Historiettes, Contes Et Fabliaux
- Автор: Де Сад Донасьен Альфонс Франсуа
- Язык: французский
- Жанр: Романы для взрослых
Электронная книга - «Historiettes, Contes Et Fabliaux». Краткое содержание книги:
– Vous m’avez dit, monsieur, reprit le président après la lecture de ces lignes, ce qui m’attendait si je ne signais pas, mais vous ne m’avez point parlé de ce qui m’arriverait si je consentais à tout.
– La récompense en sera votre liberté dans l’instant, monsieur, reprit le faux gouverneur, la prière d’accepter ce bijou de deux cents louis de la part de Mme la marquise d’Olincourt, et la certitude de trouver à la porte du château votre valet et deux excellents chevaux qui vous attendent pour vous ramener à Aix.
– Je signe et pars, monsieur, j’ai trop à cœur de me délivrer de tous ces gens-ci pour balancer une minute.
– Voilà qui va bien, président, dit le capitaine en prenant l’écrit signé et lui remettant le bijou, mais prenez garde à votre conduite; une fois dehors, si la manie de vous venger allait quelquefois s’emparer de vous, réfléchissez avant que d’en venir là que vous avez à faire à forte partie, que cette famille puissante que vous offenseriez tout entière par vos démarches vous ferait aussitôt passer pour un fou et que l’hôpital de ces malheureux deviendrait pour jamais votre dernière demeure.
– Ne craignez rien, monsieur, dit le président, je suis le premier intéressé à ne plus avoir d’affaire avec de telles personnes, et je vous réponds que je saurai les éviter.
– Je vous le conseille, président, dit le capitaine en lui ouvrant enfin sa prison, partez en paix et que jamais ce pays-ci ne vous revoie.
– Comptez sur ma parole, dit le robin en montant à cheval, ce petit événement m’a corrigé de tous mes vices, je vivrais encore mille ans que je ne viendrais plus chercher de femme à Paris; j’avais quelquefois compris le chagrin d’être cocu après le mariage, mais je n’entendais pas qu’il fût possible de le devenir avant… Même sagesse, même discrétion dans mes arrêts, je ne m’érigerai plus en médiateur entre des filles et des gens qui valent mieux que moi, il en coûte trop cher pour prendre le parti de ces demoiselles-là et je ne veux plus avoir affaire à des gens qui ont des esprits tout prêts pour les venger.
Le président disparut et devenu sage à ses dépens, on n’entendit plus parler de lui. Les catins se plaignirent, on ne les soutint plus en Provence et les mœurs y gagnèrent, parce que les jeunes filles se voyant privées de cet indécent appui, préférèrent le chemin de la vertu aux dangers qui pouvaient les attendre dans la route du vice, quand les magistrats seraient assez sages pour sentir l’inconvénient affreux de les y soutenir par leur protection.
On se doute bien que pendant les arrêts du président, le marquis d’Olincourt après avoir fait revenir le baron de Téroze de ses préjugés trop favorables sur Fontanis, avait travaillé à ce que toutes les dispositions qu’on vient de voir fussent faites avec sûreté; son adresse et son crédit y réussirent si bien, que trois mois après Mlle de Téroze épousa publiquement le comte d’Elbène, avec lequel elle vécut parfaitement heureuse.
– J’ai quelquefois un peu de regret d’avoir autant maltraité ce vilain homme, disait un jour le marquis à son aimable belle-sœur, mais quand je vois d’un côté le bonheur qui résulte de mes démarches, et que je me convaincs de l’autre que je n’ai vexé qu’un drôle inutile à la société, foncièrement ennemi de l’État, perturbateur du repos public, bourreau d’une famille honnête et respectable, diffamateur insigne d’un gentilhomme que j’estime et auquel j’ai l’honneur d’appartenir, je me console et je m’écrie avec le philosophe: Ô souveraine Providence, pourquoi faut-il que les moyens de l’homme soient assez bornés pour ne pouvoir jamais parvenir au bien que par un peu de mal!
