Les Quarante-Cinq Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Год: 19
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Quarante-Cinq Tome II». Краткое содержание книги:
– Cette lettre vous préoccupe fort, ma mie, dit-il; ne vous alarmez donc pas ainsi.
– Sire, c'est que cette lettre est, ou devrait être un événement; un roi n'envoie pas ainsi un messager à un autre roi, sans des raisons de la plus haute importance.
– Eh bien, alors, dit Henri, laissons là message et messager, ma mie; n'avez-vous point quelque chose comme un bal ce soir?
– En projet, oui, sire, dit Marguerite étonnée, mais il n'y a rien là d'extraordinaire, vous savez que presque tous les soirs nous dansons.
– Moi, j'ai une grande chasse pour demain, une grande chasse.
– Ah!
– Oui, une battue aux loups.
– Chacun notre plaisir, sire: vous aimez la chasse, moi le bal, vous chassez, moi je danse.
– Oui, ma mie, dit Henri en soupirant, et en vérité, il n'y a pas de mal à cela.
– Certainement, mais Votre Majesté dit cela en soupirant.
– Écoutez-moi, madame.
Marguerite devint tout oreilles.
– J'ai des inquiétudes.
– À quel sujet, sire?
– Au sujet d'un bruit qui court.
– D'un bruit? Votre Majesté s'inquiète d'un bruit?
– Quoi de plus simple, ma mie, quand ce bruit peut vous causer de la peine?
– À moi?
– Oui, à vous.
– Sire, je ne vous comprends pas.
– N'avez-vous rien ouï dire? fit Henri du même ton.
Marguerite se mit à trembler sérieusement que ce ne fût une façon d'attaquer de son mari.
– Je suis la femme du monde la moins curieuse, sire, dit-elle, et je n'entends jamais que ce qu'on vient corner à mes oreilles. D'ailleurs, j'estime si pauvrement ce que vous appelez ces bruits, que je les entendrais à peine les écoutant; à plus forte raison me bouchant les oreilles quand ils passent.
– C'est votre avis, alors, madame, qu'il faut mépriser tous ces bruits?
– Absolument, sire, et surtout nous autres rois.
– Pourquoi nous surtout, madame?
– Parce que nous autres rois, étant dans tous les discours, nous aurions vraiment trop à faire, si nous nous préoccupions.
– Eh bien, je crois que vous avez raison, ma mie, et je vais vous fournir une excellente occasion d'appliquer votre philosophie.
Marguerite crut le moment décisif arrivé: elle rappela tout son courage, et d'un ton assez ferme:
– Soit, sire, de grand cœur, dit-elle.
Henri commença du ton d'un pénitent qui a quelque gros péché à avouer:
– Vous connaissez le grand intérêt que je porte à ma fille Fosseuse?
– Ah! ah! s'écria Marguerite, voyant qu'il ne s'agissait pas d'elle, et prenant un air de triomphe. Oui, oui, à la petite Fosseuse, votre amie.
– Oui, madame, répondit Henri, toujours du même ton, oui, à la petite Fosseuse.
– Ma dame d'honneur?
– Votre dame d'honneur.
– Votre folie, votre amour.
– Ah! vous parlez là, ma mie, comme un de ces bruits que vous accusiez tout à l'heure.
– C'est vrai, sire, dit en souriant Marguerite, et je vous en demande bien humblement pardon.
– Ma mie, vous avez raison, bruit public ment souvent, et nous avons, nous autres rois surtout, grand besoin d'établir ce théorème en axiome; ventre saint-gris! madame, je crois que je parle grec.
Et Henri éclata de rire.
Marguerite lut une ironie dans ce rire si bruyant et surtout dans le regard si fin qui l'accompagnait.
Un peu d'inquiétude la reprit.
– Donc, Fosseuse? dit-elle.
– Fosseuse est malade, ma mie; et les médecins ne comprennent rien à sa maladie.
– C'est étrange, sire. Fosseuse, d'après le dire de Votre Majesté, est toujours restée sage. Fosseuse qui, à vous entendre, aurait résisté à un roi, si un roi lui eût parlé d'amour; Fosseuse, cette fleur de pureté, ce cristal limpide, doit laisser l'œil de la science pénétrer jusqu'au fond de ses joies et de ses douleurs!
– Hélas! il n'en est point ainsi, dit tristement Henri.
– Quoi! s'écria la reine avec cette impétueuse méchanceté que la femme la plus supérieure ne manque jamais de lancer comme un dard sur une autre femme; quoi, Fosseuse n'est pas une fleur de pureté?
– Je ne dis pas cela, répondit sèchement Henri, Dieu me garde d'accuser personne. Je dis que ma fille Fosseuse est atteinte d'un mal qu'elle s'obstine à dissimuler aux médecins.
– Soit aux médecins, mais envers vous, son confident, son père… cela me paraît bien singulier.
– Je n'en sais pas plus long, ma mie, répondit Henri en reprenant son gracieux sourire, ou si j'en sais plus long, je juge à propos de m'arrêter là.
– Alors, sire, dit Marguerite, qui croyait deviner à la tournure de l'entretien, qu'elle avait l'avantage et que c'était à elle d'accorder un pardon quand elle croyait avoir au contraire à en solliciter un, alors, sire, je ne sais plus ce que désire Votre Majesté et j'attends qu'elle s'explique.
– Eh bien, puisque vous attendez, ma mie, je vais tout vous conter.
Marguerite fit un mouvement indiquant qu'elle était prête à tout entendre.
– Il faudrait… continua Henri, mais c'est beaucoup exiger de vous, ma mie…
– Dites toujours, sire.
– Il faudrait que vous eussiez l'obligeance de vous transporter auprès de ma fille Fosseuse.
– Moi, rendre une visite à cette fille que l'on dit avoir l'honneur d'être votre maîtresse, honneur que vous ne déclinez pas?
– Allons, allons, doucement, ma mie, dit le roi. Sur ma parole, vous feriez scandale avec ces exclamations, et je ne sais vraiment point si le scandale que vous feriez ne réjouirait point la cour de France, car, dans cette lettre du roi mon beau-frère que Chicot m'a récitée, il y avait: Quotidiè scandalum, c'est-à-dire, pour un triste humaniste comme moi, quotidiennement scandale.
Marguerite fit un mouvement.
– On n'a pas besoin de savoir le latin pour cela, continua Henri, c'est presque du français.
– Mais sire, à qui s'appliqueraient ces paroles? demanda Marguerite.
– Ah! voilà ce que je n'ai pu comprendre. Mais vous qui savez le latin, vous m'aiderez quand nous en serons là, ma mie.
Marguerite rougit jusqu'aux oreilles, tandis que, la tête baissée, la main en l'air, Henri avait l'air de chercher naïvement à quelle personne de sa cour le quotidiè scandalum pouvait s'appliquer.
– C'est bien, monsieur, dit la reine, vous voulez, au nom de la concorde, me pousser à une démarche humiliante; au nom de la concorde, j'obéirai.
– Merci, ma mie, dit Henri, merci.
– Mais cette visite, monsieur, quel sera son but?
– Il est tout simple, madame.
– Encore, faut-il qu'on me le dise, puisque je suis assez naïve pour ne point le deviner.
– Eh bien, vous trouverez Fosseuse au milieu des filles d'honneur, couchant dans leur chambre. Ces sortes de femelles, vous le savez, sont si curieuses et si indiscrètes, qu'on ne sait à quelle extrémité Fosseuse va être réduite.