Les Quarante-Cinq Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Год: 19
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Quarante-Cinq Tome II». Краткое содержание книги:
– Sa Majesté, se hâta de dire le négociateur orgueilleux qui comptait sur une acceptation d'enthousiasme, Sa Majesté le roi d'Espagne ne se propose de soumettre à Votre Majesté qu'une seule condition.
– Ah! une condition, dit Henri, c'est trop juste; voyons la condition.
– En aidant Votre Majesté contre les princes lorrains, c'est-à-dire en ouvrant le chemin du trône à Votre Majesté, mon maître désirerait se faciliter par votre alliance un moyen de garder les Flandres, auxquelles monseigneur le duc d'Anjou mord, à cette heure, à pleines dents. Votre Majesté comprend bien que c'est toute préférence donnée à elle par mon maître, sur les princes lorrains, puisque MM. de Guise, ses alliés naturels comme princes catholiques, font tout seuls un parti contre M. le duc d'Anjou, en Flandre. Or, voici la condition, la seule; elle est raisonnable et douce: Sa Majesté le roi d'Espagne s'alliera à vous par un double mariage; il vous aidera à… – l'ambassadeur chercha un instant le mot propre, – à succéder au roi de France, et vous lui garantirez les Flandres. Je puis donc maintenant, connaissant la sagesse de Votre Majesté, regarder ma négociation comme heureusement accomplie.
Un silence, plus profond encore que le premier, succéda à ces paroles, afin, sans doute, de laisser arriver dans toute sa puissance la réponse que l'ange exterminateur attendait pour frapper ça ou là, sur la France ou sur l'Espagne.
Henri de Navarre fit trois ou quatre pas dans son cabinet.
– Ainsi donc, monsieur, dit-il enfin, voilà la réponse que vous êtes chargé de m'apporter.
– Oui, sire.
– Rien autre chose avec?
– Rien autre chose.
– Eh bien! dit Henri, je refuse l'offre de Sa Majesté le roi d'Espagne.
– Vous refusez la main de l'infante! s'écria l'Espagnol, avec un saisissement pareil à celui que cause la douleur d'une blessure à laquelle on ne s'attend pas.
– Honneur bien grand, monsieur, répondit Henri en relevant la tête, mais que je ne puis croire au-dessus de l'honneur d'avoir épousé une fille de France.
– Oui, mais cette première alliance vous approchait du tombeau, sire; la seconde vous approche du trône.
– Précieuse, incomparable fortune, monsieur, je le sais, mais que je n'achèterai jamais avec le sang et l'honneur de mes futurs sujets. Quoi! monsieur je tirerais l'épée contre le roi de France, mon beau-frère, pour l'Espagnol étranger; quoi! j'arrêterais l'étendard de France dans son chemin de gloire, pour laisser les tours de Castille et les lions de Léon achever l'œuvre qu'il a commencée; quoi! je ferais tuer des frères par des frères; j'amènerais l'étranger dans ma patrie! Monsieur, écoutez bien ceci: j'ai demandé à mon voisin le roi d'Espagne des secours contre MM. de Guise, qui sont des factieux avides de mon héritage, mais non contre le duc d'Anjou, mon beau-frère, mais non contre le roi Henri III, mon ami; mais non contre ma femme, sœur de mon roi. Vous secourrez les Guises, dites-vous, vous leur prêterez votre appui. Faites; je lancerai sur eux et sur vous tous les protestants d'Allemagne et ceux de France. Le roi d'Espagne veut reconquérir les Flandres qui lui échappent; qu'il fasse ce qu'a fait son père Charles-Quint: qu'il demande passage au roi de France pour aller réclamer son titre de premier bourgeois de Gand, et le roi Henri III, j'en suis garant, lui donnera un passage aussi loyal que l'a fait le roi François Ier. Je veux le trône de France, dit Sa Majesté catholique, c'est possible, mais je n'ai point besoin qu'il m'aide à le conquérir; je le prendrai bien tout seul s'il est vacant, et cela malgré toutes les majestés du monde. Ainsi donc, adieu, monsieur. Dites à mon frère Philippe que je lui suis bien reconnaissant de ses offres. Mais je lui en voudrais mortellement si, lui les faisant, il m'avait cru un seul instant capable de les accepter.
