Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне

Электронная книга - «Les chiennes savantes». Краткое содержание книги:

Avec un langage tellement cru que l'on a du mal ? croire qu'il puisse ?tre r?ellement utilis?, Virginie Despentes raconte des histoires de d?rive, de cavale, mais aussi de quotidien plus ou moins sordide. Les histoires sont poignantes, l'?motion suscit?e par la lecture est vive. L'utilisation d'un tel langage permet d'affranchir la r?alit? racont?e de tout filtre ?dulcorant: l'outrance permet de mieux appr?hender les personnages que ne pourrait le permettre un langage plus normal (plus banal). L'utilisation de ce langage est un artifice d'auteur: le langage utilis? ne correspond pas au n?tre, et cela permet ? l'auteur de nous projeter volontairement dans un tissu narratif dont les r?gles ne sont pas les r?gles que l'on a coutume de rencontrer; le langage nous force ? penser et ? ressentir d'une certaine mani?re. Ainsi, on construit sa repr?sentation personnelle des personnages sur leurs actions et sur leurs paroles, tout en acceptant comme normalit? la logique propre de ces personnages, parce que notre projection dans leur langage fonde cet aspect logique: l'outrance du langage se justifie elle-m?me. A partir de l?, l'outrance m?me de l'histoire dispara?t, et l'on a des romans aux histoires simples et ?mouvantes. La violence des actions est au niveau de la violence du langage: elle s'efface donc elle aussi. La sous-narration sexuelle appara?t elle-aussi effac?e par le langage, m?me si elle reste parfois d?stabilisante pour un lecteur masculin (l'?vocation de la libido f?minine sous un jour habituellement utilis? pour la libido masculine surprend). Dans ces romans o? tout les ?l?ments constitutifs poss?dent la m?me outrance (langage, action, sexe, mais aussi villes moralement d?labr?es et soci?t? d?cr?pite), il n'y a pas de contraste pour marquer l'anormalit? de tel ou tel ?l?ment. Cela permet donc d'atteindre une finesse de sentiments sous-jacente, comme l'immobilisme et les sentiments de l'Education Sentimentale permettent de saisir les raisons des errements amoureux de Fr?d?ric. En somme, l'auteur nous montre qu'une description crue ne concerne pas forc?ment des sentiments crus.
1 ... 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38
Перейти на страницу:

Victor s'est précipité sur elle, au moment où elle s'effondrait, l'a poussée pour qu'elle tombe sur le lit, que ça ne fasse pas trop de bruit. Je n'avais pas encore bougé. Il m'a pris le gun des mains, a posé un oreiller sur sa tête et a tiré trois fois encore. Puis a soulevé l'oreiller pour s'assurer que dessous elle ne ressemblait plus à rien. Méticuleux, précis et efficace.

Il s'est redressé, a juré:

– Putain, ça a fait un boucan de la mort, pourvu qu'ils ne montent pas.

Il a jeté un œil sur la porte avec inquiétude, a poussé Sonia pour tirer les couvertures sous elle et l’en recouvrir. L'oreiller ne cachait plus sa tête, je la regardais fixement, dévisagée et uniformément rouge, sauf des dents plutôt rosés. Quatre balles dans la tête, elle pissait le sang.

Puis elle était sous les couvertures, et Victor à la porte écoutait pour voir si quelqu'un venait.

Il faisait les choses avec un grand sang-froid. Puis s’adressant à moi:

– Et tu sais où elle l'a mise?

– Derrière la grille de la clim, juste à côté du lit. J'avais la voix blanche, une toute petite voix monocorde, misérable et blanche.

Rassuré parce que personne ne montait, il est revenu vers le lit, a cherché la plaque des yeux, puis est tombé à genoux devant, l'a arrachée et en a extirpé le petit paquet carré.

Il l'a pris dans ses mains, a fermé les yeux en soufflant.

J'étais toujours au même endroit. Mais je n'étais pas encore revenue, pas encore vraiment là. Enfin, il s'est tourné vers moi:

– Tu as vu Mireille?

– Je suis venue te voir ce matin…

– Je me demande un peu comment ça se serait passé, si t'étais pas arrivée. Félicitations, t'as fait ça putain de bien… Tu voudras une part sur la vente?

Je me suis mise à regarder à droite, à gauche, en bas, sans bouger la tête. Je ne savais pas bien à quoi cette mimique correspondait, c'est simplement ce que je faisais. Regarder partout à toute vitesse, sauf lui.

Est-ce que je ne venais pas de faire tout comme il fallait, pour que ça continue comme avant?

Alors pourquoi est-ce que tout ne se passe pas comme il faut? Pourquoi est-ce qu'il ne vient pas contre moi?

J'ai expliqué, sans arrêter de bouger les yeux et pas la tête, comme une débile qui se prendrait pour une grosse mouche:

– Tu ne peux pas m'en vouloir vraiment de ne pas t'avoir dit hier que je connaissais bien Sonia et que je pouvais sûrement…

– C'était putain d'important pour moi. Et tu le savais bien. Tu pouvais pas me faire ça. Ce que t'as fait.

Alors je l'ai regardé, pour vérifier ce que j'entendais, le ton de la décision bien prise, et je l'ai vu comme je l'entendais: très loin, tout à fait hostile. Étranger.

– Me laisse pas, je t'en supplie, me laisse pas…

Une fois qu'ils étaient sortis, ces putains de mots ne m'ont plus quittée, je me suis mise à répéter ça, et je ne m'arrêtais plus.

Il m'a laissée faire longtemps, je l'ennuyais prodigieusement.

