Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
Il avait la voix grave ; son visage l’était aussi.
— J’ai bien failli tomber à la renverse, moi aussi. C’est celui de ton bouquin ; et le voilà, plus vrai que nature.
— Nous savons maintenant d’où Miss Beryl Evans a tiré l’idée de Charlie le Tchou-tchou, dit Susannah. Ou bien elle a vécu ici, ou bien un peu avant 1942, quand son bouquin de merde a été publié, elle a visité Topeka…
— … et vu le train pour enfants qui traverse la Roseraie Reinisch et fait le tour de Gage Park, acheva Jake.
Il dominait sa frayeur à présent et lui, qui était non seulement un enfant mais qui, une bonne partie de sa vie, avait été un enfant solitaire, ressentit une bouffée d’amour et de gratitude pour ses amis. Ils avaient vu ce qu’il avait vu, et avaient compris où sa frayeur avait pris sa source. Normal, ils formaient un ka-tet.
— Il ne répondra pas à des questions bêtes, il ne jouera pas à des jeux bêtes, fit Roland, rêveusement. Tu te sens d’attaque pour continuer, Jake ?
— Oui.
— T’en es sûr ? demanda Eddie.
En voyant Jake opiner, Eddie poussa Susannah et lui fit franchir la voie. Roland suivit. Jake hésita encore un instant, se souvenant d’un rêve qu’il avait fait — lui et Ote se trouvaient à un passage à niveau et le bafouilleux avait sauté tout à coup au beau milieu des rails, aboyant comme un perdu contre le phare de la loco qui s’approchait.
Jake se baissa alors et souleva Ote vite fait. Il contempla le train, à l’arrêt dans sa gare, qui rouillait tranquillement. Son phare avant éteint avait tout d’un œil mort.
— J’ai pas peur, dit-il à voix basse. Pas peur de toi.
Le phare, reprenant vie soudain, lança un éclair d’une brièveté aveuglante, comme pour dire de façon grandiloquente : Pas à moi, pas à moi, mon cher petit louchon.
Puis il s’éteignit.
Les trois autres n’avaient rien vu. Jake jeta un dernier coup d’œil au train, s’attendant à ce que le phare lance un nouvel éclair — et même peut-être que la maudite machine démarre pour de bon et tente de l’écraser —, mais rien ne se passa.
Le cœur tambourinant dans sa poitrine, Jake se hâta de rejoindre ses compagnons.
Le Zoo de Topeka (De renommée mondiale, à en croire les divers panneaux) regorgeait de cages vides et de cadavres d’animaux. Les bêtes qu’on avait libérées avaient disparu, les autres étaient mortes à proximité. Les grands singes se trouvaient encore dans le secteur Habitat du Gorille et paraissaient être morts, main dans la main. Eddie faillit en chialer. Depuis qu’il n’avait plus trace d’héroïne dans les veines, ses émotions menaçaient constamment d’exploser comme un cyclone. Ses vieux potes se seraient bien marrés.
Au-delà de l’Habitat du Gorille, le cadavre d’un loup gris gisait au beau milieu du chemin. Ote s’en approcha précautionneusement, le renifla, puis, étirant son long cou, commença à hurler à la mort.
— Fais-le arrêter ça, Jake, tu m’entends ? fit Eddie d’un ton bourru.
Il prit soudain conscience de l’odeur des bêtes en décomposition. C’était une senteur vague que la chaleur de l’été finissant avait quasiment évaporée, mais ce qu’il en subsistait dans l’air lui donna envie de gerber. Même s’il avait du mal à se rappeler la dernière fois qu’il avait mangé.
— Ote ! Au pied !
Ote lança un dernier hurlement et s’en retourna près de Jake. Il leva vers lui ses yeux cerclés d’or, comme d’inquiétantes alliances. Jake le prit dans ses bras, lui fit contourner le loup, puis le reposa sur le sentier pavé de briques.
Le sentier les amena jusqu’à une volée de marches des plus raides (déjà envahie par les mauvaises herbes qui s’insinuaient à travers la maçonnerie). Une fois au sommet, Roland jeta un coup d’œil rétrospectif sur le zoo et les jardins. De là-haut, ils distinguaient très nettement le circuit de la voie de chemin de fer miniature qui permettait aux passagers de Charlie d’effectuer le tour complet de Gage Park. Au-delà, une bourrasque de vent froid balayait à grand tapage les feuilles mortes sur Gage Boulevard.