Adieu, monsieur.
L'ambassadeur demeurait stupéfait; il balbutia:
– Prenez garde, sire, la bonne intelligence entre deux voisins dépend d'une mauvaise parole.
– Monsieur l'ambassadeur, reprit Henri, sachez bien ceci: Roi de Navarre ou roi de rien, c'est tout un pour moi. Ma couronne est si légère, que je ne la sentirais même pas tomber si elle me glissait du front; d'ailleurs, à ce moment-là, j'aviserais de la retenir, soyez tranquille.
Adieu, encore une fois, monsieur, dites au roi votre maître que j'ai des ambitions plus grandes que celles qu'il m'a fait entrevoir. Adieu.
Et le Béarnais, redevenant, non pas lui-même, mais l'homme que l'on connaissait en lui, après s'être un instant laissé dominer par la chaleur de son héroïsme, le Béarnais, souriant avec courtoisie, reconduisit l'ambassadeur jusqu'au seuil de son cabinet.
L Les pauvres du roi de Navarre
Chicot était plongé dans une surprise si profonde, qu'il ne songea point, Henri resté seul, à sortir de son cabinet.
Le Béarnais leva la tapisserie et alla lui frapper sur l'épaule.
– Eh bien, maître Chicot, dit-il, comment trouvez-vous que je m'en sois tiré?
– À merveille, sire, répliqua Chicot encore étourdi. Mais, en vérité, pour un roi qui ne reçoit pas souvent d'ambassadeurs, il paraît que, quand vous les recevez, vous les recevez bons.
– C'est pourtant mon frère Henri qui me vaut ces ambassadeurs-là.
– Comment cela, sire?
– Oui, s'il ne persécutait pas incessamment sa pauvre sœur, les autres ne songeraient pas à la persécuter. Crois-tu que si le roi d'Espagne n'avait pas su l'injure publique faite à la reine de Navarre, quand un capitaine des gardes a fouillé sa litière, crois-tu qu'on viendrait me proposer de la répudier?
– Je vois avec bonheur, sire, répondit Chicot, que tout ce que l'on tentera sera inutile, et que rien ne pourra rompre la bonne harmonie qui existe entre vous et la reine.
– Eh! mon ami, l'intérêt qu'on a à nous brouiller est clair…
– Je vous avoue, sire, que je ne suis pas si pénétrant que vous le croyez.
– Sans doute, tout ce que désire mon frère Henri, c'est que je répudie sa sœur.
– Comment cela? Expliquez-moi la chose, je vous prie. Peste! je ne croyais pas venir à si bonne école.
– Tu sais qu'on a oublié de me payer la dot de ma femme, Chicot.
– Non, je ne le savais pas, sire; seulement je m'en doutais.
– Que cette dot se composait de trois cent mille écus d'or.
– Joli denier.
– Et de plusieurs villes de sûreté, et, entre ces villes, celle de Cahors.
– Jolie ville, mordieu!
– J'ai réclamé, non pas mes trois cent mille écus d'or, tout pauvre que je suis, je me prétends plus riche que le roi de France, mais Cahors.
– Ah! vous avez réclamé Cahors, sire. Ventre de biche! vous avez bien fait, et à votre place, j'eusse fait comme vous.
– Et voilà pourquoi, dit le Béarnais avec son fin sourire, voilà pourquoi… Comprends-tu maintenant?
– Non, le diable m'emporte!
– Voilà pourquoi on me voudrait brouiller avec ma femme au point que je la répudiasse. Plus de femme, tu entends, Chicot, plus de dot, par conséquent plus de trois cent mille écus, plus de villes, et surtout plus de Cahors. C'est une façon comme une autre d'éluder sa parole, et mon frère de Valois est fort adroit à ces sortes de pièges.