365 expressions de nos grands-mères
- Автор: Maillet Jean
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Éditions de l’Opportun
- ISBN: 978-2360751709
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «365 expressions de nos grands-mères». Краткое содержание книги:
Ethnologue de la langue française, il mène l’enquête au fil des pages pour nous révéler ce qu'était un patachon, un as de pique ou de la gnognotte. Malicieuses, imagées, ces expressions sans âge font encore notre bonheur quotidien et témoignent de la richesse de notre langue. Jean Maillet nous offre ainsi un merveilleux voyage dans l’histoire populaire du français !
Jean Maillet est spécialiste de la langue française, il a publié de nombreux ouvrages dont Langue française : Arrêtez le massacre !
Qui parle derrière moi parle à mon cul
L’expression, on s’en doute, ne fut jamais prononcée par grand-mère dont les bonnes manières et le langage policé lui avaient valu le surnom de « petite comtesse » (il est aussi vrai que Comte était son nom de jeune fille), mais elle est assez ancienne pour avoir pu figurer au lexique d’une autre grand-mère, notamment liégeoise ou namuroise puisque la maxime a son équivalent en dialecte de Wallonie dès le XIXe siècle : « Qui djâse drî mi, djâse à m ‘cou. » Elle permet de considérer avec mépris ceux qui médisent de vous sans jamais oser vous affronter directement, de les ignorer et de continuer votre chemin, insensible aux ragots, commérages, cancans et calomnies qui peuvent courir sur votre compte. Le dadaïste Francis Picabia (1879–1953) reprit la formule sous une forme encore plus dédaigneuse : « Ceux qui parlent derrière moi, mon cul les contemple » ou, « Ceux qui médisent derrière mon dos, mon cul les contemple. »
Tu dirais ça à un cul-de-jatte, il te donnerait un coup de pied où je pense[22]
Voilà une réplique apte à dénoncer sottise ou insolence. Imaginer qu’un cul-de-jatte puisse retrouver miraculeusement une jambe et son usage pour vous botter le derrière en dit long sur l’énormité que vous venez de proférer.
Cette plaisanterie appartient à un autre âge où les infirmes en général, les culs-de-jatte en particulier, étaient l’objet de plaisanteries de mauvais goût, comme cette blague… éculée du cul-de-jatte chez le coiffeur :
« Je vous coupe les pattes ?
— Non mais, dites donc, vous voulez mon pied au c… ?
— Je vois. Monsieur s’est levé du pied gauche ce matin !
— Si vous continuez sur ce ton, je ne mettrai plus les pieds chez vous.
— Ne vous fâchez pas, c’était juste pour vous faire marcher ! »
Deux explications au mot cul-de-jatte : le bas du corps de ces infirmes évoque le fond arrondi d’une jatte, ou il s’agit d’une référence à l’appareil qu’utilisaient les estropiés pour se maintenir. L’écrivain Paul Scarron (1610–1660) paralysé des jambes en était… réduit à cette extrémité. Dans son Testament, il écrit en 1660 :
Dame !
Cette exclamation populaire a valeur d’affirmation, d’insistance et peut aussi souligner l’évidence. Elle n’est plus guère utilisée de nos jours qu’en Bretagne, dans le Maine et le Centre-Ouest mais, elle était fréquente aux XVIIe et XVIIIe siècles, chez Molière, Marivaux ou Beaumarchais, par exemple :
« Dame ! oui, je lui dis tout… hors ce qu’il faut lui taire »