— Ainsi chut Lord Perth, murmura Roland.
— Et la contrée a tremblé sous ce coup de tonnerre, acheva Jake.
Roland le regarda d’un air surpris, tel un homme émergeant d’un profond sommeil. Puis il sourit et lui entoura les épaules de son bras.
— J’ai joué les Lord Perth dans le temps, dit-il.
— Ah oui ?
— Oui. Très bientôt, tu en entendras parler.
Au-delà des marches se trouvait une volière remplie d’oiseaux exotiques crevés ; au-delà de la volière, un snack-bar affichait (avec une certaine cruauté, peut-être due au lieu) : LE MEILLEUR BUFFALOBURGER DE TOUT TOPEKA ; au-delà du snack-bar, on lisait sur l’enseigne d’une nouvelle arche en fer forgé : À TRÈS BIENTÔT À GAGE PARK ! Au-delà, enfin, on distinguait la courbe d’une bretelle d’autoroute à accès limité. Au-dessus se détachaient nettement les panneaux verts qu’ils avaient repérés tout d’abord, depuis l’autre côté.
— Et c’est reparti pour un tour de péagisage, fit Eddie de façon presque inaudible. Nom de Dieu, soupira-t-il.
— C’est quoi le péagisage, Eddie ?
Jake ne comptait pas qu’Eddie lui répondrait ; quand Susannah pivota pour le regarder, Eddie, empoignant encore à pleines mains les bras de son nouveau fauteuil roulant, détourna les yeux. Puis il fixa tour à tour Susannah et Jake.
— C’est pas joli-joli. À l’image de ma vie avant que Gary Cooper ici présent ne me tire à travers la Grande Faille Temporelle.
— Tu n’es pas obligé…
— C’est pas très important non plus. On se réunissait en bande — moi, mon frère Henry, Bum O’Hara d’habitude parce qu’il avait une bagnole, Sandra Corbitt et peut-être aussi ce pote de mon frère qu’on appelait Jimmie Polio — et on mettait nos noms dans un chapeau. Celui qu’on tirait au sort était le… le guide du trip, Henry l’appelait comme ça. Lui — ou elle, si ça tombait sur Sandi — devait rester clean de dope. Enfin, tout est relatif. Tous les autres se défonçaient grave. Ensuite on s’entassait dans la Chrysler de Bum et on filait dans le Connecticut par l’Interstate 95 ou bien on fonçait vers le nord de l’État de New York en se farcissant la route touristique Taconic… sauf que nous, on l’appelait la Catatonique. On s’écoutait les Creedence Clearwater Revival, Marvin Gaye ou même le best-of d’Elvis sur l’autoradio. C’était mieux la nuit et quand c’était la pleine lune. On glandait des heures parfois, la tête à la portière comme les chiens, à mater la lune et à guetter les étoiles filantes. On appelait ça faire un tour de péagisage.
Eddie sourit, avec effort semblait-il.
— Une vie de rêve, j’vous dis que ça, les mecs.
— Ça m’a l’air plutôt sympa, fit Jake. Pas la partie drogue, etc., je veux dire, mais rouler avec des copains la nuit, regarder la lune en écoutant de la musique… moi, je trouve ça super.
— Ouais, ça l’était, reconnut Eddie. Même si, quand on était bourrés à bloc de reds[4], on était capables d’arroser aussi bien nos godasses que les buissons, c’était super.
Il marqua un temps.
— C’est ça le plus horrible, tu piges pas ?
— Va pour le péagisage. C’est parti, fit le Pistolero.
Et quittant Gage Park, ils gagnèrent l’entrée de la rampe d’accès à l’autoroute.
On avait bombé les deux panneaux flanquant la courbe ascendante de la bretelle. Sur celui où on lisait : SAINT LOUIS 344, on avait barbouillé en noir par-dessus :
4
Reds, terme argotique désignant les comprimés de Seconal. (N.d.T.)