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Les enfants de Dune [Children of Dune - fr]

Электронная книга - «Les enfants de Dune [Children of Dune - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Dune, la planète des sables, les anciennes prophéties sont en train de s’accomplir. La transformation écologique s’accélère : l’eau, jadis plus coûteuse que l’or, coule à flots, et les jardins débordent sur le désert. Mais la prospérité nouvelle de Dune menace sa richesse, l’Epice de longévité et de prescience. Les durs Fremen, qui ont porté aux confins de l’univers humain la bannière et la parole de Muad’Dib, s’amollissent. Les vers géants se font rares. Et depuis que Paul est allé au désert pour y mourir selon la tradition Fremen parce qu’il a perdu la vue, ses prêtres ont construit sur son message de paix une théocratie autoritaire qui régit toute la galaxie.
C’est alors que se jouent les destins des enfants de Dune.
Leto et Ghanima, les jumeaux nés de Paul et de Chani, se sont éveillés à la conscience dans le ventre de leur mère et portent en eux les mémoires héréditaires d’innombrables générations. Il leur faut les dompter s’ils veulent échapper à l’Abomination redoutée par les Sœurs du Bene Gesserit à la possession par un spectre surgi de ce passé génétique.
Il leur faut aussi déjouer les complots s’ils veulent survivre, refondre l’univers humain ébranlé par le Jihad et régner à leur tour sur Dune.

Voici enfin le troisième volet de l’épopée la plus fascinante de toute la science-fiction moderne. Un grand roman historique situé dans l’avenir lointain.
Dans huit mille ans.
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Sans les Fremen, sans le monopole de la Maison des Atréides sur l’épice gériatrique, Alia n’aurait plus rien entre les mains. Rien ne subsisterait de son pouvoir. Déjà, elle le sentait glisser. Le peuple se tournait vers ce Prêcheur. Le réduire au silence serait un acte dangereux, tout aussi dangereux que le laisser continuer à parler ainsi qu’il l’avait fait aujourd’hui devant le Temple.

Pour Alia, les présages annonciateurs de sa chute étaient visibles et les grandes lignes du problème se dessinaient clairement dans son esprit. Elles avaient été définies par les Sœurs :

« C’est une situation commune dans notre univers que celle d’un peuple important maintenu sous la coupe d’une force réduite mais puissante. Et nous connaissons les conditions majeures qui conduisent le peuple à se tourner contre ses maîtres :

« La première : lorsque ce peuple se trouve un chef. C’est la menace la plus fréquente contre le pouvoir et celui-ci se doit de contrôler les chefs.

« La deuxième : lorsque le peuple prend conscience de l’existence de ses chaînes. Il faut que le peuple demeure aveugle et muet.

« La troisième : lorsque le peuple discerne un espoir de pouvoir échapper à ses entraves. Il faut qu’il ne puisse même l’imaginer ! »

Alia secoua la tête avec violence. Tous ces signes étaient évidents au sein de son peuple. Tous les rapports qu’elle recevait de ses espions aux mille coins de l’Imperium ne faisaient que renforcer sa certitude. Les incessantes batailles du Jihad Fremen avaient laissé leur marque sur tous les mondes. Sur tous ces mondes touchés par l’« Œcuménisme de l’épée », le peuple avait une attitude de soumission, les gens devenaient défensifs, secrets, fuyants. Toute manifestation d’autorité – d’autorité religieuse essentiellement – suscitait le ressentiment. Certes, les pèlerins affluaient encore par millions et beaucoup étaient sans doute de vrais dévots mais, pour sa plus grande part, le pèlerinage avait d’autres motivations. Généralement, c’était une sorte d’assurance toute prête pour l’avenir. Il faisait ressortir l’obédience et permettait de gagner ainsi une forme réelle de pouvoir qui était aisément convertie en richesse. Les Hajji qui revenaient d’Arrakis se voyaient confier de nouvelles fonctions sur leur monde, ils accédaient à un statut social supérieur. Les Hajji pouvaient prendre certaines décisions économiques très profitables devant lesquelles leurs concurrents non pèlerins ne pouvaient que s’incliner.

Alia connaissait bien la devinette populaire : « Qu’y a-t-il donc dans la bourse vide que j’ai ramenée de Dune ? » Et la réponse était : « Les yeux de Muad’Dib (des diamants de feu). »

Tous les moyens traditionnels pour réprimer la sédition défilaient dans l’esprit d’Alia : les gens devaient apprendre que l’opposition était toujours punie et que le soutien au pouvoir était toujours récompensé. Les forces impériales devaient être déplacées selon les lois du hasard. Les appoints majeurs au pouvoir de l’Empire devaient être tenus secrets. Chacun des mouvements de la Régence contre une attaque potentielle requérait désormais un minutage délicat afin de maintenir l’opposition en situation de déséquilibre.

