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Magie et Cristal

Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:

Prisonniers de Blaine, le monorail fou lancé à pleine vitesse, Roland et ses compagnons filent vers leur destin et, espèrent-ils, la Tour Sombre, leur but ultime. Les épreuves ne font pourtant que commencer pour eux, puisqu’ils devront déjouer les pièges du train infernal pour affronter le Mal aux multiples visages — jusque dans leurs souvenirs et dans leurs rêves, peuplés de signes et de messages qu’ils sont bien en peine de déchiffrer. Ils savent qu’ils doivent protéger la Rose, réceptacle de tout ce que le monde compte encore de magique et de pur, et combattre l’odieux Roi Cramoisi. Les pistoleros ne sont pas au bout de leur quête…
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Parce qu’on est des fantômes, songeait Eddie. Des fantômes qui reposent pas en paix.

Sur la palissade, il y avait des affiches — une des Sex Pistols (celle de la tournée de la reconstitution du groupe, d’après le poster, et Eddie se disait que c’était plutôt marrant — s’il y avait un groupe qui ne se reconstituerait jamais, c’était bien les Sex Pistols), une autre d’un comique du nom d’Adam Sandler, dont Eddie n’avait jamais entendu parler, et une affiche du film Dangereuse alliance sur une bande de sorcières ados. À la suite de cette dernière, on lisait en lettres d’un rose poussiéreux, celui des roses d’été :

Vois l’OURS effrayant de taille !

Ses yeux reflètent le MONDE

Le TEMPS montre sa trame,

Le passé est une devinette

La TOUR t’attend au milieu.

Là, dit Jake pointant le doigt. La rose. Regardez comme elle nous attend, au beau milieu du terrain vague.

Oui, comme elle est belle, ajouta Susannah, qui désigna alors le panneau planté près de la rose, face à la 2e Avenue. Le ton de sa voix et ses yeux trahissaient son trouble. Mais c’est quoi, ça ?

Si l’on en croyait le panneau, deux sociétés immobilières — Les Entreprises Mills et Sombra Promotion — s’associaient pour un projet du nom de Résidence de la Baie de la Tortue, qui devait être construit sur cet emplacement. Quand ? TRÈS BIENTÔT était la seule précision que fournissait le panneau à cet égard.

Je m’en ferais pas pour ça, dit Jake. Ce panneau était déjà là. Il est probablement aussi vieux que…

À ce moment-là, un bruit de moteur se mettant en route déchira l’atmosphère. Au-delà de la palissade, côté 46e Rue du terrain vague, des bouffées de gaz d’échappement marronnasses montèrent tels des signaux de fumée annonciateurs de mauvaises nouvelles. Soudain, les planches de la palissade de ce côté-là explosèrent sous la poussée d’un énorme bulldozer rouge. Même sa pelle était rouge, bien que les mots balafrant le capot — VIVE LE ROI CRAMOISI — soient d’un jaune panique. Perché sur le siège surélevé, son visage en putréfaction les guignant au-dessus des commandes, on reconnaissait le kidnappeur de Jake sur le pont de la Send — leur vieux pote Gasher. Sur le devant de son casque repoussé en arrière, se détachaient en noir les mots Fonderie Lamerk, surmontés d’un œil ouvert.

Gasher abaissa le tranchant du bulldozer qui plongea en diagonale dans le terrain vague, écrasant de la brique, réduisant en poussière scintillante bouteilles de bière et de soda, faisant jaillir des étincelles des morceaux de roche. En plein sur sa trajectoire, la rose penchait sa délicate corolle.

Voyons voir si vous allez poser des questions bêtes, maintenant ! s’écria l’apparition indésirable. Allez-y, exprimez tous vos désirs, mes chers p’tits couillons, pourquoi pas ? Votre vieux pote Gasher, il adeûre les d’vinettes ! Mais y a une chose qu’y faut bien vous fourrer dans le crâne, posez-m’en tant qu’vous voudrez, j’m’en vas quand même vous écrabouiller cette saleté comme une crêpe, ouais, et comment ! Pis, j’lui repass’rai d’ssus, mes chers p’tits couillons ! J’lui arracherai les racines et les feuilles, mes couillons ! Ouais, les racines et les feuilles !

