Angélique et le roi Part 1
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Серия: Angelique #5
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Angélique et le roi Part 1». Краткое содержание книги:
– Oh ! mon chagrin n'est pas grave. C'est surtout nerveux... Parce que j'ai mal.
– Mal ? Où cela ?
Elle lui montra son poignet.
– Je voudrais bien savoir quel est le sagouin qui vous a traitée de cette façon ! s'écria Péguilin, outré. Nommez-le-moi, Madame, et je vais lui demander raison de ce pas.
– Ne vous indignez pas, Péguilin. Il a, hélas, tous les droits sur moi.
– Voulez-vous dire qu'il s'agit du beau marquis votre époux ? Angélique ne répondit pas, mais se remit à pleurer.
– Hé ! Que peut-on attendre de mieux d'un mari, fit Péguilin d'un air dégoûté. C'est assez dans le style de celui que vous vous êtes choisi. Mais aussi pourquoi vous obstinez-vous à le fréquenter ?
Angélique s'étouffait dans ses larmes.
– Voyons ! Voyons ! reprit plus doucement Péguilin, il ne faut pas vous mettre dans cet état. Pour un homme ! Et par surcroît, pour un mari !... Mais vous êtes démodée, mon trésor, vous êtes malade ou... D'ailleurs il y a en vous depuis longtemps quelque chose qui ne va pas. Voici déjà un moment que je voudrais vous en entretenir... Mais d'abord mouchez-vous.
D'une batiste immaculée tirée de sa propre poche il lui essuya gentiment le visage et les yeux. Elle voyait tout près d'elle son regard brillant et moqueur, et dont la Cour entière, y compris le souverain, avait appris à redouter l'éclat de malice. L'existence mondaine, les débauches marquaient déjà d'un pli les coins de sa bouche sarcastique. Mais il y avait sur toute sa physionomie une plaisante expression de vie et de contentement. Il était du Sud, un Gascon brûlant comme le soleil et vif comme la truite qu'on pêche dans les gaves des Pyrénées.
Elle le regarda avec amitié. Il sourit.
– Ça va mieux ?
– Je crois.
– Nous allons arranger cela, fit-il.
Il laissa passer un moment, l'examinant en silence avec attention. Ils se trouvaient isolés du va-et-vient de la galerie que parcouraient sans cesse courtisans et valets. Il fallait monter trois marches pour accéder à ce renfoncement presque entièrement occupé par le canapé, dont les accoudoirs dissimulaient aux regards les occupants.
Par ce crépuscule hâtif de l'hiver, la seule clarté leur venait de la fenêtre, où jouait l'or rouge du soleil couchant. On pouvait apercevoir, déjà envahie de brume, une terrasse sablée avec des vases de marbre, et le miroitement d'un bassin.
– Vous dites que ce coin discret où nous nous trouvons s'appelle le cabinet de Vénus ? s'informa Angélique.
– Oui. L'on y est, autant qu'il se peut en cette Cour, à l'abri des curiosités, et la rumeur publique raconte volontiers que les amants trop impatients y viennent, parfois, sacrifier à l'aimable déesse. Angélique, n'avez-vous pas quelque tort à vous reprocher envers celle-ci ?
– Envers la déesse des amours ?... Péguilin, je lui reprocherais plutôt de se montrer oublieuse à mon égard.
– Je n'en suis pas si certain, fit-il rêveur.
– Que voulez-vous dire ?
Il secoua la tête, médita, un poing sous le menton.
– Sacré Philippe ! soupira-t-il, qui saura jamais ce qui se cache dans ce drôle de corps ? N'avez-vous jamais essayé de glisser quelque poudre bienfaisante dans son verre, le soir avant qu'il n'aille vous rejoindre ? On dit que le baigneur La Vienne, dont l'établissement est rue du Faubourg-St-Honoré, a des drogues propres à rendre la vigueur aux amants épuisés par de trop fréquents sacrifices, aussi bien qu'aux vieillards ou à ceux qu'une complexion peu chaleureuse détourne de l'autel de Vénus. Il y a entre autres une substance nommée pelleville dont on dit merveille.
– Je n'en doute pas. Mais ces méthodes ne me plaisent guère. Il faudrait au surplus que j'aie parfois l'occasion d'approcher Philippe d'assez près pour atteindre au moins... son verre. Ce qui ne m'arrive pas souvent.
