Arthur et la guerre des deux mondes
- Автор: Besson Luc
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Arthur et la guerre des deux mondes». Краткое содержание книги:
Devant l'ampleur du danger, Arthur et ses amis vont exploiter toutes les astuces, tirer profit des situations les plus inattendues et tout faire pour déjouer l'effroyable plan de Maltazard.
Mais est-ce que cette cause n'est pas perdue d'avance lorsque l'on ne mesure que deux millimètres?
Le commandant prend alors la meilleure des décisions.
- En voiture !! hurle-t-il à ses hommes, qui aussitôt abandonnent leur matériel pour se ruer vers le camion.
Le commandant Bellerive se tourne alors vers les Bogo- Matassalaïs et les menace du doigt.
- Je reviendrai ! déclame-t-il comme un mauvais acteur, avec un regard noir qui se veut méchant.
Les Bogo-Matassalaïs lui sourient et font au revoir de la main, ce qui exaspère notre pompier de service. Il tape du pied en signe d'impuissance et retourne au camion. Armand est désespéré.
Sa femme est ravie.
Chapitre 15
La petite ville d'habitude si paisible, où Marguerite aime à faire ses courses, est aujourd'hui à feu et à sang. Les séides, sur leurs moustiks géants, ont pris le contrôle des airs et ils foncent en rase-mottes sur les habitants qui courent dans tous les sens en hurlant. La panique est générale, la police est débordée, les vitrines sont cassées tandis que les premiers feux font leur apparition. Jamais le village n'a connu pareil désastre. Maltazard est hilare, car tout ce chaos l'enchante.
- Ça fait du bien de revenir aux affaires ! dit-il avec satisfaction, tandis que des séides passent devant lui, comme s'ils faisaient une démonstration aérienne.
Au bout de la rue, il aperçoit le rutilant camion de pompiers qui arrive en ville, sirène hurlante. Le commandant Bellerive n'en croit pas ses yeux. Des moustiks gros comme des avions de chasse lacèrent le ciel de traînées de feu et les gens hurlent de tous côtés en implorant le ciel.
Mais le ciel, pour l'instant, est noir de moustiks.
- Qu'est-ce qu'on fait, chef ? bégaye le chauffeur qui tremble tellement qu'il fait vibrer toute la cabine.
Le commandant tend un bras vers l'avant et semble bien décidé.
- On fonce ! Et surtout... on ne s'arrête pas ! dit-il avec l'assurance des lâches. On va vite prévenir la caserne de la ville voisine !
- Mais il y a des maisons en feu, on va pas s'arrêter pour les éteindre ? demande naïvement le sous-chef.
- Absolument pas ! précise le commandant. Cette affaire est beaucoup trop importante pour être confiée à de simples volontaires comme nous ! C'est à l'armée de régler ce genre de catastrophe !
Le camion de pompiers traverse donc la ville sans s'arrêter, au grand désespoir des habitants.
Maltazard, surpris par tant de lâcheté, éclate de rire.
- Décidément, je sens que je vais bien me plaire dans ce nouveau monde ! s'exclame-t-il, avant d'ordonner, du bout des doigts, un nouvel assaut.
Une dizaine de moustiks se mettent en formation de combat et piquent vers la station-service. Ils arrachent, sur leur passage, les deux pompes et c'est une nappe gigantesque de carburant qui se répand aussitôt sur la chaussée. La rue étant légèrement en pente, le dangereux liquide se dirige naturellement vers le centre-ville. Maltazard fait alors un autre signe et un moustik passe à vive allure à côté d'un poteau électrique.
Un méchant coup d'aile coupe le poteau en deux et le fil électrique s'abat inéluctablement sur la rivière d'essence. La rue entière s'enflamme d'un seul coup, créant une panique supplémentaire. Les gens fuient la ville, comme des rats quittent un navire. Maltazard jubile. Il est à nouveau le maître absolu, il règne maintenant sur les deux mondes et plus personne ne pourra l'arrêter.
Le seul et unique espoir réside dans cette magnifique goutte de miel, toute dorée, qui vient de sortir de l'abdomen de la reine des abeilles. Une goutte de liqueur de miel si puissante qu'elle peut faire grandir en quelques secondes n'importe qui. Passer d'une taille à une autre n'est pas en soi si difficile, passer d'un monde à l'autre l'est davantage et il n'y a guère, dans cette ruche, qu'Arthur qui en soit capable.