Susannah poussa un cri perçant en voyant la pelle écarlate du bulldozer s’avancer et menacer la rose. Eddie empoigna la palissade à pleines mains. Il voulait sauter par-dessus, se jeter sur la rose pour tenter de la protéger…

… sauf que c’était trop tard. Et qu’il le savait.

Reportant son regard vers la chose caquetante perchée sur le siège du bulldozer, il vit que Gasher avait disparu. Celui qui était aux commandes à présent, c’était Bob le Mécano de Charlie le Tchou-tchou.

Arrêtez ! cria Eddie. Pour l’amour de Dieu, arrêtez-vous !

J’peux pas, Eddie. Le monde a changé, j’peux pas m’arrêter. Je dois bouger avec lui.

Et comme l’ombre du bulldozer tombait sur la rose tandis que la pelle arrachait l’un des pieds du panneau (Eddie s’aperçut alors que TRÈS BIENTÔT s’était transformé en AUJOURD’HUI), il prit conscience que le conducteur n’était pas non plus Bob le Mécano.

Mais que c’était Roland.

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Eddie se redressa en sursaut, sur la bande d’arrêt d’urgence de l’autoroute, cherchant l’air comme un perdu, sa sueur déjà glacée sur sa peau brûlante. Il était sûr d’avoir hurlé, il devait l’avoir fait, mais Susannah dormait toujours à poings fermés près de lui : le haut de ses cheveux dépassait seul du sac de couchage qu’ils partageaient. Jake ronflait légèrement sur sa gauche, un bras hors des couvertures serrant Ote. Le bafouilleux dormait lui aussi.

Mais pas Roland. Tranquillement installé près du feu de camp éteint, il nettoyait ses revolvers à la clarté des étoiles en regardant Eddie.

— Tu as fait de mauvais rêves.

Une constatation, pas une question.

— Ouais.

— Encore une visite de ton frère ?

Eddie fit non de la tête.

— Alors, tu as rêvé de la Tour ? Du champ de roses et de la Tour ?

Le visage de Roland demeurait impassible, mais Eddie percevait l’impatience subtile qui affectait toujours sa voix quand il était question de la Tour Sombre. Eddie avait surnommé autrefois le Pistolero l’Accro de la Tour et Roland ne s’était pas récrié.

— Pas cette fois.

— Alors tu as rêvé de quoi ?

Eddie frissonna.

— Fait froid.

— Oui. Rends grâce à tes dieux, il n’a pas plu, du moins. La pluie d’automne est un mal à éviter chaque fois qu’on le peut. Tu as rêvé de quoi ?

Eddie hésitait toujours.

— Tu ne nous trahiras jamais, hein, Roland ?

— Personne ne peut répondre à coup sûr à une question pareille, Eddie, et j’ai déjà joué les traîtres, plus d’une fois. À ma plus grande honte. Mais… je pense que cette époque est définitivement révolue. Nous ne faisons plus qu’un, nous sommes un ka-tet. Si je trahis un seul d’entre vous — même le petit ami à fourrure de Jake, peut-être —, c’est moi que je trahirai. Pourquoi tu me demandes ça ?

— Et tu ne trahiras jamais ta quête.

— Renoncer à la Tour ? Non, Eddie. Ça, jamais. Raconte-moi ton rêve.

Eddie s’exécuta sans rien omettre. Quand il eut fini, Roland baissa les yeux vers ses revolvers, en fronçant le sourcil. Ils semblaient s’être réassemblés tout seuls pendant le récit d’Eddie.

— Alors ça veut dire quoi que je t’aie vu conduire ce bulldozer à la fin ? Que je te fais toujours pas confiance ? Qu’inconsciemment…

— C’est de l’ologie de la psyché, la kabbale dont je t’ai entendu parler avec Susannah ?

— Oui, si on veut.

— C’est de la merde, dit Roland pour couper court. Des tartines de merde de l’esprit. Les rêves signifient tout ou rien. Et quand ils signifient tout, c’est quasiment des messages de… eh bien, d’autres niveaux de la Tour.

Il regarda Eddie d’un air finaud.

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