Les yeux de Péguilin s'arrondirent.
– Vous ne voulez pas dire que votre époux est si complètement indifférent à vos charmes qu'il en vient à ne jamais se présenter dans vos appartements ?
Angélique eut un petit soupir tremblé.
– Oui, c'est ainsi, fit-elle d'un ton morne.
– Et... qu'en pense votre amant en titre ?...
– Je n'en ai point.
– Quoi ?
Lauzun sursauta.
– Alors, disons... vos amis de passage ?
– ...
– Vous allez peut-être oser m'avouer que vous n'en avez point ?
– J'oserai, en effet, Péguilin, car c'est la vérité.
– In-vrai-sem-bla-ble ! murmura Péguilin en faisant mine de s'effondrer comme sous l'annonce d'une tragique nouvelle... Angélique, vous méritez une fessée.
– Comment ? se rebiffa-t-elle, mais ce n'est pas ma faute.
– Tout est de votre faute. Quand on a votre peau, vos yeux, votre tournure, on ne peut s'en prendre qu'à soi d'un pareil gâchis. Vous êtes un monstre, une créature exaspérante et redoutable !
Il lui posa un doigt dur contre la tempe.
– Qu'y a-t-il là, dans votre méchante petite caboche ? Des calculs, des projets, des échafaudages périlleux d'affaires compliquées qui laissent pantois jusqu'à M. Colbert et tout marri M. Le Tellier ? Les graves bonshommes vous tirent leur calotte et les jeunes, affolés, ne savent comment garder leurs derniers sols de vos mains rapaces. Et avec cela, un visage d'ange, des yeux qui vous noient dans leur lumière, des lèvres qu'on ne peut regarder sans avoir envie de les meurtrir de baisers ! Votre cruauté atteint au raffinement. Vous vous composez des apparitions stupéfiantes de déesse... Et pour qui ? Je vous le demande ?
La violence de Lauzun démontait Angélique.
– Que voulez-vous, hasarda-t-elle, j'ai tant à faire.
– Que diable une femme peut-elle avoir à faire d'autre que l'amour ?... En vérité, vous n'êtes qu'une égoïste enfermée dans une tour que vous vous êtes construite pour vous préserver de la vie.
Angélique demeura surprise de tant de perspicacité sous cette perruque légère de courtisan.
– C'est cela et ce n'est pas tout à fait cela, Lauzun. Qui peut me comprendre ?... Vous n'avez pas été en Enfer...
Elle abandonna sa tête en arrière et ferma les yeux, prise d'une grande lassitude. Tout à l'heure elle était brûlante, mais maintenant il lui semblait éprouver la froideur de son sang dans ses veines. Quelque chose qui ressemblait à la mort où à l'approche de la vieillesse. Elle eut envie d'appeler Péguilin à son secours et en même temps sa raison lui démontra que ce sauveteur pourrait l'entraîner vers d'autres dangers ; elle décida de s'éloigner du terrain glissant. Elle se redressa et demanda d'un ton enjoué :
– Au fait, Péguilin, vous ne m'avez pas dit si vous aviez enfin obtenu votre charge de grand-maître ?
– Non, dit calmement Péguilin.
– Comment non ?
– Non, vous m'avez déjà fait le coup à plusieurs reprises, mais cette fois je ne me laisserai pas piéger. Je vous tiens et vous n'en êtes pas quitte avec moi. Pour l'heure ce n'est pas ma charge de grand-maître qui m'intéresse, mais de savoir pourquoi votre vie de femme se trouve réfugiée là, dans votre petit crâne dur, et non pas là, ajouta-t-il en posant une main précise sur la poitrine de la jeune femme.
– Péguilin ! protesta-t-elle en se levant.
Mais il la rattrapa prestement et la basculant contre son bras droit, il glissa la main gauche sous ses genoux, lui faisant perdre l'équilibre et la contraignant à se retrouver à demi étendue sur le divan, le buste appuyé contre lui.
– Taisez-vous et tenez-vous tranquille, ordonna-t-il en levant un doigt magister. Laissez la Faculté examiner le cas. Je le crois critique, mais non désespéré. Allons, un bon mouvement. Récitez-moi sans manières les noms de tous les gentils seigneurs qui tournent autour de vous et perdent le sommeil à la seule évocation de votre personne.