Fini ce conte le 16 juillet 1787 à 10 heures du soir
LA MARQUISE DE TELÊME ou les effets du libertinage
Depuis environ dix-huit mois le marquis de Telême, homme d’une très bonne maison, mais peu opulent, venait d’épouser à Poitiers, sa patrie, l’une des plus belles et des plus riches héritières de la province; nul ménage n’était plus uni; l’aisance, la concorde, l’urbanité, la confiance réciproque, l’estime et l’amour le plus tendre resserraient chaque jour les nœuds touchants de ces deux époux: on ne les voyait point sans admiration, on ne les fréquentait point sans respect. Mais ce n’est pas sans raison qu’on a peint le maître des dieux entre deux vases énormes dont l’un est rempli de maux, l’autre de prospérités: sa main, dit-on, verse toujours pur ce qu’elle prend dans le premier vase; répand-elle un peu du second, ce n’est jamais sans le mélanger. En six semaines, une maladie épidémique fait perdre à la jeune marquise tous ses parents: un inconnu survient, il se déclare frère aîné de Mme de Telême, il est protégé, il a des amis, et la fortune de M. de Telême, presque entièrement fondée sur la dot de sa femme, disparaissant en une minute, réduit à l’adversité la plus affreuse l’une des plus brillantes maisons de la province. Rien de plus aisé pourtant que de revenir contre un arrêt aussi injuste, il ne s’agissait que de paraître et de solliciter; Mme de Telême avait eu effectivement un frère autrefois, mais ce frère, très certainement tué dans un duel, ne pouvait assurément reparaître. L’imposteur soutenait bien l’histoire du duel, mais il assurait n’avoir été que blessé, il prouvait que pour se mettre à l’abri de la rigueur des lois, il s’était absenté quelques années et qu’apprenant enfin la mort de son père, il avait reparu pour en recueillir la succession: cette fable était absurde, elle n’avait eu pour s’accréditer un instant que quelques sommes et beaucoup d’effronterie. Que faire pourtant dans une si cruelle circonstance? M. de Telême ne balança pas, il réunit tout ce qu’il put trouver d’argent, et décida sa femme à aller elle-même à Paris plaider cette importante affaire en l’assurant que rien ne déterminait des juges dans ce pays-là comme les sollicitations d’une jolie femme. Cette jeune personne timide et novice n’ose d’abord se charger d’une entreprise aussi importante, elle craint d’échouer: que deviendra-t-elle si après avoir dépensé à Paris le peu qui reste aux deux époux, elle est obligée de revenir sans gain de cause? Osera-t-elle se remontrer aux yeux d’un mari qu’elle adore, qu’elle se trouve avoir trompé sans qu’il y ait de sa faute et qu’elle verra mourir de chagrin d’avoir pu songer à la prendre pour femme? Sa délicatesse lui suggère vingt moyens différents de celui qu’on lui propose: elle va vendre le peu qui lui reste, elle l’offre à son mari en faible dédommagement, et elle viendra s’enfermer dans un cloître pour y finir le reste de ses jours. Elle disparaîtra, on ne la reverra plus; ou si l’on veut, elle travaillera, elle gagnera sa vie et fera passer à son mari tout ce que ses talents pourront lui rapporter… Aucun de ces partis dictés bien moins par la sagesse que par le désespoir, ne plaît à M. de Telême: il déclare à sa femme qu’il faut partir, qu’il faut aller solliciter elle-même son procès, et ajoute d’un ton ferme qu’il faut bien plus, qu’il faut le gagner. Vaincue par des instances si vives, par des prières enfin qui ressemblent trop à des ordres pour que la jeune marquise puisse s’y tromper, elle part avec une femme de chambre nommée Flavie, d’environ vingt ans, d’une figure charmante et reconnue pour une fille d’esprit.