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Au bal des rombières

Электронная книга - «Au bal des rombières». Краткое содержание книги:

Il s'en passe de sévères à l'institut de thalassothérapie de Riquebon-sur-Mer. On est obligé de planquer les cadavres dans les tiroirs car les croque-morts arriveraient pas à tous les croquer ! Ça tombe à qui mieux mieux : les vieillards en premier, ce qui est justice, mais aussi les femmes, y compris les très jolies, ce qui est dégueulasse ! Dans ce très gros book, l'Antonio se surpasse, tu verras. Jamais il s'est montré si farfadingue ni si tringleur ! On lime à toutes les pages, à toute heure et en tous lieux !
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Lorsque je radine, il m’interroge du regard. Je lui vote une mimique de circonstance, remplis mon godet et l’écluse cul sec.

Le gigot ne me dit plus rien, les fayots non plus. Mentalement, je reste penché sur la malle de la DS.

— Violette, appelé-je (le Gravos se trouvant provisoirement hors d’usage), lorsque les deux gendarmes ont embarqué Ellena, cette nuit, avez-vous entendu une détonation quelconque après leur départ ?

— Non, commissaire.

— Ils étaient en voiture, naturellement ?

— Oui.

— Vous avez donc perçu le bruit de son moteur ?

— En effet.

— Réfléchissez : ce ronflement s’est-il produit rapidement ou au bout d’un certain temps ?

Elle gamberge.

— A ton avis, Gros Loup ? demande-t-elle à Alexandre-Benoît.

Ayant la bouche comble, Gros Loup pète, mais en salve.

Violette se décide.

— Le moteur a ronflé très vite, commissaire.

— Sûr ?

— Certaine. Seulement…

— Seulement ?

— Ils ne sont pas partis tout de suite, comme s’il y avait eu quelque saleté dans le carburateur ; ils l’emballaient, comprenez-vous ?

Tu parles, si je comprends. Ils ont pratiqué ainsi pour couvrir le bruit de la détonation.

— Tu ne manges pas, Antoine ? s’inquiète le vigilant Pinuche.

— J’ai plus faim.

Et, tout de go, je leur balance la vérité :

— Les faux gendarmes ne sont pas venus dans la maison pour libérer la Mencini, mais pour l’exécuter !

Ils bouchebéent, y compris Béru, qui se met à baver ses flageolets comme une religieuse égrène son chapelet.

— Elle est clamsée ? finit-il par demander, libérant de ce fait une portion considérable de haricots.

— A bloc !

— T’es sûr ?

— Il suffit que tu ailles ouvrir le coffre de ta bagnole pour t’en assurer !

— Tu voudrerais dire qu’elle est d’dans ?

— Elle y est ! Du moins ses restes s’y trouvent.

— Les vaches ! C’est ben pour dire d’m’faire chier, non ? nous prend-t-il à témoin.

Je trouve un peu sobre l’oraison funèbre de la pauvre Ellena.

— Cette affaire est démesurée, déclaré-je. Il est temps de la considérer minutieusement. Son ampleur, admettons-le, nous dépasse. Nous avons l’air de guignols, mes pauvres amis. Depuis que nous avons débarqué à l’institut, le massacre continue et même s’accélère. Je m’attends à tout. Au début, j’ai cru aux agissements d’un fou. Mais il y a dans tout cela une organisation sous-jacente qui prouve qu’il n’en est rien. Je vous propose de reprendre maillon par maillon, la chaîne des meurtres horrifiques.

— On mange pas le fromage avant ? s’inquiète Gras-Triple.

Nous n’avons cure de son interruption.

Pinaud repousse son assiette sans avoir terminé la souris. Il sort une lettre de sa poche, laquelle n’est écrite qu’au recto, et lisse le verso devant soi. Puis il s’arme d’un stylo en or massif.

— Je prendrai des notes, nous confie-t-il. Il est important de conserver la trace d’une conversation de ce genre.

