La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 2-85704-620-0
- Переводчик: Jean Sola
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]». Краткое содержание книги:
Grâce à son pouvoir d’évocation sans égal, George R.R. Martin nous entraîne dans un fabuleux univers de complots, de vengeances et de combats, de poison et de magie. Ses personnages ont la force des plus grandes créations romanesques : une fois le livre refermé, quel lecteur pourra oublier Sansa, la princesse sentimentale qui se découvre le jouet d’intrigues machiavéliques, Arya, sa sœur casse-cou qui se déguise en garçon pour échapper à la mort, ou leur frère Bran, l’étrange infirme à demi loup-garou ?
Audacieux, imaginé avec un luxe inouï de détails, nourri par une invention débridée, La Bataille des Rois est un roman éblouissant. Il a la puissance des contes anciens qui hantent toutes les mémoires.
Le Silure dressa un sourcil broussailleux. « Les imbéciles ! Mon premier principe de guerre, Cat – ne jamais exaucer les vœux de l’ennemi. Lord Tywin souhaite se battre sur un terrain de son propre choix. Il entend que nous marchions sur Harrenhal.
— Harrenhal. » Le dernier des enfants du Trident connaissait les contes consacrés à la vaste forteresse édifiée trois siècles auparavant sur les bords de l’Œildieu par le roi Harren le Noir, alors que les Sept Couronnes étaient encore sept royaumesréels, et que les gens des îles de Fer régissaient les terres du Conflans. Dans son orgueil, Harren s’étant flatté de posséder les voûtes et les tours les plus hautes de tout Westeros, quarante années furent nécessaires pour en ériger la silhouette immense au bord du lac, quarante années durant lesquelles les armées du roi écumèrent son voisinage en quête de pierre, de bois, d’or et de main-d’œuvre. Des milliers de prisonniers périrent dans ses carrières, enchaînés à ses traîneaux ou s’échinant à ses cinq tours géantes, gelés l’hiver, suffoqués l’été. On abattit des barrals trois fois millénaires pour en tirer des poutres, des chevrons, et la réalisation du rêve d’Harren ruina le Conflans tout comme l’archipel de Fer. Et le jour où, son Harrenhal enfin parfait, le roi vint s’y établir, le même jour, à Port-Réal, débarquait Aegon le Conquérant.
Catelyn entendait encore Vieille Nan, à Winterfell, là-bas, conter l’histoire à ses propres enfants. « Et force fut au roi Harren d’apprendre qu’il n’est tours altières ni murailles épaisses qui vaillent contre des dragons, concluait-elle invariablement, car les dragons volent. » Lui-même avait péri, et toute sa lignée, dans le déluge de feu, et le malheur n’avait cessé, depuis, d’accabler chacune des familles à qui était échu le monstrueux château. Si forte que fût la place, elle était surtout lugubre et maudite.
« Je ne laisserais pas volontiers Robb livrer bataille à l’ombre de ces remparts, convint-elle, mais nous devons faire quelque chose, Oncle.
— Et vite, acquiesça-t-il. Parce que je ne t’ai pas encore dit le plus grave, petite. Les hommes que j’ai dépêchés à l’ouest me mandent qu’une nouvelle armée se forme à Castral Roc. »
Une autre armée Lannister. Cette perspective la chavira. « Il faut en avertir Robb immédiatement. Qui la conduira ?
— Ser Stafford Lannister, paraît-il. » Il détourna son regard vers la rive opposée. La brise agitait mollement son manteau rouge et bleu.
« Encore un neveu ? » Fichtrement nombreuse et féconde, la maison Lannister…
« Un cousin, rectifia-t-il. Frère de feu lady Lannister et, par là, doublement parent de Tywin. Un vieillard passablement crétin mais doté d’un fils, ser Daven, vraiment redoutable.
— Alors, espérons que ce soit le père qui mène ces troupes en campagne.
— Nous n’aurons pas à les affronter tout de suite. C’est un ramassis de reîtres, de francs-coureurs et de bleus recrutés dans les gargotes de Port-Lannis. Avant de les aventurer sur un champ de bataille, ser Stafford devra les équiper, les instruire… mais, ne t’abuse pas, lord Tywin n’est pas le Régicide. Il ne va pas se ruer tête baissée mais attendre patiemment pour quitter sa tanière que ser Stafford ait fait mouvement.
— A moins…, hésita-t-elle.
— Oui ? la pressa-t-il.
— A moins qu’il n’y soit obligé, pour parer à quelque autre menace. »
Son oncle lui décocha un regard songeur. « Lord Renly.
— Sa MajestéRenly. » Pour en obtenir de l’aide, elle devrait le gratifier du titre dont il s’était lui-même décoré.
« Peut-être. » Le Silure sourit d’un sourire acéré. « Il réclamera quelque chose, en contrepartie.
