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Les clowns de l'Eden

Электронная книга - «Les clowns de l'Eden». Краткое содержание книги:

Comment devenir immortel, sinon en affrontant, en niant la mort ? C’est ce qu’ont fait, au fil des âges, quelques hommes et quelques femmes : le Groupe, qui a commencé avec un Neandertalien et qui accueille, aujourd’hui, en cette fin du XXIe siècle, le Dr Devine.
Ce ne sont ni des dieux ni des saints. Simplement des humains riches d’expérience et pour qui le monde est un terrain de jeux. Ils aiment, ils boivent, ils s’amusent… Le Dr Devine, cependant, va leur poser un rude problème !
Il a vaincu la mort mais pour se retrouver en vivante et totale symbiose avec l’Extro, le tout-puissant ordinateur. Et l’Extro, à présent doué de conscience, veut, ni plus ni moins, métamorphoser l’espèce humaine…
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— Mais ce message, monsieur Boulogne ?

— Pouvez-vous me le montrer, s’il vous plaît ?

Je lui tendis le papier. Il l’examina attentivement, haussa les épaules et me le rendit.

— Je ne sais que vous dire. Il paraît authentique, mais il n’est pas parti de chez nous, je puis vous l’affirmer.

— Est-il possible qu’ils soient arrivés en secret et qu’ils se cachent ?

— Impossible. Et pourquoi se cacheraient-ils ?

— Le Dr Devine s’occupe actuellement de recherches très délicates.

— Cette cryocapsule ?

— Et son contenu.

— Qui est ?

— Je ne puis vous le révéler.

— Germaphrodites, dit Natoma.

Je lui lançai un regard courroucé, mais elle me sourit pour me rassurer.

— Vérité toujours bonne, Glig. Secret mauvais.

— Je trouve que Madême a raison, dit Boulogne, surtout dans la mesure où tôt ou tard un secret est condamné à être découvert. Des hermaphrodites, hein ? C’est drôle. Je ne croyais pas que de tels monstres existaient réellement en dehors des fables.

— N’eziste pas, fit Natoma avec fierté. Mia brother invente.

Voilà que maintenant elle se lançait dans l’euro.

— Alors, où est-ce que vous en êtes ? demanda Boulogne.

— Gros-Jean comme devant.

— Pardon ?

— J’ai été ridiculisé, trahi, floué. Je crois que je sais par qui, et j’ai peur.

Il fit claquer sa langue pour me manifester sa sympathie.

— Vous pouvez rester profiter de l’hospitalité du Directeur. Vous ne risquez rien ici. Je suis sûr que Madême s’y plaira beaucoup.

— Merci, mais je ne puis accepter. Nous partons pour le Brésil.

— Dio ! Le Brésil ? Warum ?

— Je suis complètement déboussolé par une situation dangereuse et exaspérante. Ma femme et moi, nous allons nous mettre un peu au vert et profiter de notre lune de miel. Si Poulos revient, dites-lui ce que j’ai l’intention de faire. Il saura où nous trouver. Merci pour tout, Boulogne. Peace.

— Des hermaphrodites, murmura-t-il tandis que nous partions. Qu’est-ce qu’ils ne vont pas chercher pour passer le temps !

Le Brésil a toujours été en retard de plusieurs siècles. Aujourd’hui, il s’est hissé péniblement au niveau des années 1930 d’une bien curieuse façon. Après notre descente sur faire d’atterrissage, il nous fallut prendre un car pour aller jusqu’à Barra. Une espèce de bus Greyhound à la noix. Tout le long de l’autoroute, nous dépassions des Ford et des Buick qui se traînaient sur la chaussée. Dans la banlieue de Barra, il y avait même des trams et des trolleys. Un spectacle incroyable. Magnifique.

Et Barra ! C’est un mélange de Times Square, du Loop et de Piccadilly Circus. D’énormes enseignes clignotantes et animées déversant leurs slogans en portul, qui est le dialecte local, une espèce de mélange de spang et de XXe. Une foule immense se pressait et se bousculait pour aller à ses occupations. Pas de violence ni de regards hostiles. Simplement une animation grouillante. Natoma et moi nous regardions ce spectacle bouche bée. À un moment, elle se dressa sur la pointe des pieds, tout excitée. « Voilà, voilà, Glig ! Neiman-Macluze ! » Et c’était vrai. Les grands magasins Neiman-Marcus du Texas avaient poussé leurs tentacules aussi loin dans le Sud.