J’approuve sa conscience professionnelle. M’étant éclairci la gorge, je commence :

— Premier épisode… Quatre curistes, qui ne se connaissent pas particulièrement, font trempette dans une piscine. Ce sont des hommes sans importance particulière. Destins passe-partout, fins de vie aisées. Pendant qu’ils barbotent, un type déguisé en ouvrier se pointe avec un prolongateur électrique branché et le plonge dans l’eau du bassin ; les quatre vieux kroums sont rectifiés. Leur monitrice qu’on avait appelée au téléphone revient, croit qu’ils ont eu un malaise et, courageusement, se porte à leur secours, ce qui a pour effet de rendre son mari veuf à l’instant. Donc, nous devons consigner un meurtrier mâle.

— Plus une complice, précise Jérémie : la femme qui a demandé la monitrice.

— Très juste, Auguste. Tu notes, Pinuche ?

— C’est fait !

Bérurier happe le plateau de fromages apporté par la servante. Sa camarade de coït en profite, l’incorrigible, pour glisser sa dextre sous la jupe de l’ancillaire, laquelle n’en prend pas ombrage, se contentant d’en sourire niaisement.

Le Gros se sert copieusement : un demi-munster, manière de se faire un palais ; un morceau de roquefort gros comme la bible et enfin deux chèvres mi-frais.

Il gronde :

— Lâche la figue à mam’zelle, qu’elle puissasse aller chercher du rouge. Je verrais très bien un bourgogne, petite, du genre Pommard, si vous verriez ce qu’ j’cause ?

La servante remet en place, à travers sa jupe, son slip déplacé par les agaceries de Violette, et qui lui fendait la moniche.

— Passons au second épisode, décidé-je, l’assassinat de la vieille Italienne. Pendant que la signora subissait son enveloppement d’algues, le meurtrier est entré dans sa cabine et l’a étouffée en lui plaquant un paquet de boue sur le visage. Après quoi, il s’est évacué par le velux aérant la cabine. J’ai fait le parcours. Il y avait des traces de boue verte sur le toit, ainsi que dans la courette qui la domine. La buanderie donne sur cette cour. Le meurtrier se débarrasse de sa blouse maculée et la jette dans une manne de linge sale.

— Blouse d’homme ou de femme ? questionne le Gros.

Je reste deux ronds de flan caramel ! Tu sais quoi, Benoît ? J’ai pas songé à vérifier ! Oui, moi, le fameux commissaire San-Antonio, l’as des as. J’ai enregistré la présence de cette blouse et suis passé. Pourquoi cette négligence ? Je m’ausculte la pensarde. Je crois trouver une réponse : parce que, sur le moment, je n’envisageais pas une seconde que le meurtrier pût être une meurtrière.

— D’homme ! réponds-je honteusement ; mais ça ne signifie rien car une femme peut mettre une blouse d’homme.

— Alors que le contraire est impossible, souligne Pinuche. Ensuite, grand ?

« Dans le local voisin se trouve une employée : la dame Gabot qui partage ses activités entre la blanchisserie et la douche à forte pression. Je l’interroge, elle n’a rien vu. Ce second forfait a-t-il été perpétré par l’électrocuteur du début ? Par sa complice du téléphone ? Par une troisième personne ? A voir !

« La morte est une riche Italienne, mère d’un constructeur d’automobiles fameux. Elle a pour dame de compagnie une personne étrange dont nous apprendrons qu’elle a dirigé à Rome une section des Brigades Rouges et qu’elle a effectué des séjours prolongés aux quatre coins du monde, c’est-à-dire une dangereuse aventurière. »

Un silence.

La servante revient avec une bouteille aussi accorte qu’elle. La présente à notre approbation. On opine machinalement. Elle vrille alors son tire-bouchon, mais ça résiste. Galant, Bérurier se propose. Il dépucelle la quille de Pommard recta.

— Voilions voir que j’le goûte, fait-il en emplissant son verre.

Il engloutit, clape de la menteuse, dubitative du chef, reverse un plein godet, le revide.

— Corrèque, déclare l’oracle. Je croiliais au premier ras bord qu’il était bouchonné.

Et d’emplir sa coupe pour la troisième fois, ce qui nous laisse une demi-boutanche à nous partager.

— Pour en revenir à Ellena Mencini, réattaqué-je, certains indices m’induiraient à admettre qu’elle a bien pu rectifier la vieille de ses mains. La chose est à approfondir. D’autre part, le fils de la morte, le fameux bagnoleur Aldo Morituri, donnait l’impression d’être de connivence avec Ellena.

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