Valiome-le-traducteur fait rouler la perle dorée jusqu'au bord de la ruche, là où se tient Arthur. Sélénia et Bétamèche sont à côté de lui. Valiome appuie sur la goutte, la plie en deux, la compresse, l'aplatit, la plie à nouveau et la réduit ainsi jusqu'à ce qu'elle soit suffisamment petite pour pouvoir être avalée. Une fois cette opération terminée, il tend la pâte en or à Arthur qui la regarde avec fascination. On dirait une petite boule de Noël, aussi lourde qu'une boule de pétanque.
- Remercie la reine de ma part. Si je réussis ma mission, je peux l'assurer que personne ne viendra jamais plus la déranger !
- J'espère bien ! Car il va me falloir quelques années de sommeil pour récupérer toute cette énergie dépensée, répond le traducteur.
Arthur lui sourit, puis se tourne vers Sélénia.
- Tu es sûre que tu ne veux pas venir avec moi ? Personne ne manie l'épée mieux que toi, tu seras très utile ! dit le jeune garçon, déjà triste à l'idée de quitter sa princesse.
- Je serai aussi très utile dans mon village. Mon père se fait vieux et le peuple minimoy a besoin de moi. En plus, je ne suis jamais venue dans ton monde et on a toujours un peu d'appréhension la première fois. Je n'ai pas envie d'arriver en pleine guerre.
- Tu as raison ! réplique Arthur. Quand tout ça sera terminé, je t'emmènerai et te présenterai à mes parents et à Marguerite aussi. Et tu verras qu'Alfred n'a rien d'un yéti ! ajoute-t-il en plaisantant.
Sélénia lui sourit, mais le cœur n'y est pas. Elle est trop triste de voir partir son prince.
- Allez, dépêche-toi d'avaler ça, j'ai pas du tout envie que tu me voies pleurnicher !
Arthur avale sa petite pilule toute dorée.
- Ça a quel goût ? demande Bétamèche, toujours aussi curieux.
Arthur réfléchit un instant, en frottant sa langue contre son palais.
- Un goût de miel ! répond-il avec un petit sourire espiègle.
- Prends bien soin de toi ! s'exclame Sélénia, déjà inquiète de le voir partir.
- T'inquiète pas pour moi, je vais régler vite fait mes comptes avec M le maudit et remettre un peu d'ordre dans tout ça ! Le plus dur sera d'attendre la dixième lune pour te revoir.
Sélénia préfère ne pas répondre sinon elle va se mettre à pleurer, elle défait son ceinturon et donne son épée magique à Arthur.
- Tiens, tu en auras sûrement plus besoin que moi !
Arthur ne sait comment réagir face à ce geste tellement symbolique.
- Tu es sûre ? dit-il en hésitant à prendre l'épée.
- Oui. Tu mérites largement ton titre de prince et un prince se doit d'avoir une épée.
- Merci pour cet honneur, répond-il humblement en passant le ceinturon autour de sa taille.
- Il y a autre chose que tu mérites, avant de partir, pour t'être battu ainsi, avec autant de force et de noblesse.
- Ah bon ? Et quoi donc ?
- Ça ! lui dit la princesse en se jetant à son cou pour lui donner le plus beau des baisers.
Bétamèche lève les yeux au ciel, désolé de voir le protocole encore bafoué.
Comment une princesse de son rang peut-elle s'abaisser à honorer ainsi un Minimoy provisoire ? Mais l'amour a ses raisons que la raison ne connaît pas. Le baiser aurait même pu s'éterniser si Arthur ne s'était pas mis à grandir tout d'un coup. Sélénia recule de quelques pas et regarde, ahurie, son prince passer la barre du centimètre.
- À bientôt, Sélénia ! lance le prince, la gorge nouée, tandis que son corps atteint maintenant dix centimètres et un poids trop important pour rester ainsi, au bord de la ruche.
- A bientôt, mon prince ! répond Sélénia, qui a déjà des larmes aux yeux.
Le temps qu'Arthur lui fasse un petit signe de la main et il a pris deux kilos. Du coup, le bord de la ruche cède et notre héros disparaît, happé par le vide.
Arthur, onze ans, un mètre trente, tombe par terre, au pied du grand chêne.
Le retour dans le monde des adultes est violent, mais ça fait toujours un peu mal de grandir. Il se relève, s'époussette et regarde cette forêt qui lui paraît maintenant si petite. Il lève la tête et aperçoit la ruche, là-haut, accrochée sous sa branche. Il sait que Sélénia est probablement en train de le regarder, mais il ne peut plus la voir maintenant.