Finalement, il est venu contre moi. Et je me jetais sur lui et il n'était pas là. Je pouvais bien sentir ça, parce que je me souvenais bien de ce que ça faisait quand il me collait contre lui et me voulait vraiment.

Il a répété une nouvelle fois, et ça avait l'air de le rendre triste, lui aussi, mais il était trop tard:

– Tu ne pouvais pas me faire ça.

Puis il m'a conduite vers la salle de bains, me prenant par la taille, m'a mise devant l'évier. Se tenant derrière moi, il me regardait dans la glace. Il m'a prise par les hanches, embrassée dans le cou, gardant les yeux rivés aux miens dans le reflet du miroir. J'avais les mains crispées sur le bord du lavabo, je disais que je le voulais et il est venu dedans, gardé son pantalon, juste baissé sa braguette, mon futé à moi était baissé aux chevilles, m'empêchait de me mettre exactement comme je voulais, je bougeais mécaniquement, et ça l'a fait encore, démarré, et je le sentais qui me revenait, m'empoignait avec plus de force, et me cherchait, me trouvait, me faisait le truc, effaçait tout, et ses mains agrippaient mes cheveux et il venait plus loin. Ça n'a pas duré très longtemps, je l'ai senti se répandre dedans et il est resté collé contre moi, ses ongles s'enfonçaient dans mes hanches, comme s'il cherchait à me casser.

On ne parlait pas, on est restés tout l'après-midi dans cette salle de bains à le faire sur le carrelage, contre la baignoire, contre le mur, à buter l'un contre l'autre, à se chercher de partout et à le faire encore et je savais que Sonia était à côté, petit à petit je réalisais bien tout ce qui s'était passé. Et on est restés des heures à grimper aux murs, à se cogner aux carrelages, à s'empoigner dans tous les sens. Et ça me faisait du bien, et je lui mangeais les doigts, et je le sentais partout. Je ne voulais que lui, lui seul m'était réel.

Il a fini par parler, me caressait les cheveux, il a dit:

– On va y aller maintenant… Tu fais couler un bain? Ça nous fera du bien, après on y va. O.K.?

Il est passé à côté, j'ai fait couler de l'eau, ça m'a pris du temps pour qu'elle soit chaude comme il fallait. J'étais sonnée, pas vraiment là. Je me sentais bien, en même temps que complètement assommée.

Je me suis assise au bord de la baignoire.

Sonia, inerte, sa tête criblée de balles, son corps sans résistance quand il l'avait recouverte.

Mais ça valait la peine. C'était ce qu'il fallait faire.

Parce que tant que tu es avec moi, tous ces gens tellement loin, ça ne me fait pas peur, parce que tant que tu es avec moi…

Et j'ai seulement compris qu'il n'était plus à côté.

Je l'ai appelé doucement:

– Victor?

Parce que peut-être j'imaginais de sales trucs et je me faisais des idées. Et j'ai appelé plus fort:

– Victor?

Mais je savais bien qu'il n'était plus là, il était parti tout de suite en sortant de la salle de bains et s'était dépêché dans les escaliers de service, dépêché dans la rue pour être sûr de me semer.

22 H 55

Je suis restée dans la salle de bains, assise au bord de la baignoire. Je me tenais droite et immobile, mes mains serraient l'émail, convulsivement.

J'attendais, parce que j'espérais qu'il ferait demi-tour et reviendrait me chercher. Confusément, sans même l'admettre. Il allait changer d'avis. Et revenir. J'attendais là parce que je ne voulais pas comprendre. Ni rien admettre.

Quand on a frappé à la porte de la chambre, j'ai d'abord cru que c'était lui, c'est l'idée qui m'est venue et je me suis secouée, redressée, mise en émoi.

Sauf qu'il ne frapperait pas. Aucune raison pour ça.

On a frappé à la porte une seconde fois et je suis vraiment revenue, les choses dégringolaient et me reconnectaient avec de la pensée, rien que de la sale pensée bien brusquée par la peur. Je me suis levée, cœur cognant et voix mal assurée:

– Qu'est-ce qu'il y a?

Alors j'ai senti mes chevilles. Le simple fait d'être debout m'était intolérable.

– Sonia? Sonia, c'est moi, nous avions rendez-vous…

Soulagement brusque, à se chier dessous, ça n'était qu’un client, le moment n'était pas encore venu pour moi de répondre de mes actes. Coup d'œil au lit, le sang avait traversé là où il y avait la tête, sur la couverture beige piquée s'étalait une large auréole rouge, j'ai posé l'oreiller dessus. C'était déconcertant à voir. Rien de bien réel.

Ouvert la porte en grand, petit monsieur bedonnant, lunettes de professeur, confus de me voir, pas en arrière, s'excusant:

– J'ai dû me tromper de chambre…

– Sonia n'est pas là, et moi je dormais. Y a une commission à faire?

– C'est que…

Mais je lui avais claqué la porte au nez. Considérant que ça n'était plus bien grave de ne pas ménager les clients de Sonia.

J'étais remise en marche, rien d'agréable en tête. De toutes parts, quelle que soit la pensée, elle avait forme d'émeute. Murailles, partout où je pouvais cogiter, muraille contre laquelle me fracasser.

Aller voir Mireille. Parce que je le lui avais promis. Parce que c'était tout ce qui me venait à l'esprit. Parce que j'avais envie de la voir, plus que n'importe qui d'autre, de l'écouter, d'être assise à côte d'elle, d'être chez elle. Parce que peut-être qu'il était là-bas.

Alors j'ai senti que Guillaume était parti, parce que c'était lui que j'aurais dû aller voir.

1 ... 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)