Naufrage aux Seychelles
- Автор: Де Вилье Жерар
- Серия: SAS (fr) #49
- Год: 1978
- Язык: французский
- Год: Plon
- ISBN: 2-259-00345-1
- Жанр: Шпионские детективы
Электронная книга - «Naufrage aux Seychelles». Краткое содержание книги:
L’équipement de plongée attendait sur la plage arrière, inutile. Malko sentait le découragement le gagner. Il cherchait quelque chose sans point de repère précis. Pire qu’une aiguille dans une meule de foin. La meule, c’était l’océan Indien. Il commençait même à avoir le mal de mer… Cent fois Rhonda s’était penchée sur la carte.
Pourtant, ils étaient bien sur le sec… Mais la tête de corail recherchée par Malko ne mesurait que quelques dizaines de mètres. Il pouvait labourer l’océan pendant des mois avant de la trouver.
Ou ne jamais la trouver.
Quant au Laconia B, il était peut-être à une dizaine de miles de l’endroit où ils se trouvaient, avec 600 mètres d’eau par-dessus lui… Malko essuya la sueur qui coulait de son front.
— Allons-y !
Maintenant, il lisait le sondeur comme un ingénieur maritime. Rhonda s’installa aux commandes. Cap 380. Vitesse mille tours. Malko commença à lire les graduations : 16 mètres… 12 mètres… 10 mètres… 8 mètres. L’aiguille descend. Le cœur lui bat. Et puis 20 mètres d’un coup. 28… On descend.
Virage au bout de un quart de mile. Cap 270.
Les chiffres : 16… 20… 16… 16… 16… Un plateau sous-marin.
Cap 0.
Et on recommence.
À chaque changement de cap, Rhonda augmentait un peu la distance parcourue pour ne pas balayer tout le temps la même zone. Malko avait mal au dos, la nuque le brûlait, ses yeux le piquaient. Il ne voyait plus ni les poissons volants ni les dauphins, ni les bancs de sardines.
16… 12… 12…
— Attention ! cria Rhonda, je vois quelque chose droit devant.
Malko se dressa, abandonnant le sondeur, écarquilla les yeux. Son cœur se mit à battre. Lui aussi distinguait une masse sombre à fleur d’eau. Ils allaient droit dessus. Un récif. Le récif.
Rhonda s’empara des jumelles et aussitôt jura.
— Shit, c’est un requin-baleine !
L’excitation de Malko tomba d’un coup. C’est d’un œil différent qu’il vit l’énorme cétacé venir tourner autour du Koala, escorté de ses poissons pilotes, puis disparaître majestueusement. Un animal de six mètres de long…
Il n’y avait plus qu’à continuer. Rhonda se laissa retomber sur le plastique brûlant.
— Ce n’est pas possible, soupira-t-elle, on n’y arrivera jamais.
— Plus qu’un jour et demi, l’encouragea Malko.
De toute façon, les problèmes du retour à Mahé seraient tels qu’il y avait peu de chance pour qu’ils puissent repartir. Il retourna à son sondeur, écœuré d’avance.
Le cabin-cruiser avançait à toute petite allure. Brusquement, Rhonda donna un coup de barre à gauche.
— Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Malko immédiatement en éveil.
La jeune femme étendit le bras, montrant des points presque invisibles à l’œil nu.
— Des oiseaux qui « travaillent » là-bas… On ne sait jamais.
Au point où ils en étaient. Cela pouvait être un gros poisson mort remonté à la surface. Un récif ou un banc de petites bonites. Malko resta le regard rivé sur les oiseaux. Enfin, un repère sur cette immensité mouvante. Des oiseaux qui volaient en rond au ras des vagues. Ils restèrent silencieux tandis que l’étrave blanche fendait la mer.
Dix minutes s’écoulèrent. Les oiseaux, peut-être effrayés par le bruit du moteur, s’étaient dispersés. De nouveau, il n’y avait plus que les vagues.
Tout à coup, Rhonda se pencha sur le côté gauche.
— Tu vois quelque chose ? demanda Malko.
Sans conviction. Le sondeur indiquait 24 mètres.
