Arthur et la guerre des deux mondes
- Автор: Besson Luc
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Arthur et la guerre des deux mondes». Краткое содержание книги:
Devant l'ampleur du danger, Arthur et ses amis vont exploiter toutes les astuces, tirer profit des situations les plus inattendues et tout faire pour déjouer l'effroyable plan de Maltazard.
Mais est-ce que cette cause n'est pas perdue d'avance lorsque l'on ne mesure que deux millimètres?
Arthur pousse un profond soupir et lui fait quand même un petit signe d'adieu. Sélénia, à genoux au bord de la ruche, sourit à son prince et lui renvoie un baiser.
Arthur est resté trop longtemps la tête en l'air et ça le fait tousser. Il crachote un peu et quelques pépites d'or tombent au sol. Ce sont les restes du miel royal fabriqué par la reine.
Tandis qu'Arthur s'en va vers la maison, une fourmi vient dans les parages. Une petite fourmi que l'on a déjà croisée puisqu'elle a une tache rose sur la tête. Souvenez-vous, elle se promenait sur la robe de Rose et cette dernière lui avait mis un coup de pinceau à vernis pour la faire partir.[8]
Depuis que la fourmi est marquée de cette tache rose sur la tête, elle est la risée de toute la colonie. Ce qui explique d'ailleurs pourquoi elle se retrouve seule à errer ainsi dans la forêt, loin de sa fourmilière.
La petite fourmi s'approche de cette étrange nourriture et la tripote de partout, du bout de ses antennes. Ça ressemble vaguement à ces morceaux de miel qui, par jour de grand vent, se décrochent des ruches. Le miel est un excellent produit, très vitaminé et on n'a pas besoin d'être un ours pour le savoir. La fourmi a pris sa décision : elle goutte un morceau et si l'aliment lui paraît bon, elle ramènera le reste à la colonie. Forte de cette décision, ma foi fort judicieuse, la petite fourmi à tête rose croque à plein bec dans la pépite de miel véritablement royal.
- Je t'assure, Armand, ton fils était dans la ruche ! Les abeilles me l'ont écrit et je sais bien lire tout de même ?! se défend Rose, encore un peu faible.
Son mari la force gentiment à s'installer sur la chaise longue.
- Je sais, chérie ! Arthur mesure deux millimètres et vit maintenant dans une ruche, tandis que les abeilles savent lire et écrire et s'apprêtent à être publiées dans la Pléiade ! répond son mari en hésitant entre humour et agacement.
Il met une couverture sur les genoux de sa femme et lui colle son tube de vernis dans les mains, histoire qu'elle s'adonne à son activité préférée.
C'est le moment que choisit notre fourmi à tête rose pour faire son apparition. Elle s'arrête à quelques mètres de la maison et observe Rose dans sa chaise longue.
- Oh ! Une fourmi géante ! lance-t-elle avec un sourire désabusé.
C'est vrai que si on ne s'affole pas pour une abeille qui écrit en bon français, y a pas de raison de le faire pour une fourmi de deux cents kilos.
- Bien sûr ! Une fourmi géante ! avec des points bleus ! s'écrie son mari, fatigué de ses délires.
- Non ! avec une tache rose ! précise la femme avec justesse.
Armand soupire et se redresse. Il suffirait qu'il se retourne pour s'apercevoir que sa femme dit vrai. Mais pour se retourner il faudrait qu'il ait un doute et Armand ne doute jamais.
- Je vais te faire une petite camomille, ça va te calmer ! dit-il en partant vers la cuisine.
-... Merci, répond Rose avec dix secondes de retard.
Elle regarde l'énorme fourmi s'avancer vers elle. N'importe qui d'autre se serait déjà évanoui, mais pour une fois, Rose reste avec nous. Elle a même un sourire béat, comme si elle était subjuguée par la qualité de son rêve, par cette image qui semble sortie tout droit d'un parc d'attractions. Mais la fourmi n'est pas une image en trois dimensions. Elle est bel et bien devant elle, aussi grosse qu'une voiture. Le sourire de Rose disparaît d'un seul coup quand elle voit de plus près la tache qui porte sa signature. Elle se souvient alors de son coup de pinceau malheureux et en mesure maintenant les conséquences.