— Il réclamera ce que réclament toujours les rois, dit-elle. Hommage. »
TYRION
En bon fils de boucher, Janos Slynt rigolait comme un hachoir à côtelettes. « Encore un peu de vin ? proposa Tyrion.
— Pas de refus », dit lord Janos en tendant sa coupe. Il avait la carrure d’une futaille, et sa capacité y correspondait. « Pas de refus du tout. C’est du bon rouge. De La Treille ?
— De Dorne. » Sur un geste de Tyrion, le valet versa. Abstraction faite des serviteurs, les deux hommes se trouvaient seuls dans la Petite Galerie, et la chandelle posée sur leur guéridon les environnait de ténèbres. « La vraie trouvaille. Rare, que les vins de Dorne soient si riches.
— Riche », reprit la grosse face de grenouille, avec une lampée gloutonne. Pas homme à siroter, le Slynt. Tyrion l’avait noté d’emblée. « Oui, riche, exactement le mot que je cherchais, exactement. Vous avez un don pour les mots, lord Tyrion, sauf votre respect. Puis marrant, ce que vous racontez. Marrant, oui.
— Je suis charmé que vous le pensiez…, mais je ne suis pas lord, contrairement à vous. Je me contenterai d’un simple Tyrion, lord Janos.
— A votre aise. » Il s’envoya une autre gorgée dont le surplus dégoulina sur son doublet de satin noir. Il portait un mantelet de drap d’or qu’agrafait une pertuisane à la pointe émaillée de pourpre. Et il était parfaitement saoul.
Tyrion se couvrit la bouche et rota poliment. Contrairement à lord Janos, il tenait fort bien le vin, mais il était pis que rassasié. Son premier soin avait été, sitôt installé dans la tour de la Main, d’envoyer quérir la meilleure cuisinière de la ville et de l’embaucher. Au menu, ce soir-là, consommé de queue de bœuf, petits légumes sautés aux pacanes, raisins, fenouil rouge et fromage râpé, tourte de crabe, purée d’épices et cailles au beurre, chacun des plats ayant son propre vin pour l’accompagner. Et comme Janos confessait n’avoir jamais, et de loin, fait pareille chère, « Sans doute, messire, dit Tyrion, vous montrerez-vous plus gourmand lorsque vous prendrez possession de votre fief de Harrenhal.
— Assurément. Je devrais peut-être engager votre cuisinière, qu’en dites-vous ?
— Nombre de guerres ont éclaté pour moins, répliqua Tyrion et, après qu’ils eurent ri tout leur content : Vous êtes bien hardi de l’adopter pour résidence. Un lieu si sinistre et si colossal…, vous allez vous ruiner, à l’entretenir. Sans compter qu’on le dit maudit.
— Vais-je m’effarer pour un tas de pierres ? » Cette idée le fit s’esclaffer. « Vous avez dit hardi. Faut être hardi, pour s’élever. Comme je l’ai fait. Jusqu’à Harrenhal, oui ! Et pourquoi pas ? Vous savez. Vous êtes un hardi aussi, je le sens. Petit, peut-être, mais hardi.
— Trop aimable. Un peu plus de vin ?
— Non. Non, vraiment, je…, oh puis, sacredieux, oui. Pourquoi pas ? On boit tout son plein, quand on est hardi !
— Exact. » Il lui remplit sa coupe à ras bord. « J’ai jeté un œil à la liste de vos successeurs éventuels au commandement du Guet.
— De chics types. Des types bien. N’importe lequel des six fera l’affaire, mais je choisirais Allar Deem, moi. Mon bras droit. Chic chic type. Loyal. Prenez-le, vous ne vous en repentirez pas. S’il plaît au roi.
— Evidemment. » Tyrion trempa le bout des lèvres dans son vin. « J’aurais plutôt pensé à ser Jacelyn Prédeaux. Voilà trois ans qu’il est capitaine à la porte de la Gadoue, et il s’est montré si valeureux durant la rébellion de Balon Greyjoy que le roi Robert l’a fait chevalier à Pyk. Et pourtant il ne figure pas dans votre liste. »
Lord Janos prit une gorgée de vin qu’il fit clapoter dans sa bouche avant de la déglutir. « Prédeaux. Bien. Brave, assurément, mais…, mais un rigide, celui-là. Un fameux chien. Les hommes ne l’apprécient pas. Puis un infirme, il a perdu sa main à Pyk, pour ça qu’on l’a fait chevalier. Piètre troc, si vous me demandez, une main contre un ser. » Il rigola. « Ser Jacelyn se surestime, lui et son honneur, mon point de vue. Vous ferez mieux de le laisser là où il est, mess… – Tyrion. Allar Deem est ce qu’il vous faut.