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La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette [Flickan som lekte med elden - fr]

Электронная книга - «La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette [Flickan som lekte med elden - fr]». Краткое содержание книги:

Tandis que Lisbeth Salander coule des journées supposées tranquilles aux Caraïbes, Mikael Blomkvist, réhabilité, victorieux, est prêt à lancer un numéro spécial de Millénium sur un thème brûlant pour des gens haut placés : une sombre histoire de prostituées exportées des pays de l'Est.
Mikael aimerait surtout revoir Lisbeth. Il la retrouve sur son chemin, mais pas vraiment comme prévu : un soir, dans une rue de Stockholm, il la voit échapper de peu à une agression manifestement très planifiée. Enquêter sur des sujets qui fâchent mafieux et politiciens n'est pas ce qu'on souhaite à de jeunes journalistes amoureux de la vie.
Deux meurtres se succèdent, les victimes enquêtaient pour Millénium. Pire que tout, la police et les médias vont bientôt traquer Lisbeth, coupable toute désignée et qu'on a vite fait de qualifier de tueuse en série au passé psychologique lourdement chargé.
Mais qui était cette gamine attachée sur un lit, exposée aux caprices d'un maniaque et qui survivait en rêvant d'un bidon d'essence et d'une allumette ? S'agissait-il d'une des filles des pays de l'Est, y a-t-il une hypothèse plus compliquée encore ? C'est dans cet univers à cent à l'heure que nous embarque Stieg Larsson qui signe avec ce deuxième volume de la trilogie Millénium un thriller au rythme affolant.
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Harriet Vanger prit un taxi pour l'hôtel Sheraton et monta à sa chambre au sixième étage. Elle se déshabilla, se coula dans un bain, se sécha et enfila la robe de chambre que l'hôtel proposait. Ensuite elle s'assit devant la fenêtre pour admirer la vue sur Riddarholmen. Elle ouvrit un paquet de Dunhill et alluma une cigarette. Avec trois ou quatre cigarettes par jour, elle se considérait pratiquement comme non fumeuse et cela lui permettait de jouir de quelques bouffées friponnes sans avoir mauvaise conscience.

A 21 heures, on frappa à la porte. Elle ouvrit et fit entrer Mikael Blomkvist.

— Voyou, dit-elle.

Mikael sourit et lui fit la bise.

— Pendant une seconde, j'ai vraiment cru que vous alliez me foutre à la porte.

— On ne l'aurait jamais fait de cette manière-là. Tu comprends pourquoi on voulait reformuler le contrat ?

— Oui. Ça me semble tout à fait honnête.

Mikael ouvrit la robe de chambre, posa une main sur son sein et serra doucement.

— Voyou, dit-elle encore.

DE LA RUE, ELLE AVAIT VU LA FENÊTRE éclairée et elle entendait de la musique à l'intérieur. Lisbeth Salander s'arrêta devant la porte marquée Wu. Elle en tira la conclusion que Miriam Wu habitait toujours son F1 dans Tomtebogatan près de la place Sankt Eriksplan. On était vendredi soir et Lisbeth avait à moitié espéré que Mimmi soit sortie s'amuser quelque part et que l'appartement soit éteint et silencieux. Il lui restait à savoir si Mimmi voulait encore d'elle et si elle était seule et disponible.

Elle appuya sur la sonnette. Mimmi ouvrit la porte et leva les sourcils, surprise. Puis elle s'adossa au chambranle, la main sur la hanche.

— Salander ! Je te croyais morte ou quelque chose de ce genre.

— Quelque chose de ce genre, dit Lisbeth.

— Qu'est-ce que tu veux ?

— Il y a beaucoup de réponses à cette question-là.

Miriam Wu laissa ses yeux errer dans la cage d'escalier avant de les poser de nouveau sur Lisbeth.

— Dis-en une, pour voir.

— Eh bien, vérifier si tu es toujours célibataire et si tu aimerais de la compagnie cette nuit.

Mimmi resta bouche bée pendant quelques secondes avant d'éclater soudain de rire.

— Je ne connais qu'une seule personne qui aurait l'idée de sonner à ma porte après un an et demi de silence pour me demander si j'ai envie de baiser.

— Tu veux que je m'en aille ?

Mimmi s'arrêta de rire. Elle garda le silence pendant quelques secondes.

— Lisbeth... mon Dieu, tu es sérieuse !

Lisbeth attendit.

Pour finir, Mimmi soupira et ouvrit grande la porte.

— Entre. Je peux au moins t'offrir un café.

