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Les clowns de l'Eden

Электронная книга - «Les clowns de l'Eden». Краткое содержание книги:

Comment devenir immortel, sinon en affrontant, en niant la mort ? C’est ce qu’ont fait, au fil des âges, quelques hommes et quelques femmes : le Groupe, qui a commencé avec un Neandertalien et qui accueille, aujourd’hui, en cette fin du XXIe siècle, le Dr Devine.
Ce ne sont ni des dieux ni des saints. Simplement des humains riches d’expérience et pour qui le monde est un terrain de jeux. Ils aiment, ils boivent, ils s’amusent… Le Dr Devine, cependant, va leur poser un rude problème !
Il a vaincu la mort mais pour se retrouver en vivante et totale symbiose avec l’Extro, le tout-puissant ordinateur. Et l’Extro, à présent doué de conscience, veut, ni plus ni moins, métamorphoser l’espèce humaine…
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— Nom de Dieu ! s’écria Séquoia en se précipitant vers la console.

Mais avant qu’il ait pu toucher les commandes, la capsule bascula et retomba en écrasant Fée de toute sa masse.

9

Quand j’arrivai enfin au tipi, j’y trouvai Natoma avec Borgia et M’bantou. Il y avait aussi les loups. Et Jicé. J’étais trop épuisé pour être surpris. Le Zoulou me jeta un seul coup d’œil, vit mon expression et me dit :

— Je sors faire faire un tour aux loups.

— Non. Reste, je t’en prie. Il vaut peut-être mieux que je vous mette au courant. Vous savez ce qui s’est passé ?

— Nous le savons, dit Borgia. Devine nous a appelés à la maison et nous a demandé de nous réunir ici. Il nous a dit pourquoi.

— Il a ajouté que tu essaierais probablement de te terrer comme un animal malade et que tu aurais besoin de toute notre aide, renchérit M’b.

— Dio, j’en ai besoin ! (J’essayais d’émerger à tout prix dans la réalité.) Je vais… Où est le Grec ?

— Il patli, dit Natoma. Pour ses laffaires.

— Qu’a-t-on fait des cendres de cette pauvre fille ? s’enquit Jicé.

— Ils… ils voulaient l’enterrer dans la fosse à compost, mais j’ai préféré un terrain privé. El Arrivederci. C’est cela qui a pris tant de temps. Arrivederci… au revoir. Bonne plaisanterie, n’est-ce pas ? Fée au… aurait…

Je me mis tout à coup à pleurer. Cela faisait des heures que je me retenais. Lorsque cela éclata, ce furent des sanglots pathétiques.

Natoma mit ses bras autour de moi pour me consoler. Je la repoussai brusquement en disant :

— Non. C’est moi qui l’ai tuée. Je suis un misérable.

— Mon cher Guig, commença Borgia d’une voix distinguée.

— Mon cher rien du tout ! hurlai-je.

— Laime Fée, dit Natoma.

— Oui, oui, Nato. C’était une petite fille. Je l’ai vue grandir, devenir une femme… Une grande dame… Et je l’ai tuée. Arrivederci, Ff. Plus jamais je ne te reverrai.

— C’est la cryocapsule qui l’a tuée, Guig.

— Sais-tu comment ? Sais-tu pourquoi ? Moi je sais, McBee. Je suis responsable. Je l’ai assassinée.

— Mais non ! Mais non ! Mais non !

Ils étaient tous catégoriques là-dessus.

— C’est cette machine sophistiquée qui est responsable, Guig, me dit M’bantou. Elle était obligée de se détraquer tôt ou tard. Les machines se détraquent toujours.

— Mais c’est moi cette fois-ci qui l’ai détraquée.

— Comment ?

— En parlant trop.

— À qui ?

— À la machine.

M’bantou leva les bras au ciel.

— Excuse-moi, Guig, mais ce que tu dis n’a pas de sens.

— Je sais. Je sais. Fée-7 m’avait mis au courant quand nous étions dans la bulle. Elle captait les conversations entre l’Extro et Séquoia. Il a fallu que j’ouvre ma grande gueule. Foutue grande gueule. Elle ne pourra même pas me le pardonner. Plus jamais…

J’éclatai de nouveau en sanglots.

Jicé déclara :

— J’emmène Guig faire un tour. Rien que nous deux. Attendez-nous ici, mes enfants.

— C’est dangereux, dit M’bantou, de sortir sans protection. Emmène un loup avec toi. Je lui donnerai des instructions.

— Merci. Pas besoin de loup. Embrasse-le, ma belle.