— Je crois, dit-elle, mais ça peut être un reflet…
Elle coupa les moteurs et vint regarder le fond à gauche du bateau, les mains devant les yeux pour se protéger du soleil. Lorsqu’elle se redressa, une lueur de triomphe brillait derrière les verres épais de ses lunettes.
— Regarde, fit-elle, à gauche.
Malko voyait seulement les vagues émeraude. En regardant plus attentivement, il devina une tache marron clair. Du corail ! À deux ou trois mètres de la surface ! Un peu plus loin la houle se transformait en écume blanchâtre : le corail affleurait presque l’eau.
— C’est ça ! cria Malko. Nous y sommes !
Rhonda déjà dégringolait l’échelle pour jeter l’ancre.
Malko resta sur le flying deck, fasciné par cette eau translucide. Le bruit de l’ancre le tira de sa rêverie. Il descendit à son tour. Le Koala avait un peu dérivé et ils se trouvaient maintenant au-dessus du sec. Rhonda revint vers lui, épanouie.
— Je n’y croyais plus ! s’écria-t-elle.
Malko regarda les taches jaunâtres sous le Koala. Il imaginait un cargo lourdement chargé, en pleine nuit, avec un tirant d’eau de huit mètres, se heurtant à cette barrière. À tous les coups, il s’éventrait… Rhonda ressortit du carré avec une bouée lumineuse, un rouleau de cordage et un poids de fonte de dix kilos.
— Nous allons mouiller cette bouée, dit-elle. Comme ça, nous aurons un point de repère.
La bouée mouillée, Malko releva l’ancre et Rhonda relança le Koala à petite vitesse, explorant le sec. Très vite ils en délimitèrent les contours. La partie haute s’étendait sur 300 mètres environ, dans le sens est-ouest, tantôt effleurant l’eau, tantôt descendant à quatre ou cinq mètres. Le Laconia B avait dû s’ouvrir comme une boîte de conserve sur les coraux coupant comme des rasoirs.
Malko fit stopper le bateau et tâcha de se repérer par rapport à Denis. L’emplacement du récif coïncidait très bien avec la course supposée du Laconia B. Mais, pour l’instant ils n’avaient encore découvert aucune trace tangible du naufrage. Ce n’était encore qu’une construction de l’esprit.
— Continuons encore un peu, conseilla Malko.
Rhonda fit avancer le Koala d’un mile. Le sondeur recommença à indiquer une certaine profondeur : 24… 28… 24… 32… Finalement elle stoppa de nouveau.
— Je vais plonger un peu, dit-elle. Si je trouve quelque chose je remonte et tu y vas. J’ai plus l’habitude que toi de cet équipement.
Malko regarda Rhonda disparaître avec appréhension. Une grosse lampe jaune à la main.
Il s’allongea, après avoir inspecté l’horizon à la jumelle. Le soleil lui cuisait la peau, mais il n’avait pas envie de rentrer dans le carré. Un quart d’heure se passa. L’angoisse commençait à l’envahir. Si Rhonda s’était fait attaquer par un requin, il n’en saurait rien.
Enfin, il y eut un clapotis et la silhouette de caoutchouc noir apparut au ras des vagues. Malko se précipita pour l’aider à monter. Rhonda arracha son masque avec un soupir de soulagement, son imposante poitrine agitée d’une houle furieuse.
— Alors ?
— Rien, annonça la jeune femme.
— Je vais plonger à mon tour, dit Malko. Avance d’un quart de mile.
Docilement, Rhonda enleva sa peau de caoutchouc et remonta aux commandes. Malko alla chercher une bouteille pleine dans la cabine. Quand elle coupa les moteurs, il était déjà en train d’enfiler sa combinaison. Elle redescendit et lui tendit un poignard.
— Prends ça, j’ai aperçu un requin.
Il attacha le poignard à sa jambe, arrima sa bouteille, ajusta le masque et dès la première goulée d’air se laissa basculer dans l’eau. Il descendit jusqu’à quinze mètres en une minute, soufflant dans ses narines pour équilibrer la pression. Tout près du fond. Tenta de s’orienter. D’abord, il ne vit que la masse brunâtre et torturée des coraux, à perte de vue. L’eau déformait la vision. Des poissons multicolores rôdaient autour de lui. Il avait la sensation d’être un poisson lui aussi.