Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне

Электронная книга - «Les chiennes savantes». Краткое содержание книги:

Avec un langage tellement cru que l'on a du mal ? croire qu'il puisse ?tre r?ellement utilis?, Virginie Despentes raconte des histoires de d?rive, de cavale, mais aussi de quotidien plus ou moins sordide. Les histoires sont poignantes, l'?motion suscit?e par la lecture est vive. L'utilisation d'un tel langage permet d'affranchir la r?alit? racont?e de tout filtre ?dulcorant: l'outrance permet de mieux appr?hender les personnages que ne pourrait le permettre un langage plus normal (plus banal). L'utilisation de ce langage est un artifice d'auteur: le langage utilis? ne correspond pas au n?tre, et cela permet ? l'auteur de nous projeter volontairement dans un tissu narratif dont les r?gles ne sont pas les r?gles que l'on a coutume de rencontrer; le langage nous force ? penser et ? ressentir d'une certaine mani?re. Ainsi, on construit sa repr?sentation personnelle des personnages sur leurs actions et sur leurs paroles, tout en acceptant comme normalit? la logique propre de ces personnages, parce que notre projection dans leur langage fonde cet aspect logique: l'outrance du langage se justifie elle-m?me. A partir de l?, l'outrance m?me de l'histoire dispara?t, et l'on a des romans aux histoires simples et ?mouvantes. La violence des actions est au niveau de la violence du langage: elle s'efface donc elle aussi. La sous-narration sexuelle appara?t elle-aussi effac?e par le langage, m?me si elle reste parfois d?stabilisante pour un lecteur masculin (l'?vocation de la libido f?minine sous un jour habituellement utilis? pour la libido masculine surprend). Dans ces romans o? tout les ?l?ments constitutifs poss?dent la m?me outrance (langage, action, sexe, mais aussi villes moralement d?labr?es et soci?t? d?cr?pite), il n'y a pas de contraste pour marquer l'anormalit? de tel ou tel ?l?ment. Cela permet donc d'atteindre une finesse de sentiments sous-jacente, comme l'immobilisme et les sentiments de l'Education Sentimentale permettent de saisir les raisons des errements amoureux de Fr?d?ric. En somme, l'auteur nous montre qu'une description crue ne concerne pas forc?ment des sentiments crus.
1 ... 26 27 28 29 30 31 32 33 34 ... 38
Перейти на страницу:

– Je préfère pas parler de ça…

– Ça ne m'étonne pas. Je voulais que Sonia descende aussi parce que je voulais te donner ça.

Elle m'a tendu une enveloppe, elle m'en avait tendu souvent de pareilles, mais moins épaisses. J'avais l'impression de visiter ma grand-tante, qui me refilerait une part d'héritage en douce parce que j'étais sa petite préférée. J'ai rigolé en la glissant dans mon sac, j'ai demandé:

– Tu te casses alors?

– Demain.

Jubilation dedans, j'allais pouvoir tout raconter à Victor, le lendemain. Elle serait déjà partie, je n'aurais rien à me reprocher.

Elle a ajouté:

– Si tout se passe bien. C'est pour ça aussi que je voulais te voir.

Elle m'a tendu un deuxième paquet, carré rigide et très fin. Elle était devenue extrêmement solennelle:

– Je te confie ça, je veux que tu te démerdes pour le cacher, le cacher drôlement bien. Ils ne penseront pas à venir le chercher chez toi, ils ne connaissent pas assez bien l'orga.

– C'est quoi?

– Juste une sorte de disquette. Mais ça intéresse du monde.

– Ça intéresse qui?

– Les flics, les nouveaux patrons, ce fameux Victor dont tu m'as parlé…

Appel d'air, quand elle a prononcé son nom, j’ai senti le sol dessous se faire la malle. Et j'ai mieux compris la prise d'élan-coup de boule que j'avais provoquée la dernière fois qu'on s'était vues. Elle a hésité avant d'ajouter:

– Il m'a semblé comprendre que Mireille, elle aussi, l'a côtoyé?