Nous laissâmes nos bagages sur le quai de la gare routière où on nous avait assuré qu’ils ne risquaient rien (incroyable, non ?) et nous partîmes à la recherche du plus grand agent immobilier de Barra. Après quelques palabres animées, il finit par saisir et baragouiner (je traduis) :

— Mais bien sûr. Il s’agit du Rancho Machismo, et vous êtes les Curzon. Les documents de transfert viennent d’arriver. Laissez-moi le plaisir de vous accompagner dans ma nouvelle Caddy. Il y a déjà des domestiques qui vous attendent. Je vais les appeler personnellement avec mon nouvel appareil téléphonique. On vient de nous l’installer. Il souleva l’écouteur d’un antique téléphone mural et actionna plusieurs fois le crochet avec impatience. Allô, central. Allô, central. Allô !

Arrivés à l’endroit où il fallait traverser le Sâo Francisco, nous trouvâmes un bac qui nous fit passer avec la voiture.

— Voici l’endroit où commencent vos terres, nous dit l’agent immobilier avec enthousiasme.

Il tourna à gauche et longea la rivière sur un chemin de terre cahoteux. Je cherchais un ranch. Rien en vue. La voiture roula plusieurs kilomètres. Toujours rien.

— Combien d’hectares, déjà ? demandai-je.

Il y en avait mille. Doux Jésus. C’était plus qu’il n’en fallait pour me cacher, car ne cherchons pas à le dissimuler, je me cachais. J’avais presque envie de rebaptiser la propriété Rancho Polluelo, qui signifie « poule mouillée », ou à peu près, en portul.

Finalement, nous remontâmes une interminable allée fleurie qui aboutissait à des bâtiments, et je restai comme deux ronds de flan. On aurait dit ce jeu ancien qu’on appelait Straddle, ou Scabble, ou quelque chose comme ça. Rien que des carrés et des carrés, se touchant par les côtés ou par les coins, étalés sur deux hectares sans aucun ordre apparent. L’agent immobilier vit la surprise qui se peignait sur mon visage et sourit.

— Original, n’est-ce pas ? C’est une dame très riche qui l’a fait construire. Elle était persuadée que si chaque année elle ajoutait une pièce, sa vie serait prolongée d’un an chaque fois.

— Elle a véclu jusqu’à quel âge ? demanda Natoma.

— Quatre-vingt-dix-sept ans.

Le personnel était aligné devant l’entrée, tout en courbettes et sourires obséquieux. Il devait y avoir un domestique par pièce. Natoma me poussa doucement du coude pour que j’aille leur faire un discours, en tant que mestre de la plantation. Mais je la poussai devant moi, en tant que doña et maîtresse de la maison. Elle s’acquitta merveilleusement de la tâche. Gracieuse, mais royale. Familière, mais altière. Il nous fallut une semaine pour explorer les différentes pièces, dont je traçai le plan moi-même. Je n’avais pas l’impression que Poulos avait mis les pieds une seule fois ici. Il aurait supprimé aussitôt les décorations art nouveau qui étaient du dernier chic à Barra. Pour ma part, je les trouvais rafraîchissantes.

Après nous être installés, nous profitâmes de notre séjour au Brésil. Parmi de nombreuses autres choses, nous étions les nouveaux propriétaires d’une vedette à naphte avec un capitaine et un marin, et nous descendions souvent nous amuser à Barra. Nous allâmes à un match de base-ball. Il y avait onze équipiers de chaque côté. Le lanceur ne lançait pas, et le batteur ne battait pas. Quand un joueur arrivait à la base, il tirait sur la balle avec un bazooka à air comprimé pour essayer de l’envoyer dans la direction qu’il voulait.

Nous allâmes au théâtre. Il était littéralement en rond. Les spectateurs étaient assis au centre sur des fauteuils tournants. L’action se passait autour d’eux sur une scène circulaire qui faisait 360°. C’était magnifique pour les poursuites, mais si l’on voulait rester informé de tout ce qui se passait on finissait par avoir le tournis.

Nous allâmes à l’opéra voir une sombre saga sur les Conquistadores et la révolte des Indiens. Les Indiens étaient les gentils, je crois. Au milieu du premier acte, il fallut que je mette mon poing dans la bouche pour m’empêcher d’éclater de rire. J’avais fini par reconnaître un remake exotique de l’opérette de Gilbert et Sullivan, Les pirates de Penzance. Natoma voulut savoir ce qu’il y avait de tellement drôle. Comment lui expliquer ?

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