?
Dimanche après-midi
— Maman, tu m’aides ?
Virginie lève la tête et aperçoit sa fille postée devant elle, un cahier à la main. Son cahier de français, plus précisément.
— Je suis fatiguée, soupire Virginie. Demande à Jonas de t’aider…
— Mais maman, il est pas là, Jonas. Il est parti hier soir avec le club de foot !… Ça va, t’es sûre ?
Oui, son fils est parti, maintenant Virginie s’en souvient. Et il rentrera ce soir, vers 22 heures. Elle s’extirpe du sofa, passe dans la cuisine, avale un grand verre d’eau. Sur ses talons, Marlène. Visiblement inquiète.
— C’est quoi, ton devoir de français ?
— Faut que tu me fasses réciter un poème.
Elles s’assoient à la table, Marlène ouvre son cahier et le présente à sa mère.
— C’est celui-là, indique-t-elle.
C’est alors que Virginie voit le titre du poème.
Marlène s’interrompt et dévisage sa mère.
— Maman ? Tu m’écoutes ?… Maman ?
Dimanche soir
Jonas pose son sac de sport dans l’entrée, passe dans la cuisine. Sa mère fume une cigarette devant la fenêtre.
— Salut, m’man…
— Salut, mon fils.
— Tu m’as pas gardé à manger ?… Tu m’as oublié ou quoi ?
Virginie écrase sa cigarette dans le cendrier.
— Je vais te préparer quelque chose vite fait…
— C’est bon, ça ira. J’ai pas très faim de toute façon… Tu me demandes pas si on a gagné ?
Virginie allume une autre cigarette.
Dix secondes plus tard, elle entend son fils claquer violemment la porte de sa chambre.
Lundi matin
Il pousse la porte, pose les yeux sur elle et sourit. Un abominable sourire qui n’a nul besoin de sous-titre.
Domination, humiliation.
Virginie garde les yeux rivés sur son écran. Elle sursaute quand Charmant ferme la porte du bureau. Se fige lorsqu’il s’approche.
— Bonjour, Virginie. Vous avez passé un agréable week-end ?
Elle serre les dents. Des gouttes de sueur commencent à perler sur son front.