– Il paraît, mais elle n'en parle jamais… C'est vrai qu'il a vécu chez toi?

Jolie moue de la bouche, m'a répondu de loin:

– Il paraît que je l'ai dans la peau… C'est un garçon durablement toxique.

– Il t'a fait du tort?

– J'ai pris quelques leçons de grimace… J'étais prévenue pourtant, je connaissais l'intégrale de sa bio. Mais au lieu d'en valoir deux une femme avertie aime à croire qu'elle fera l'exception.

Elle n'avait pas perdu le goût de la formule alambiquée. J'ai demandé, presque à contrecœur parce que je ne voulais pas trop en apprendre:

– Tu crois qu'il y a un rapport, entre… le truc des deux Parisiennes et lui?

– Je le vois mal en boucher… Enfin, pas comme ça, il travaille plutôt dans l'abstraction.

– Et si elles lui avaient posé problème, refusé un truc ou…

Elle a eu un signe de la main pour invalider ma proposition, accompagné d'un haussement d'épaules agacé:

– On ne refuse rien à Victor.

– À ce point-là?

J'ai essayé un début de rire, pour qu'on en revienne à des propos moins enflammés. Elle a relevé les yeux sur moi, m'a dévisagée en silence assez longtemps pour que je me sente mal à l'aise. J'avais la pénible sensation qu'elle savait pour lui et moi, et qu'elle s’obstinait à me mettre en garde, à m'exhiber sa perdition pour que je me préserve de lui. Ton sobre et menaçant, qui me faisait comme une prophétie:

– Je vous ai tous laissés tomber. Vous, avec tout ce que j'avais. J'aurais probablement pu sauver l'affaire, si cela ne m'avait pas semblé si dérisoire. Pendant des années je n'ai eu de temps que pour l'orga, et je n'ai pas fait du mauvais boulot… Je vous ai tous laissés tomber, et pour être honnête je m'en contrefous. Tu crois vraiment que je quitte la ville parce que j'ai peur de trois culs bridés en costard?

– Qu'est-ce qu'il t'a fait de si terrible que ça?

– Il m'a donné exactement ce dont j'avais besoin. Pur talent. Il t'ouvre le ventre et il touche juste: «Là, ça ne va pas, mais quand je fais ça, ça va mieux n'est-ce pas?» Et ça va mieux, ça n'a rien à voir. Alors il va le refaire ailleurs, et tu te retrouves ventre ouvert, démerde-toi, avec le souvenir persistant de ce qu'on peut te faire comme bien. Méfie-toi de lui, Louise, il est assez malin pour penser à venir chez toi chercher la chose, et il est capable de…

– Je sais, je sais, tu me l'as déjà dit…

Mais qu'est-ce que tu t'imagines, qu'il a attendu que tu m'expliques pour venir me trouver? Tu crois qu'il laisse le choix? Tu le sous-estimes encore, tu sais…

Elle n'en démordait pas:

– Je veux que tu t'en souviennes: si jamais tu le vois, il faut que tu te sauves avant qu'il ait eu le temps de dire un seul mot. Le laisser te parler, ça serait te laisser faire.

Elle faisait large dans le grave, ne plaisantait pas du tout. J'étais assise en face d'elle, j'ouvrais de grands yeux tranquilles et attentifs en l'écoutant parler, sans dire un mot. J'étais intérieurement parfaitement hermétique à ses avertissements, et je n'entendais rien à ce qu'ils avaient d'éminemment justes. J'avais choisi mon camp, j'étais inébranlable. Elle ne me touchait pas, elle ne m'inquiétait pas, j'étais tranquillement sourde.

Elle a conclu, en soufflant bruyamment:

– Il m'a foutu une merde, ce con…

Fou rire nerveux, à cause de l'expression. Elle m'a fusillée du regard, elle avait quand même gardé pas mal d'autorité, je me suis calmée et enquise:

– Qu'est-ce qu'il y a sur ces disquettes?