- Euh... je suis désolée pour... pour la tache ! balbutie la pauvre femme qui ne pensait pas devoir un jour s'excuser de ce geste. J'ai du dissolvant si vous voulez ?
La fourmi est intelligente, mais il y a peu de chances que ce mot barbare fasse partie de son vocabulaire. La grosse bête arrache le tube de vernis des mains de Rose et lui verse le contenu sur la tête. Rose ne dit rien et n'ose même pas bouger. Elle subit l'humiliation, comme la petite fourmi l'a subie avant elle.
- Je... je comprends votre colère. C'est vrai que ce n'est pas agréable ! admet volontiers la femme, les mains crispées sur sa chaise longue.
La fourmi jette le tube et regarde la Rose qui porte désormais vraiment bien son nom.
- On est quittes ? sans rancune ? dit la jeune femme en tendant fébrilement la main.
La fourmi géante regarde ce bras tendu avec perplexité, mais semble comprendre l'intention. Chez elle, on ne se serre pas la main, mais la patte, et il y a de fortes chances que le sens de ce geste soit à peu près le même. La fourmi tend sa patte et Rose la saisit du bout des doigts.
Elles échangent une poignée de main qui scelle ainsi leur amitié.
Ça klaxonne à l'entrée de la propriété. Rose voit effectivement une voiture arriver dans la cour.
- Je vais faire de la limonade, dit-elle à la fourmi en se levant.
Et la voilà partie vers la cuisine où elle va se faire une coupure au doigt, mettre le feu ou Dieu sait quoi encore...
Armand se précipite à la porte d'entrée, le sourire aux lèvres, comme s'il avait enfin retrouvé Arthur. Pourtant ce n'est que sa voiture qui est enfin sortie du garage et que le garagiste lui a aimablement rapportée.
- Oh ! C'est formidable ! s'exclame Armand, qui a les larmes aux yeux.
Il s'agenouille à l'avant de sa voiture et caresse la calandre comme si elle était aussi précieuse que la Joconde.
Un gros monsieur plein de cambouis sort de la dépanneuse sur laquelle figure le logo du garage « Surcouf ».
- Vous avez de la chance, j'ai un client qui a le même modèle que vous, mais lui il s'est fait défoncer l'arrière ! Alors je lui ai piqué la calandre, sinon fallait attendre deux mois pour avoir les pièces !
- C'est formidable ! répond Armand avec émotion.
- Vous pouvez me signer le reçu ?
Armand prend la facture et en lit le montant exorbitant. C'est pas « Surcouf » qu'aurait dû s'appeler le garage, mais plutôt « Surcoût ». Son sourire et sa bonne humeur disparaissent immédiatement.
- Ah !.. c'est... c'est formidable ! fait-il, les dents serrées. Je peux vous faire un chèque ?
- Bien sûr ! De toute façon je ne m'attendais pas à ce que vous ayez une telle somme en liquide ! plaisante le garagiste, trop content de plumer son pigeon.
Armand se dirige vers la maison en relisant la facture. Il n'en croit toujours pas ses yeux.
- Vous savez que vous êtes plus cher que dans les grandes villes ?
- Ah oui ? Mais les grandes villes c'est beaucoup plus loin et vous auriez eu l'air malin à pousser votre voiture sur deux cents kilomètres ! plaisante le garagiste, qui exulte d'entuber un citadin.
Armand entre dans la maison et fouille dans les poches de sa veste, à la recherche de son chéquier.
- Oh là là, il fait une chaleur ! Je boirais bien un petit coup, moi ! lance le garagiste qui entre, sans même s'essuyer les pieds.
- Avec ce que je vais vous donner, vous allez avoir de quoi boire un coup à ma santé ! rétorque Armand, bien décidé à ne pas se laisser envahir.
A cet instant, Arthur sort de la forêt. Il court jusque derrière le garage pour se cacher. Si jamais ses parents le voient, ils seront contents, mais jamais ne croiront son histoire et, pendant ce temps-là, Maltazard continuera ses méfaits. La meilleure solution est donc de s'occuper de M en premier et de ses parents ensuite.
- Signez là, s'il vous plaît ! demande le garagiste en tendant un papier rose.