Et Alia s’interrogea : Ai-je perdu mon sens du temps ?

« Est-ce bien le moment de rêvasser ? » demanda une voix en elle, et elle redevint plus calme aussitôt. Oui, le plan du Baron était bon. Ainsi, elle éliminerait la menace représentée par Dame Jessica et, du même coup, elle discréditerait la Maison de Corrino. Oui.

Plus tard, il serait temps de s’occuper du Prêcheur. Elle comprenait son attitude : le symbolisme était suffisamment clair. Le Prêcheur représentait l’ancien esprit de spéculation débridée, l’esprit de l’hérésie libre et vivant dans le désert de l’orthodoxie d’Alia. Telle était sa force. Peu importait qu’il fût Paul… aussi longtemps que le doute subsisterait. Mais ses facultés Bene Gesserit disaient à Alia que la faiblesse du Prêcheur ne pouvait résider que dans sa force.

Il y a en lui une faille que nous découvrirons. Je vais le faire espionner, le surveiller sans cesse. Et, dès que la moindre occasion se présentera, je briserai son image.

17

Je ne répondrai pas aux Fremen qui prétendent à l’inspiration divine pour propager la révélation religieuse. C’est leur prétention parallèle à une révélation idéologique qui m’inspire, moi, la dérision dont je les douche. Bien sûr, ils avancent cette double prétention avec l’espoir que leur mandarinat en sera renforcé et qu’ils pourront encore durer dans un univers qui ne veut plus supporter leur oppression. C’est au nom de tous les peuples opprimés que je lance cet avertissement aux Fremen : l’opportunisme à court terme échoue toujours à long terme.

Le Prêcheur en Arrakeen.

Dans la nuit, avec Stilgar, Leto avait gagné l’étroite saillie au sommet de la croupe rocheuse que les gens du Sietch Tabr avaient baptisée le Serviteur. De là, sous la pâle clarté de la Deuxième Lune, ils contemplaient un immense panorama : le Mur du Bouclier avec le Mont Idaho au nord, la Grande Étendue vers le sud et les vagues des dunes qui couraient vers l’orient, vers la Chaîne de Habbanya. Les derniers tourbillons de poussière d’une tempête occultaient encore l’horizon sud. La crête du Bouclier était une ligne de gel brillant sous la lune.

Stilgar était venu là contre son gré, cédant sans doute à la curiosité que Leto avait su éveiller en lui. Pourquoi cette périlleuse promenade dans le sable à cette heure de la nuit ? L’enfant avait menacé le vieux naib de se lancer seul à l’aventure s’il refusait de l’accompagner. Tout cela, néanmoins, dérangeait beaucoup Stilgar. Deux cibles si importantes isolées dans la nuit !

Leto était assis, jambes croisées, regardant vers le sud. De temps à autre, il se frappait le genou comme sous l’effet d’une frustration. Stilgar attendait. C’était un art dans lequel il excellait. Il était resté debout, bras croisés, à deux pas de Leto, les plis de sa robe flottant doucement à la brise.

Pour Leto, traverser le sable constituait une réponse au désespoir intérieur, à un besoin de chercher une nouvelle disposition de son existence, en un conflit silencieux auquel Ghanima ne pouvait plus se risquer. Il avait manœuvré afin que Stilgar l’accompagne dans cette excursion parce qu’il y avait certaines choses que Stilgar devait connaître en préparation des jours à venir.

Une fois encore, Leto martela son genou. Il était difficile de reconnaître un commencement ! A certains moments, il n’était plus qu’une extension de toutes ces vies qui étaient en lui, toutes aussi réelles et présentes que la sienne. Dans leur flux, il n’y avait nul terme, nul accomplissement, rien qu’un éternel commencement. Mais ces vies pouvaient être une foule, tout aussi bien, dont il recevait l’énorme clameur comme s’il était une fenêtre unique à laquelle chacun voulait apparaître. Et c’était en cela que résidait le danger qui avait eu raison d’Alia.

Il leva les yeux vers les ultimes traînées d’argent de la tempête. Les plis de sable des dunes roulaient sous la lune, dans la Grande Étendue. Grains de silice semés par le vent, façonnés en crêtes : gravier, sable et cailloux. Une fois encore, Leto était prisonnier d’un instant figé, juste avant l’aube. Et le temps exerçait sa pression sur lui. Déjà, on était au mois d’Akkad et il avait derrière lui une si longue attente : jours interminables et torrides dans les chemins desséchés des vents, nuits de tourbillons et de tornades jaillies des terres-fournaises du Désert Faucon. Par-dessus son épaule, il regarda en direction du Bouclier, ligne brisée sur fond d’étoiles. Là-bas, derrière ce mur qui les séparait du Bassin du Nord se trouvait le centre de tous ses problèmes.

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