– Une sorte de compilation… depuis le début de l'orga, tout ce que les filles m'ont rapporté sur les clients, toutes les transactions qu'on a faites… Tu ne connaissais pas ce secteur, parce que tu n'as jamais voulu travailler là où ça devient intéressant… Vu la clientèle qu'on a touchée, il y a de tout sur ces disquettes, de quoi faire du scandale tous les jours pendant vingt ans… On ne se rendait pas bien compte de la valeur de la chose, jusqu'à ce que Victor défraie la chronique en la lançant sur le marché. D'autant qu'il a baratiné pour appâter le client, il n'a pas lésiné…

– C'est comme ça qu'on est passé dans l'œil du cyclone?

– Bien sûr, c'est comme ça… Dans mon état normal, j'aurais géré le chaos. Déjà, je n'en aurais pas fait un tel drame, qu'il soit parti avec une disquette.

– Il en a une à vendre quand même?

– Elles ne se lisent que les trois ensemble.

– Les trois?

– Je confie l'autre à Sonia, ils ne penseront pas à elle non plus. Quant à Victor, il peut bien essayer de lui faire son petit numéro, il n'aura pas de prise sur elle.

– Combien de temps on va les garder?

– De mon côté, je vais faire retrouver Victor, et il va rendre celle qu'il a emportée… Parce que j'ai besoin des trois pour retrouver l'immunité, toucher le pactole et m'installer ailleurs.

– C'est à cause de ça que les keufs ont couvert Mme Cheung?

– Quand le bruit a couru que, non contente d'avoir rassemblé ce type de doc, j'en avais laissé filer une partie, je me suis trouvé quelques nouveaux ennemis…

– Et comment vas-tu t'y prendre pour mettre la main sur Victor?

– Il fera son come-back bientôt, il n'a pas tout son temps pour récupérer ces disquettes. Ça n'est plus seulement une question d'argent.

– C'est une affaire d'honneur?

– Il se fera probablement descendre s'il ne les rapporte pas. Il a déjà touché un gros acompte dessus. Maintenant, c'est plein d'acheteurs, il en sort de partout, alors les premiers sur le coup n'ont aucune envie de se faire doubler… Et je laisse en place de quoi le cueillir. Pendant ce temps, vous planquez le matériel. Je vous contacte dès que tout est réglé. Tu toucheras gros quand ça se fera.

– Tu crois que ça va être vite réglé?

– Je t'ai connue moins questionneuse, Louise, qu'est-ce qui te prend?

– Je me suis connue moins impliquée dans les emmerdes, ça me rend curieuse.

– Ne t'inquiète pas: c'est l'affaire de quelques jours. En fait, il suffit que tu me fasses confiance, comme moi je te fais confiance…

On n’a qu'à faire comme ça.

Elle a fait rappeler Sonia, on a bu un whisky. La Reine-Mère a éclaté de rire, plusieurs fois. Et son rire n'avait pas changé, toujours ce truc énorme et brusque. Qui faisait oublier ses vieilles frusques et sa tête de femme usée.

Elle nous a raccompagnées en haut des escaliers du premier. M'a serrée dans ses bras au moment de se quitter. Son corps était chaud et robuste, l'étreinte très émouvante.

Ça m'a surprise, comme on était bien dans ses bras.

18 H 45

Sonia pleurait dans la rue quand on remontait à pied vers le métro Gorge-du-Loup. Comme une statue, son visage ne changeait pas, était même plus dur qu'à l'habitude, mais des larmes coulaient sur ses joues, tout doucement, pas beaucoup. Et elle a pris ma main dans la sienne, on marchait toutes les deux sur le bord de la route comme deux gamines qui viennent de quitter maman. Elle a fini par se rendre compte que je l'amenais vers le métro, retour parmi les siens:

1 ... 26 27 28 29 30 31 32 33 34 ... 38
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)