Natoma m’embrassa et nous sortîmes, Jicé la main sur mon épaule. La rue était l’enfer habituel. Un labyrinthe d’épouvante. Boulevards et allées tournicotaient en un lacis tire-bouchonné qui se coupait et se recoupait, interrompu parfois par un immeuble abandonné, une montagne de détritus ou un désert bidon-villesque. Le tout parsemé de mecs en décomposition, vivants et morts et puants. Il y avait des impasses où des bandes s’embusquaient, se battaient et déclenchaient des guerres sado-machiavéliques qui auraient coupé le souffle au baron Krafft-Ebing. Nous passâmes devant un cul-de-sac où une petite troupe était prête à porter une attaque, mais ce n’étaient guère plus que des squelettes en haillons. Brûlés par un pistolet à viande.

On entendait le bruit des hyènes et de leurs proies, mais personne ne nous importuna. Le charisme de Jicé. Nous arrivâmes à la plage de San Andréas, aujourd’hui occupée par des baraques montées sur pilotis rouillés, bajoue contre bajoue, reliées par des passerelles tremblantes formant un treillis super-pop.

— Cette Pp de planète est en train de crever, murmurai-je.

— Nn, fit Jicé d’une voix ferme.

Puis il se mit soudain à parler en spang. Je crois que je sais pourquoi. Il s’identifie aux épaves de l’univers, et des épaves en ce moment j’étais la plus belle.

— Oigame, Guig-man. The Big Boss, il bénit les pobrecitos car the Kingdom of Heaven leur appartient. Dios, il a un faible pour les paumés. Un jour, todos los santos leur crieront welcome au paradis. Ils seront les rois, les mecs. Feliz es-tu, Guig, si tu flippes aujourd’hui mañana tu seras bendito.

» Albar, soul brothers. Rincez-vous los ojos du spectacle. Peace and love, hombres, and misericordia. Bientôt vous ferez partie de the band à Dios et les Angels vous rouleront le joint. Shake hands, hombre. Remember. Tu tripperas comme un rey dans la piaule à Papa Dios.

Je sanglotais toujours, mais je shakai quand même. Il me serra dans ses bras et m’embrassa. Je redoublai de sanglots en me souvenant que je n’avais jamais serré dans mes bras ni embrassé ma pauvre Fée-7 pour de bon. Dio, on traite ses enfants comme des jouets. On ne se rend compte que c’étaient des personnes que quand il est trop tard et qu’ils ont disparu.

Un traceur arriva sur moi dans un bruit de casserole et m’agrippa comme si je voulais me sauver. Ces machins-là n’ont pas de savoir-vivre. D’une voix de crécelle, il demanda :

— Edward Curzon. I-D, s’il vous plaît.

— 941939002.

La machine cliqueta et dit :

— Prenez le message qui est dans la fente.

Je pris. Le traceur pivota et détala. J’ouvris le message. Il disait :

DEVINE EN CE MOMENT EN ROUTE POUR CERES AVEC MOI.

SIGNE : POULOS.

Je le montrai à Jicé.

— Tu ferais bien de les suivre, me dit-il.

Natoma n’ayant pas de passeport, Jim le Faussaire vint lui confectionner une petite merveille. D’après Jim, le travail n’est plus du tout ce qu’il était avant. Aujourd’hui, il faut surtout savoir graver des combinaisons qui donneront le change aux contrôles d’ordinateurs. Jim sait ce qu’il faut faire, mais il ne veut rien dire. Le secret professionnel. Il est vrai aussi qu’il est bègue. C’est peut-être ça, la vraie raison.

L’atterrissage sur Cérès fut mouvementé, mais l’équipage assura les passagers que c’était normal sur cette ligne. Cérès est le plus grand des astéroïdes. De forme sphérique, il mesure environ 770 km de diamètre et accomplit une rotation toutes les six heures. Il tourne si vite sur lui-même que se mettre dans l’alignement du cône kinorep en vue de l’atterrissage équivaut à essayer d’enfiler une aiguille posée sur un de ces plateaux 33 tours qu’on utilisait dans les années 1900.

Quand je dis sphérique, c’était avant que l’I.G. Farben s’installe là. J’aimerais savoir combien ça leur a coûté pour transporter ici toutes leurs cochonneries. On dit qu’ils ont dépensé une fortune pour l’aménager. Cérès était un vrai enfer. Bactéries inconnues, radioactivité, chaînes d’étranglement d’hydrocarbones, spores empoisonnées. Par une coïncidence troublante, il ne subsistait plus un seul de ces dangers lorsque les escrocs du gouvernement annoncèrent à l’I.G. Farben qu’elle pouvait acheter Cérès, et bonne chance à elle pourvu qu’elle paye ses impôts en argent bien propre.

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