Lisbeth la suivit et s'assit sur l'un des deux tabourets que Mimmi avait placés de part et d'autre d'une table à manger dans l'entrée, juste derrière la porte. L'appartement de vingt-quatre mètres carrés comportait une pièce exiguë et une entrée juste assez grande pour pouvoir y placer quelques meubles. La cuisine avait trouvé place dans un coin de l'entrée où Mimmi avait installé l'eau en tirant un tuyau depuis les toilettes.

Tandis que Mimmi préparait le café, Lisbeth la regarda à la dérobée. Miriam Wu avait pour parents une Chinoise de Hong-Kong et un Suédois de Boden. Elle utilisait le nom de famille de sa mère. Lisbeth savait que ses parents étaient toujours mariés et habitaient à Paris. Mimmi était inscrite en sociologie à la fac de Stockholm. Elle avait une sœur plus âgée qui étudiait l'anthropologie aux Etats-Unis. Les gènes de la mère se manifestaient sous forme de cheveux raides aile de corbeau qu'elle avait coupés court, et de vagues traits asiatiques. De son père elle avait des yeux bleus qui lui donnaient un air particulier. Sa bouche était large et elle avait des fossettes qui ne venaient ni de la mère ni du père.

Elle avait trente et un ans. Elle aimait s'affubler de vêtements en vinyle et fréquenter les boîtes de nuit où on donnait des spectacles, auxquels elle participait parfois elle-même. Lisbeth n'avait pas mis les pieds dans une boîte depuis ses seize ans.

Outre ses études de sociologie, Mimmi travaillait un jour par semaine comme vendeuse à Domino Fashion dans une rue transversale de Sveavägen. La clientèle de Domino avait un besoin vital de vêtements provocateurs du type tenue d'infirmière en latex ou panoplie de sorcière en cuir noir, et le magasin répondait du design et de la fabrication de ces costumes. Mimmi était copropriétaire de la boutique avec des copines. Cela représentait quelques milliers de couronnes chaque mois en renfort du prêt étudiant. Lisbeth Salander avait découvert Mimmi quelques années plus tôt alors qu'elle s'exhibait dans un show lors de la Gay Pride, puis elle l'avait croisée sous un chapiteau à bière plus tard dans la nuit. Mimmi portait une drôle de robe en plastique couleur citron, plus faite pour montrer que pour cacher. Lisbeth avait eu du mal à trouver une nuance érotique à cet accoutrement, mais elle était suffisamment soûle pour avoir eu soudain envie de draguer une fille déguisée en citron. A la grande surprise de Lisbeth, le citron avait jeté un regard sur elle, l'avait embrassée sans la moindre gêne en disant : Toi, je te veux ! Elles étaient rentrées chez Lisbeth et avaient fait l'amour toute la nuit.

— Je suis comme je suis, dit Lisbeth. Je me suis tirée pour m'éloigner de tout et de tout le monde. J'aurais dû te dire au revoir.

— Je croyais qu'il t'était arrivé quelque chose. Mais c'est vrai qu'on n'a pas eu beaucoup de contacts les derniers mois avant que tu partes.

— J'étais super-occupée.

— Tu es vraiment une fille mystérieuse. Tu ne parles jamais de toi, je ne sais pas où tu bosses et je ne savais pas qui appeler quand tu ne répondais plus au portable.

— En ce moment je n'ai pas de boulot en particulier, et permets-moi de te dire que tu étais exactement comme moi. Tu voulais baiser avec moi mais je ne t'intéressais pas spécialement, et puis tu préfères la vie en solo. Pas vrai ?

Mimmi regarda Lisbeth.

— C'est vrai, finit-elle par dire.

— Et c'était pareil pour moi. Je voulais baiser mais je ne voulais pas vivre en couple avec toi. Je n'ai jamais rien promis.

— Tu as changé, dit Mimmi.

— Pas tant que ça.

— Tu as l'air plus âgée. Plus mature. Tu ne t'habilles pas pareil. Et tu as rembourré ton soutien-gorge avec quelque chose.

Lisbeth se tortilla sur elle-même mais ne répondit pas. Mimmi venait de toucher son point sensible, et elle avait du mal à déterminer comment elle allait expliquer l'affaire aux gens qui la connaissaient. Mimmi l'avait vue nue et elle remarquerait forcément qu'il y avait un changement. Pour finir, elle baissa les yeux et murmura :

— Je me suis fait faire des seins.

— Qu'est-ce que t'as dit ?

Lisbeth leva les yeux et parla plus fort, sans se rendre compte du ton de défi qu'elle prenait.

— Je suis allée dans une clinique en Italie pour me faire poser des implants. C'est pour ça que j'avais disparu. Ensuite, j'ai simplement continué à voyager. Je suis de retour maintenant.

— Tu plaisantes ?

Lisbeth regarda Mimmi avec des yeux inexpressifs.

— Ah, je suis bête. Tu ne plaisantes jamais, mademoiselle Spock.

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